La Picardie investit dans les éco-innovations

Initié en 2010 par le conseil régional et l’Ademe, la DIRECCTE et Bpifrance, l’appel à projets, porté par l’Agence régionale pour l’innovation (ARI), veut encourager l’implantation d’éco-innovations sur le territoire.

Les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 14 novembre prochain.
Les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 14 novembre prochain.
Les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 14 novembre prochain.
Les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 14 novembre prochain.

Selon la définition la plus courante, les éco-innovation rassemblent l’ensemble des inventions ou des créations qui contribuent à l’amélioration réelle de l’environnement, des ressources naturelles au cadre de vie. Vectrice d’emplois, de développement économique mais également de richesse pour le territoire, celles-ci sont ouvertes à tous les secteurs et toutes les entreprises. De la TPE en passant par la PME jusqu’au groupe. Bien conscient du potentiel de ces innovations, le conseil régional et l’Ademe ont eu envie de créer un outil permettant de faire remonter les projets innovants et d’aider les entreprises picardes à les concrétiser.

Accompagner le processus

« Nous sommes là pour initier une dynamique et encourager les entreprises à aller vers le domaine des éco-innovations, mais pas à n’importe quel prix. Il faut avant tout que le procédé, le produit ou le service entraine un véritable gain pour l’environnement », explique Bénédicte Caflers, responsable projets éco-technologies au sein de l’ARI. Après avoir rempli une lettre d’intention qui résume le projet, pose le contexte et les objectifs de celui-ci ainsi que les gains attendus, l’éligibilité est vérifiée par l’Agence régionale de l’innovation. « Le projet est ensuite diffusé à l’ensemble de nos partenaires qui statuent sur la suite à donner aux différentes idées présentées. Nous sommes le point d’entrée, le guichet unique qui permet de tout centraliser », indique Bénédicte Caflers. Deux fois par an donc, l’appel à projets permet à des entreprises d’aller explorer de nouvelles pistes. Depuis 2010, on comptabilise plus de 50 candidatures, 31 projets financés ou en cours de financement, 6 abandons décidés par les porteurs ainsi que 16 dossiers non éligibles. « Les travaux de réhabilitation ou l’utilisation d’éco-matériaux par une entreprise ne rentrent pas dans le cadre de l’appel à projet par exemple, souligne la responsable projet avant d’ajouter : « Nous sommes attentifs à la place de la R&D, cela peut aller de la valorisation de déchets à la conception de matériaux innovants ou l’optimisation de matière. » Il n’existe pas d’enveloppe spécifique pour l’appel à projets, chaque dossier est étudié au cas par cas par l’ensemble des acteurs qui se réunissent pour l’occasion. « Nous apportons une certaine méthodologie, ce qui permet au porteur de projet d’arriver devant le financeur avec un dossier complet. Nous pouvons aussi trouver des partenaires comme des centres techniques, des laboratoires ou des prestataires. » Chaque dossier est évidemment traité de façon confidentielle et individuelle pour assurer une protection optimale des idées.

Montupet acteur de l’éco-innovation

Montupet, entreprise installée à Laigneville, spécialiste de la conception et de la production de pièces de fonderie usinées pour l’automobile, a fait le choix dès 2010 de changer la nature de la résine utilisée dans le processus de fabrication des culasses. « Les culasses ressemblent à un lingot d’aluminium avec des trous à l’intérieur. Ceux-ci ont des formes assez complexes et sont faits avec des pièces solides [ndlr, noyaux] que l’on retire une fois que l’aluminium est solidifié. Les noyaux sont constitués de sable et de résine », explique Vincent Morlot, ingénieur en R&D. L’entreprise utilise des résines « organiques » issues de produits pétroliers. « Ce sont des produits dangereux qui créent de denses fumées noires qui forment du goudron par accumulation », ajoute-t-il. Les équipes de Montupet ont donc souhaité remplacer ces résines organiques par des résines inorganiques qui sont, elles, issues de la chimie minérale, beaucoup moins dangereuses et polluantes. « Nous avons cependant découvert qu’il y avait certaines contraintes, comme la nécessité d’utiliser des outillages chauffants, ce qui n’était pas le cas avec l’ancien procédé », indique Vincent Morlot. Après avoir identifié les fournisseurs et mené des tests en laboratoire pour trouver les meilleures résines et le meilleur sable pour le Groupe Montupet, les équipes de R&D se sont penchées sur la réalisation d’outillages chauffants. « L’objectif était vraiment de sortir des premiers noyaux pour connaitre les premiers pièges. » Pour mener ces expérimentations débutées en 2011 et dont certains aspects demandent encore quelques ajustements, l’entreprise a participé à l’appel à projet portant sur les éco-innovations. « L’appel à projet a permis une participation dans l’achat d’installations spécifiques pour l’inorganique. C’est très intéressant pour nous de pouvoir mener des travaux de R&D dans ce domaine pour savoir ensuite s’il est utile ou non pour l’entreprise d’investir dans telle ou telle technologie. » Intéressant pour l’entreprise et l’environnement, mais surtout nécessaire concernant l’inorganique, puisque cette technique est aujourd’hui une demande client : « C’est une chose qui est très régulièrement demandée par des clients qui communiquent sur le fait qu’ils utilisent les technologies les moins impactantes pour l’environnement. Investir dans l’inorganique c’est donc pour nous une question de survie », conclut Vincent Morlot.

Les éco-innovations encouragées par l’Europe

D’après une enquête sur l’éco-innovation menée au niveau européen, plus de 75 % des entreprises ont vu le coût des matières augmenter de façon conséquente au cours des dernières années. La majorité d’entre elles (90 %) s’attendent même à de nouvelles hausses de prix dans un futur proche. Cette problématique  constitue une incitation forte à se lancer dans l’éco-innovation. Un changement que la Commission européenne a décidé d’accompagner avec le « Plan d’action en faveur de l’éco-innovation ». Politique et réglementations environnementales, projets de démonstration, normes, coopération internationale, compétences et connaissances ou encore partenariats européens d’innovation, le PAEI adopté en décembre 2013 prépare les entreprises à un changement de cap, plus durable. Une évolution salutaire puisque les éco-innovations permettent de réduire les coûts, ouvrent de nouvelles opportunités de croissance et améliorent la réputation des entreprises auprès de leurs clients. Ce secteur a un chiffre d’affaires estimé à environ 227 milliards d’euros (ce qui correspond à 2,2 % du PIB de l’Union européenne), et emploie directement 3,4 millions de personnes.