Série d'été

Esprit Fermier, premier magasin de producteurs de la Somme

Ouvert il y a tout juste un an, le premier magasin de producteurs de la Somme mise sur la qualité, la proximité, la transparence mais aussi sur le contact direct avec les consommateurs. Une formule qui rencontre un vif succès.

Rémi Degrendel et Philippe-Xavier Rzepka (au centre) entourés par une partie de l'équipe d'Esprit Fermier
Chaque producteur assure une permanence. (C)Aletheia Press/ DLP
Esprit Fermier est installé au sein de la halle Fraîcheur des champs. (C)Aletheia Press/ DLP

« Nous avions tous une expérience de la vente directe sur nos exploitations. Sachant qu’il n’existait pas de magasin de producteurs sur la Somme, nous avons eu envie de nous rassembler en un même lieu à proximité d’Amiens pour nous adresser à une clientèle plus citadine », résume Rémi Degrendel, créateur avec sa femme Mathilde de la Cueillette de Cappy et instigateur du projet Esprit Fermier. Pendant deux ans, les douze producteurs-associés, accompagnés par  la Chambre d’agriculture et la Chambre de commerce et d’industrie, se sont réunis chaque semaine pour donner corps à cette initiative inédite, qui a nécessité un investissement global d’1,4 million d’euros. Esprit Fermier a ouvert ses portes à l’été 2019 à Glisy, au sein de la halle Fraîcheur des champs qui regroupe le caviste Cédivin et la boulangerie Cerise. 

Un concept plébiscité

« Nous pensions accueillir en moyenne 150 clients par jour du mercredi au samedi, or nous sommes aujourd’hui entre 250 et 300 », confie Rémi Degrendel, lui-même surpris par un tel engouement. L’enseigne propose des produits issus uniquement de circuits courts – 80% des références proviennent de la Somme, 20% des Hauts-de-France –  sans intermédiaires et qui respectent un cahier des charges particulièrement exigeant. « Ce n’est pas parce que c’est local que c’est forcément bon, souligne-t-il avant d’ajouter : Nos fruits et légumes sont de saison et cultivés en pleine terre. Nous appliquons le même impératif de qualité pour la viande ou les produits artisanaux. » 

Une philosophie portée par tous les producteurs qui se sont engagés à assurer des permanences hebdomadaires chez Esprit Fermier. « Cela permet de répondre aux questions des consommateurs, de leur expliquer pourquoi tel produit est beau à une période et moins à une autre… Il y a beaucoup de pédagogie à faire, notamment sur la disponibilité des denrées », détaille Rémi Degrendel. Un casse-tête quotidien pour Philippe-Xavier Rzepka, directeur du magasin et ancien de la grande distribution. « C’est une organisation très différente. Ici, c’est à moi de m’adapter aux producteurs et à ce qu’ils proposent. Nous sommes sur des volumes contraints et contrairement aux supermarchés, nous ne travaillons qu’avec une à deux semaines de visibilité et il n’y a pas de centrale d’achats. » explique-t-il.

Une gestion différente

Esprit Fermier utilise tous les codes contemporains pour séduire une clientèle attentive au décor et de plus en plus vigilante quant à la qualité de son alimentation. Pour répondre à ces attentes, les sept salariés de l’enseigne et les associés portent notamment un soin particulier au rendu visuel du magasin. « Il ne faut pas que l’on ait l’impression d’entrer dans un lieu vide. Ce qui nous différencie aussi c’est le conseil. Si un produit n’est plus disponible, on doit pouvoir proposer une alternative », note Philippe-Xavier Rzepka. Si les associés fournissent 80% des références, l’épicerie, bières, confitures, jus de fruits proviennent d’artisans locaux via un système de dépôt-vente. Une offre complémentaire qui permet de maximiser l’expérience client.

« Nous sommes très sollicités. Pour intégrer le magasin il faut que cela  apporte quelque chose en plus et que ça respecte notre cahier des charges », pointe Rémi Degrendel, qui reçoit également régulièrement des agriculteurs venus d’ailleurs qui souhaiteraient eux aussi se lancer dans l’aventure. Un succès qui ne semble pas griser les associés qui souhaitent aujourd’hui consolider l’existant et conserver une enseigne à taille humaine. « Nous sommes encore dans une phase d’ajustement, notamment au niveau des volumes, il faut trois ans avant de trouver une réelle stabilité », souligne Philippe-Xavier Rzepka. 


