Des médecins picards toujours mobilisés

Débuté fin DÉCEMBRE, le mouvement de protestation des médecins libéraux contre le projet de loi Santé se poursuit depuis 15 jours avec la grève de la carte Vitale. De nouvelles actions sont également à prévoir.

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La Fédération régionale des médecins de France se dirige vers une grève de la permanence de soins.
La Fédération régionale des médecins de France se dirige vers une grève de la permanence de soins.
La Fédération régionale des médecins de France se dirige vers une grève de la permanence de soins.
La Fédération régionale des médecins de France se dirige vers une grève de la permanence de soins.

Présenté mi-octobre par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, le projet de loi santé a pour objectif de « refonder un système performant mais inéquitable » en s’articulant autour de trois axes : la prévention, la facilitation d’accès aux soins et l’innovation. Mais certaines de ces propositions ont déclenché la colère du corps médical, qui a largement manifesté en décembre dernier. Parmi eux, les médecins libéraux, qui s’opposent notamment à l’instauration du tiers payant généralisé d’ici 2017, le renforcement des pouvoirs des Agences régionales de santé (ARS) et dénoncent plus globalement une réforme qui selon eux, s’attaque à leur liberté d’installation, d’exercice et de prescription. L’étude de la loi prévue dans un premier temps en janvier 2015 a été repoussée au printemps prochain.

Un désengagement de la Sécurité sociale

« Les médecins sont difficilement mobilisables, mais le mouvement a été bien suivi. Les quatre syndicats représentatifs et l’Union de France des médecins libéraux ont su rester solidaires », souligne Christophe Grimaux, médecin libéral installé dans l’Oise et président régional de la Fédération des médecins de France, principal syndicat de médecins en Picardie. La grève de la carte Vitale, second temps de la mobilisation, a pour objectif de créer un engorgement des caisses maladie et de faire ainsi réagir le gouvernement. « Le problème du tiers payant généralisé c’est que celui-ci va aboutir progressivement à une montée en charge des assurances privées » explique Christophe Grimaux. Actuellement, les mutuelles interviennent « autour de 30% » sur le remboursement d’un acte. Le gouvernement, a, selon le syndicat, besoin de ce tiers payant généralisé pour effectuer un transfert de charges de l’hôpital vers les soins ambulatoires pour « équilibrer les comptes de la sécurité sociale ». Une prise de pouvoir des mutuelles qui fait craindre aux médecins une offre de soins à deux vitesses et la perte du secret médical.

Deuxième point d’achoppement, la montée en puissance des Agences régionales de santé. « Ce sont elles qui vont décider de conventionner des médecins avec la Sécurité sociale selon les territoires, prévient Christophe Grimaux. Le problème, c’est que plus on met de contraintes sur le médecin libéral moins il s’installe. Il est illusoire de vouloir mettre des médecins partout alors que dans le projet de territoire, l’État s’est beaucoup désengagé » ajoute-t-il.

Faire des économies

Quand on lui demande quelles solutions il préconise, le président régional de la Fédération des médecins de France répond sans hésiter « faire des économies ». Mais principalement du côté de l’hôpital. « Il faut s’interroger sur la globalité du soin, à l’hôpital et en libéral. Il faut faire des économies c’est évident, et cela passe par une réforme de l’hôpital. Il y a énormément de plateformes techniques, y compris en Picardie, qui pourraient centraliser leurs moyens », note Christophe Grimaux.

Pour l’instant, le dialogue semble rompu entre le ministère et les syndicats qui attendent un premier geste avant de s’assoir à la table des négociations. Ils souhaitent ensuite faire une relecture complète des différents articles de la loi avant qu’elle ne soit débattue au parlement.