Environnement

Les énergies marines renouvelables décollent

1,5 milliard d'euros d'investissements en 2020 : la filière des énergies renouvelables en mer commence à se développer, avec la construction de parcs à éoliennes, comme à Saint-Brieuc et Saint-Nazaire, dévoile le Syndicat des énergies renouvelables (SER).

En 2020, les énergies renouvelables en mer ont représenté 1,5 milliard d'euros d'investissements. (c)AdobeStock
En 2020, les énergies renouvelables en mer ont représenté 1,5 milliard d'euros d'investissements. (c)AdobeStock

Sans l'accident écologique de Saint-Brieuc mi-juin qui a un peu gâché la fête, le bilan eut été triomphal. Le 22 juin, lors d'une conférence de presse, le SER, Syndicat des énergies renouvelables, a présenté un état des lieux de l'activité des énergies renouvelables en mer pour 2020.

« Le marché national est le moteur de la filière »

« La filière a beaucoup progressé depuis 2019 (…). Dès 2022, les premiers électrons issus des parcs éoliens en mer vont être injectés dans le réseau », a expliqué Jean-Louis Bal, président du SER. Les résultats de l'année passée, présentés par l'Observatoire des énergies de la mer, sont essentiellement dus à la construction et au raccordement des parcs éoliens de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) et Fécamp (Seine-Maritime), ainsi qu'à la poursuite des travaux déjà engagés à Saint-Nazaire. 

« Il s'agit d'un changement d'échelle », résume Étienne Pourcher, coordinateur de l’Observatoire. Au total, l'an dernier, les énergies renouvelables en mer ont représenté 1,5 milliard d'euros d'investissements. Le chiffre d'affaires généré par la filière s'élève à 833 millions d'euros.

Nouveauté, « la majorité de l'activité s'est déroulée en France. Le marché national est le moteur de la filière. Toutefois, l'export continue aussi d'augmenter », a précisé Étienne Pourcher. Le chiffre d'affaires réalisé dans l'Hexagone, qui a été multiplié par dix en deux ans, atteint 568 millions d'euros en 2020, soit 71% du total.

Et cette activité concerne différents types d'entreprises. Principalement, il s'agit des développeurs-exploitants, qui ont investi plus d'un milliard d’euros (+938 millions d'euros sur un an). Les gestionnaires de ports, eux, ont adapté leurs infrastructures, afin de répondre aux enjeux logistiques induits par le déploiement de l’éolien en mer, à l’image de celui de Port-La Nouvelle (Occitanie).

En amont, des fournisseurs de produits ont fortement accru leurs investissements, avec, par exemple, la construction de l’usine de pales et de nacelles Siemens Gamesa Renewable Energy au Havre et l’agrandissement des usines de nacelles à Saint-Nazaire et de pales à Cherbourg (Manche) de GE Renewable Energy.

Une filière se construit sur des territoires ciblés

Avec un tel déploiement, « nous sommes en train de construire une filière », analyse Étienne Pourcher, qui évoque un effet « structurant ». Pour l'essentiel, la filière se concentre sur l'éolien en mer. Les autres technologies, comme l'hydrolien, le houlomoteur ou les énergies thermiques des mers demeurent à un stade émergent. Par exemple, le houlomoteur représente 6 millions d'euros de chiffre d'affaires, en 2020.

En termes de typologie d'entreprises, le mouvement concerne des sociétés de différentes tailles. Les plus grandes, qui disposent de compétences pour la fabrication, le raccordement et les installations des parcs, concentrent 72% du chiffre d'affaires. Mais elles sous-traitent une partie de leurs activités à des TPE, PME et ETI.

D'après l'Observatoire, entre 2018 et 2020, le chiffre d'affaires des TPE-PME a été multiplié par près de deux pour atteindre 62 millions d'euros, et celui des ETI par près de 3 (160 millions d'euros). Particularité, « seules 13% de ces entreprises sont des "pure playeurs" », pointe Étienne Pourcher. Les autres proviennent d'autres secteurs, essentiellement maritime et portuaire, qui ont diversifié leur activité.

Sur le plan de l'emploi, en 2020, la filière concentre 4 859 Équivalent temps plein (ETP), contre environ 3 000 l'année précédente. Et leur répartition géographique suit celle de l'implantation des parcs. Ainsi, la Normandie se place en tête des régions en termes de croissance d'emploi : celui-ci a doublé l'an dernier pour atteindre 1 090 ETP, porté par le début du chantier de fabrication des fondations du parc de Fécamp par Bouygues TP et des recrutements à l’usine de pales GE Renewable Energy de Cherbourg.

Suivent les Pays de la Loire qui comptent 1 612 ETP. Le territoire héberge le chantier du parc de Saint-Nazaire, ainsi que les usines des Chantiers de l’Atlantique et de GE Renewable Energy. Bretagne et Île-de-France – qui accueille les principaux sièges des grands groupes –ont également connu une croissance importante de leurs effectifs, atteignant, respectivement, 441 et 892 ETP.

Un avenir prometteur, mais des incertitudes politiques

Pour la suite, les perspectives du secteur sont prometteuses, d'après l'Observatoire, même si quelques ombres – politiques – tempèrent le tableau. Les entreprises interrogées affichent un indice de confiance de 3,48 sur 5 dans la conjoncture économique pour 2021, et envisagent de créer 1 500 emplois. Sur le terrain, la poursuite des activités de fabrication et d’assemblage liées aux projets en construction, le début des opérations d’installation en mer ainsi que l’entrée en construction du parc de Courseulles-sur-Mer (Calvados) constituent un potentiel de croissance significatif.

Mais quelques sujets d'inquiétude demeurent. « La filière s'inquiète du calendrier des appels d'offres », souligne Jean-Louis Bal. En effet, c'est toute l'activité industrielle qui est suspendue à la concrétisation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), du Gouvernement. 

Or, en matière d'énergies marines, « beaucoup reste à faire. Nous sommes en retard, par rapport à d'autres pays », a reconnu Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique. Laquelle a rappelé que de nouveaux appels d'offre sont en cours, en Normandie et Bretagne. Et d'autres devraient suivre rapidement en Méditerranée et Sud-Atlantique. La prochaine PPE (qui définira la trajectoire à partir de 2024), fera l'objet d'une loi en 2023, et définira les installations des prochaines infrastructures jusqu'en 2033.

Autre sujet d'inquiétude possible pour la filière, celui d'une éventuelle opposition politique et sociétale à son développement. Lors de la conférence de presse, la ministre a appelé les acteurs des énergies marines à la « concertation » et à l'« exemplarité ». Une semaine plus tôt, en effet, le navire Aeolus qui effectue des forages pour la construction du parc éolien offshore dans la baie de Saint-Brieuc, avait laissé échapper de nombreux litres d'huile à moins de 20 kilomètres des côtes bretonnes.

De quoi mobiliser les pêcheurs et défenseurs de l'environnement locaux, déjà opposés au projet. Mais pas seulement. « Ces événements sont tout de suite récupérés par ceux qui s'opposent au type de projets », a pointé Barbara Pompili. Les projets d'éoliennes – en mer ou terrestres –, suscitent régulièrement des oppositions, et sont même devenus un enjeu lors des élections régionales.