S’adapter à la crise sanitaire

« Du jour au lendemain il a fallu s’adapter, trouver des protections pour les associés et les sept salariés, prendre l’habitude de désinfecter les paniers, les caisses mais aussi réguler l’entrée du magasin ce qui a créé de très longues files d’attente. La période n’a pas été facile », raconte Rémi Degrendel. À la demande de ses clients, Esprit Fermier a rapidement mis en place un système de commandes et de livraisons sur Amiens et ses alentours. Une initiative qui a rencontré beaucoup de succès et pris de court les associés. « Nous avions fixé la limite à 30 commandes par jour, mais la demande était très forte, nous aurions pu monter à 100… Cette nouvelle activité a nécessité beaucoup de temps et d’efforts de la part de tout le monde. C’est un métier à part et nous avons tout fait dans l’urgence, poursuit le producteur.

Si ce service s’est arrêté avec la fin de la crise sanitaire, les producteurs réfléchissent à la possibilité de mettre en place un système plus pérenne à partir de septembre. Esprit Fermier a également vu sa fréquentation baisser mais les habitudes de consommation changer avec une augmentation du panier moyen de 30 à 50%. Autre phénomène dû au confinement, l’enseigne a accueilli près d’1/ 3 de nouveaux clients. Un public éclectique qui ne connaissait pas les lieux et qui a été en partie attiré par l’approvisionnement régulier de l’enseigne et son recours aux circuits courts. « Nous avons découvert que nous étions assez peu connus en centre-ville, ce dont nous n’avions pas conscience jusqu’ici »,confie Rémi Degrendel.

Quelques mois après le déconfinement, une partie de ces nouveaux clients a intégré Esprit Fermier dans son parcours d’achat. Côté habitudes cependant, le Covid-19 a laissé quelques traces. « Nous aimerions revenir à la normale, mais nous savons que ce ne sera pas tout à fait comme avant. Nous étions habitués à proposer beaucoup de dégustations mais nous sentons aujourd’hui que nos clients sont plus réticents à goûter des produits. Il va falloir trouver de nouvelles formes d’animations », souligne Philippe-Xavier Rzepka.


Un service traiteur 

Depuis le début d’année, Esprit Fermier a mis en place une offre traiteur. « Nous sommes partis du constat que les consommateurs étaient de plus en plus à la recherche de plats préparés de qualité. Dès le départ nous avions intégré ce service à notre projet », note Remi Degrendel. L’unique contrainte ? Se servir des produits de l’enseigne pour les préparations, toutes réalisées sur place dans un labo dédié. « Cela permet aussi de donner des idées à nos clients et d’utiliser en cas de besoin les invendus », ajoute-t-il. 


Des agriculteurs engagés 

La ferme des Trois châtaigniers fait partie des fournisseurs d’Esprit Fermier. Installés à Villers-Tournelle, Emmanuel Frémaux, Jean-Marie et Jean-Michel Poppe élèvent quelque 2 500 porcs à l’année. Des animaux installés sur paille et nourris à partir des céréales cultivées sur la ferme. « Chacun a son domaine de prédilection, je m’occupe de la commercialisation des produits mais aussi des visites de la ferme, mon frère de la partie culture et Emmanuel de l’élevage », détaille Jean-Michel Poppe. Intransigeants sur la qualité de leurs produits, les trois associés ont fait le choix de maîtriser chaque étape, de la naissance de porcs à l’atelier de découpe et de transformation de la viande. Une vision exigeante de l’agriculture qui rejoint la philosophie d’Esprit Fermier. « C’est Sébastien Joly, éleveur de volailles qui m’a parlé du projet. Ça nous a tout de suite intéressés parce que ce type d’initiative offre un autre débouché, cela correspond parfaitement à nos valeurs », résume Jean-Michel Poppe qui aime le travail d’équipe. Déjà habitué à la vente en direct, l’homme s’est découvert à Glisy une passion pour la découpe du fromage. « Nous sommes tous polyvalents, je donne aussi un coup de main à la viande, là on peut discuter avec les consommateurs, répondre à leurs questions, ce sont des échanges intéressants », poursuit celui qui confesse un léger désamour pour la caisse.