Des odeurs dans l’air

Atmo Picardie, association agréée par l’État pour surveiller la qualité de l’air, proposait le 15 octobre à Saint- Quentin, la 4e journée d’échanges sur l’air sur le thème des odeurs. Élus, industriels et collectivités locales étaient présents. Du côté des entreprises, certaines ont bien pris en main leurs nuisances.

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Formation d’un réseau de nez pour signaler les nuisances olfactives des industriels.
Formation d’un réseau de nez pour signaler les nuisances olfactives des industriels.
Formation d’un réseau de nez pour signaler les nuisances olfactives des industriels.
Formation d’un réseau de nez pour signaler les nuisances olfactives des industriels.

Même si elles ne sont pas considérées ni classées comme un polluant atmosphérique, les nuisances olfactives sont perçues comme une pollution majeure de notre environnement. C’est dans une politique de coconstruction, avec nos partenaires actuels et à venir, que la surveillance des nuisances olfactives et l’évaluation des actions mises en oeuvre pour les réduire est possible », déclare Benoît Rocq, directeur d’Atmo Picardie. Bien que revêtant rarement un caractère aigu de toxicité, les nuisances olfactives constituent l’un des problèmes auxquels se trouvent confrontés les industriels. Les problèmes d’odeurs sont généralement associés à des industries de type Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Du côté des industriels amiénois, les émissions pouvant incommoder les riverains les préoccupent beaucoup. Ils ont déjà mené différentes actions pour réduire leurs impacts. En 2008, l’entreprise Vidam Agrival a investi dans un système de circulation et de traitement de l’air et dans une couverture d’une partie du site. Chez Scott Bader, en 2013, a été mis en place un traitement par oxydation catalytique des émissions de composés organiques volatiles, à l’intérieur du site. Il a été conçu un entrepôt uniquement dédié au stockage de produits finis, ce qui induit l’absence de manipulation de produits odorants. Les installations de combustion alimentées en gaz naturel permettent d’éviter tout risque de générer une gêne olfactive par les gaz de combustion. Sur le territoire d’Amiens Métropole, plusieurs industries implantées dans la zone industrielle Nord sont émettrices d’odeurs. Ajinomoto a mené des actions déjà opérationnelles, comme la gestion des en-cours de crèmes à sécher et d’effluents d’évapo-cristallisation de manière à assurer en continu des niveaux de cuves les plus bas possibles. Ces actions ont été efficaces car les odeurs associées ont diminué. Les lavages d’équipements et remplacements de filtres à poussières sont des actions curatives ou correctives menées suite à des signalements d’épisodes odorants.

Profils olfactifs des industriels

Depuis 2007, de nombreuses actions sur la thématique des odeurs ont été mises en oeuvre par Atmo Picardie en partenariat avec Amiens Métropole, l’Ademe, la Dreal et de nombreux industriels sur le secteur d’Amiens Métropole. Onze sites industriels ont fait l’objet d’une étude visant à établir leurs profils olfactifs respectifs, permettant de définir leurs émissions odorantes et d’estimer leur impact sur l’environnement. Ce travail s’appuyait principalement sur une analyse olfactive de l’ambiance odorante des entreprises, de produits significatifs de l’activité du site et des principales émissions reconnues. « L’exploitation réalisée a eu pour objectif de mettre en relation les olfactions et les activités industrielles ou agricoles des différents sites impliqués dans les émissions odorantes de 2007 à 2014. Les différents signalements centralisés par Atmo Picardie représentent une base de données importante pour la compréhension des nuisances odorantes en Picardie », explique Emmanuel Escat, responsable des études pour Atmo Picardie et qui constate qu’en 2014, le nombre de signalements a baissé par rapport à 2013, témoignant de l’effort des industriels pour canaliser leurs émissions. Afin d’apporter une réponse à ces signalements la remise en place d’un réseau de nez bénévoles amiénois verra le jour en 2016. Les analyses sensorielles sont basées sur le signalement d’une nuisance olfactive via un dispositif de recueil de plainte ou par l’observation d’un réseau de nez formés à la reconnaissance des odeurs.

Un enjeu fort pour les entreprises

Un des quatre collèges constituant les instances décisionnelles d’Atmo Picardie est composé des émetteurs de substances polluantes. Ainsi, une cinquantaine d’industriels et leurs représentants sont adhérents d’Atmo Picardie. Entre 40 et 50 % des recettes d’Atmo Picardie proviennent des entreprises adhérentes picardes. Ce financement intervient sous deux formes : les dons à Atmo Picardie, libératoires de la taxe générale sur les activités polluantes et le financement de surveillance de la qualité de l’air aux abords de leur site.

Comme par exemple à la demande de la société Saint-Gobain Emballage à Crouy dans l’Aisne. « Depuis le 29 août 2005, notre association réalise sur cette commune des prélèvements de plomb atmosphérique destinés à évaluer l’impact des émissions atmosphériques de l’usine sur la qualité de l’air ambiant. Les échantillons sont analysés par un laboratoire extérieur », illustre Sylvie Taillaint, chargée de communication chez Atmo Picardie.

La Société aéroportuaire de gestion et d’exploitation de Beauvais (Sageb) à Beauvais, en sa qualité de gestionnaire de l’aéroport de Beauvais Tillé, a implanté une station de surveillance de la qualité de l’air sur la zone aéroportuaire.

Située sur le parking de délestage, elle surveille les concentrations en poussières dans l’air ambiant. La problématique des émissions de particules fines sur le site de Téréos Syral à Nesle est aussi largement prise en compte par cet industriel qui a signé en 2014 une convention de partenariat avec Atmo Picardie pour la sensibilisation de ces salariés à la problématique de la qualité de l’air intérieur et extérieur.

Application ODO, pour évaluer et agir

Sur les deux dernières années Atmo Picardie a constaté un accroissement de l’intérêt des Picards sur la problématique des odeurs (six signalements en 2007 à plus de 300 en 2014). Les sollicitations de la part des collectivités et des industriels pour intervenir sur le sujet ont également augmenté. À Amiens, l’industriel japonais Ajinomoto Eurolysine SAS, division spécialisée dans les acides aminés pour l’alimentation, est à l’origine du financement d’une application smartphone ODO créée par Atmo Picardie et disponible au personnel de l’entreprise pour la surveillance de ses nuisances olfactives. Atmo Picardie a décidé d’étendre les fonctionnalités de l’application au grand public pour la fin de l’année.