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Sociétés technologiques : la valorisation, une étape aussi cruciale que délicate

Alors que la crise a stimulé l’activité des entreprises évoluant dans le secteur technologique, les opérations financières impliquant ce type de sociétés se multiplient. Si les marques d’intérêt des investisseurs sont réelles, encore faut-il parvenir à valoriser correctement l’actif, ce qui nécessite de s’appuyer sur des indicateurs absents des états financiers.

Raphaël Compagnion, banquier d’affaires spécialisé dans la tech et le digital chez Edmond de Rothschild.
Raphaël Compagnion, banquier d’affaires spécialisé dans la tech et le digital chez Edmond de Rothschild.

Augmentation de capital de 2 millions d’euros réalisée par la fintech lilloise TradeIn, rachat par Accenture du cabinet OpenMinded, fondé à Lille et spécialisé dans la cybersécurité, projet d’introduction en Bourse lancé par le spécialiste du cloud roubaisien OVH… Depuis quelques semaines, les annonces d’opérations financières impliquant des entreprises locales évoluant dans le secteur des technologies se sont multipliées.

Alors que la crise sanitaire a accru les besoins en matière de digital, sous l’effet notamment d’un recours généralisé au télétravail, cette dynamique n’est visiblement pas près de s’arrêter. « Nous travaillons actuellement sur plusieurs dossiers de levées de fonds et de cessions dans les domaines des logiciels et de la deeptech {ndlr, innovation de rupture] », confirme Raphaël Compagnion, banquier d’affaires spécialisé dans la tech et le digital chez Edmond de Rothschild.

Une vingtaine de business angels actifs

Pour les dirigeants de ces entreprises désireux d’accélérer leur développement ou de passer la main, trouver des investisseurs ou des repreneurs intéressés ne constituent généralement pas une étape insurmontable, loin s’en faut. « Rien que dans la région des Hauts-de-France, nous recensons une vingtaine d’entrepreneurs à succès qui se positionnent comme des Business Angels attirés par les sociétés technologiques, auxquels viennent s’ajouter quelques fonds de capital-risque et des holdings familiales », constate Maxime Agache, responsable du bureau d’Edmond de Rothschild à Lille.

Pour les convaincre, charge ensuite aux entrepreneurs de leur démontrer que la valorisation attendue est justifiée, malgré parfois un historique de pertes financières ou de bénéfices limités. « Dans le secteur technologique tout particulièrement, les investisseurs veulent avoir accès à une série d’indicateurs clés que l’on ne retrouve pas dans les états financiers habituellement fournis, prévient Raphaël Compagnion. Pour un éditeur de logiciels par exemple, notamment SaaS, il est fondamental de communiquer sur le chiffre d’affaires récurrent et sa croissance, la rétention client et le churn [ndlr, perte de clientèle], et le coût d’acquisition de nouveaux clients. » Des éléments que certaines entreprises ne communiquent pas toujours…

Dans un contexte d’inflation des valorisations des sociétés technologiques, qui tend à rendre les investisseurs encore plus exigeants, il n’est donc pas rare que des transactions achoppent. Un écueil que les dirigeants peuvent éviter en sollicitant les conseils d’experts travaillant au sein de banques, d’associations de place comme la French Tech ou d’incubateurs.

Arnaud LEFEBVRE