Quels enjeux pour l’économie céréalière en Picardie ?

Passion céréales est une association loi 1901 présente dans toutes les régions, et qui rassemble producteurs, coopératives, meuniers, malteurs, amidonniers, semouliers, exportateurs ainsi que les acteurs de la nutrition animale. Un colloque l’économie céréalière et ses enjeux pour la Picardie était organisé en décembre à l’UTC de Compiègne.

Marc Touatti, Didier Louis l’animateur, René Anger, Jacques de Villeneuve et Daniel Thomas lors du colloque sur l'économie céréalière.
Marc Touatti, Didier Louis l’animateur, René Anger, Jacques de Villeneuve et Daniel Thomas lors du colloque sur l'économie céréalière.

 

Marc Touatti, Didier Louis l’animateur, René Anger, Jacques de Villeneuve et Daniel Thomas lors du colloque sur l'économie céréalière.
Marc Touatti, Didier Louis l’animateur, René Anger, Jacques de Villeneuve et Daniel Thomas lors du colloque sur l'économie céréalière.

Le colloque sur l’économie céréalière et ses enjeux pour la Picardie, organisé le 4 décembre par Passion Céréales a été l’occasion de rappeler que cette filière emploie 19 000 personnes. La Picardie est la deuxième région française productrice de céréales, avec une production annuelle de 5,7 millions de tonnes de céréales, et en exporte 50 %. L’économiste Marc Touati, invité d’honneur, a rappelé que « les périodes de crise, comme celle que nous traversons actuellement, sont toujours des phases d’opportunité. Celui qui va oser innover, regarder vers l’avenir a une chance de gagner. Et la règle vaut dans le monde céréalier ! »

Innovation
L’innovation représente un axe stratégique pour la région Picardie dotée, en partenariat avec la région Champagne-Ardenne, d’un outil performant : le pôle de compétitivité Industries et Agro-Ressources (IAR) implanté au coeur de territoires historiquement orientés vers l’agriculture. Sa vocation est de réunir tous les acteurs concernés – agriculteurs, industriels, chercheurs – autour d’initiatives visant à valoriser les différentes composantes du végétal à des fins industrielles.

Le professeur Daniel Thomas, vice-président du pôle, en a évoqué les enjeux. « La fonction première des ressources agricoles, notamment des céréales, est de nourrir l’ensemble de l’humanité, explique-til. Pour autant, cette priorité n’est pas incompatible avec d’autres utilisations des plantes. Les ressources agricoles se distinguent foncièrement des matières premières d’origine fossile dans la mesure où celles-ci sont extraites du sol à partir d’une « enveloppe fermée ». A l’inverse, les matières agricoles sont le produit d’un travail humain et se situent dans une logique renouvelable. Grâce à la photosynthèse, les plantes fixent le CO2 : elles possèdent donc des molécules carbonées, représentant la seule alternative possible pour le remplacement de celles du pétrole. Ainsi, le développement de la chimie verte et de la bioraffinerie fondées sur la valorisation des biomasses d’origine agricoles et forestières est la meilleure solution pour satisfaire les besoins non alimentaires à l’horizon 2030-2050. »
René Anger, représentant le conseil régional de Picardie, confirme l’avance prise par la région dans ce domaine : « L’association d’une agriculture puissante et d’un fort potentiel industriel et universitaire est un atout pour préparer la chimie du végétal de demain. La puissance publique joue également son rôle dans cette dynamique, notamment à travers des partenariats structurants et des soutiens financiers. » Délégué de Passion céréales en Picardie, Jacques de Villeneuve, estime que les agriculteurs sont un des moteurs de ces synergies. « Nous avons une production agricole toujours plus forte et de qualité, un système de collecte et de stockage très performant, dans lequel nous investissons constamment, avec la capacité d’acheminer dans des conditions optimales les céréales vers les sites de transformation, assure-t-il. Les agriculteurs sont présents dans des tours de table d’entreprises innovantes. C’est par exemple le cas avec le groupe Tereos, qui est aujourd’hui un acteur important au niveau mondial. Nous sommes un bassin de production considérable, bénéficiant de conditions de culture extrêmement favorables, tant au niveau de la qualité des sols que du climat. Cela nous permet d’avoir une production régulière et, surtout, constante en termes de qualité. »

D’importants débouchés
La région peut compter aussi sur un tissu agroindustriel performant et innovant, avec huit moulins, trois amidonneries, neuf fabricants d’aliments pour animaux et plus d’une trentaine d’industries alimentaires, qui offre d’importants débouchés à la culture céréalière. Nutrixo, un des leaders européens de la meunerie, compte parmi ces industries utilisatrices. « Nous achetons chaque année 150 000 à 200 000 tonnes de blé en Picardie, témoigne son directeur des achats, Laurent Vittoz, au cours de ce colloque. Ce bassin d’approvisionnement est particulièrement intéressant car il présente des caractéristiques d’innovation qui sont, pour nous, un important facteur de différenciation vis-à-vis de nos clients. Nous devons répondre à des cahiers des charges de plus en plus pointus et diversifiés en termes de qualité, de profil nutritionnel. »
Marc Touati déclare qu’il « est aujourd’hui fondamental de renforcer la puissance de notre secteur agricole qui est un secteur d’avenir. Non seulement il apporte un excédent de 60 milliards d’euros à la France mais c’est également un secteur autour duquel se joue une véritable dynamique de création d’emplois et de richesses. » A l’issue du colloque, des questions sur le canal Seine- Nord Europe ont fusé. « Si on l’envisage simplement comme un moyen d’exporter des matières premières brutes via les ports de Normandie, il devient beaucoup moins intéressant », répond René Anger. « L’exportation et les débouchés industriels ne sont pas antinomiques : ce sont deux aspects de nos débouchés, rappelle quand à lui Jacques de Villeneuve. Il faut être clair : le bilan céréalier français ne peut pas s’équilibrer sans une exportation forte. Les principaux pays qui sont nos clients ne peuvent pas, sur une moyenne période, se passer des blés français. L’Egypte, le Maroc, l’Algérie, l’Afrique occidentale ont besoin de notre blé, et nous avons besoin de l’exporter. La logistique est un facteur de compétitivité à part entière. Celle-ci se mesure à la fois en termes de coût et d’emprseinte écologique. La voie d’eau est, à cet égard, le moyen le plus efficace pour remplacer le camion sur des moyennes et longues distances. Renoncer à un équipement comme le canal Seine-Nord Europe c’est, à terme, enfermer la région et les activités agro-industrielles dans une impasse. » L’économie et l’agriculture vont de pair et cette dernière manque de nombreux bras comme l’a souligné Jacques de Villeneuve, également président délégué de Noriap.