Tourisme

L'entreprise, haut lieu de savoir-faire et de culture

Forte de son important tissu entrepreneurial, il était logique que la région des Hauts-de-France développe la filière du tourisme de savoir-faire. Logique mais pas tant que ça puisque les entreprises ne sont pas encore toutes sensibilisées à l'ouverture de leurs portes. Et si le tourisme local passait aussi par des visites industrielles ?

150 entreprises de la région ouvrent régulièrement leurs portes au public, comme les fonderies de Sougland dans l'Aisne. (AdobeStock)
150 entreprises de la région ouvrent régulièrement leurs portes au public, comme les fonderies de Sougland dans l'Aisne. (AdobeStock)

On l'appelle tourisme de savoir-faire ou encore visite d'entreprise. Cette exception culturelle française, unique par les secteurs d'activité représentés, séduit chaque année 15 millions de personnes et 2 000 entreprises. Depuis sa création en 2012, l'association nationale Entreprise et Découverte œuvre pour l'émergence et la structuration de cette nouvelle offre culturelle française.

En dix ans, plus de 250 accompagnements ont été réalisés par l'association, mais il reste encore beaucoup à faire comme l'explique Cécile Pierre, déléguée générale : « Nous faisons beaucoup de pédagogie. Faire de la culture dans l'entreprise, au départ, cela intéresse très peu le dirigeant, mais il se rend compte que la venue de visiteurs est sans commune mesure par rapport aux autres outils de communication : il se crée une relation durable et privilégiée. »

Une terre de potentiels

Elle qualifie même les Hauts-de-France comme le territoire « où il y a le plus de potentiels ». Métallurgie, automobile, cosmétique, arts de la table.... autant de secteurs "visuels" qui méritent que l'on s'y attarde avec des entreprises comme la verrerie d'Arc, la Manufacture de Beauvais, la distillerie Claeyssens de Wambrechies ou encore les Fonderies de Sougland à Saint-Michel, dans l'Aisne. Les prémices du tourisme de savoir-faire sont ancrés depuis 20 ans dans la région, avec de premières visites organisées en lien avec le Comité régional de tourisme et de congrès.

Les Hauts-de-France, pilotes d'un appel à projets

Depuis janvier 2021, Entreprise et Découverte et le CRT sont passés à la vitesse supérieure : la région fait partie des cinq régions pilotes de l'appel à projets sur le tourisme de savoir-faire – avec la Normandie, le Grand Est, la Provence-Alpes-Côte d'Azur et le Centre-Val de Loire –, lancé par la Direction générale des entreprises (DGE) et remporté par Entreprise et Découverte. Après un diagnostic complet de la filière en collaboration avec les fédérations professionnelles, les institutionnels du tourisme et l'Université d'Artois, le temps est venu de structurer cette offre culturelle.

« Les visites d'entreprises françaises entrent totalement dans le tourisme post-Covid : des visites de proximité qui s'adressent au grand public », ajoute Cécile Pierre, tout en complétant : « Les visiteurs étrangers sont aussi très sensibles au fait que les entreprises ouvrent leurs portes. C'est une exception française. »

« D'un côté l'hospitalité, de l'autre l'industrie : en Hauts-de-France, on a le cœur de ce que constitue le tourisme de savoir-faire »

Mais pour autant, il ne suffit pas d'ouvrir ses portes pour faire du tourisme de savoir-faire : « Il faut créer un espace de vente, un parcours de visite. » D'où la création prochaine d'une antenne régionale, en étroite collaboration avec le CRT Hauts-de-France et les fédérations professionnelles. Jean-Philippe Gold, directeur général de la Mission attractivité Hauts-de-France – Comité Régional du Tourisme et des Congrès, est convaincu de la démarche : « L'enjeu, c'est d'apporter de la nouveauté dans un tourisme de proximité. L'ancrage local a clairement pris tout son sens avec la pandémie. »

Encore des progrès à faire

D'ores et déjà, 150 entreprises régionales sont ouvertes au public, c'est encore peu quand on sait que les Hauts-de-France comptent environ 34 000 entreprises industrielles, toutes tailles confondues. « En France, nous ne sommes pas les meilleurs ambassadeurs de nos savoir-faire. Les entreprises sont de très bonnes productrices et techniciennes mais pas de bonnes communicantes », concède Cécile Pierre.

S'il n'y a pas de critère de taille pour intégrer cette expérimentation, il faut tout de même que l'entreprise véhicule des valeurs culturelles et qu'une circulation du public au cœur de l'usine soit possible. « On regarde également quel est le retour sur investissement pour l'entreprise. » 

« Au-delà de la crise, depuis plusieurs années déjà nous avions intégré le tourisme comme un besoin de reconnexion. Et aujourd'hui, plutôt que d'aller à l'international, on a la volonté de rechercher des espaces proches de chez soi », poursuit Jean-Philippe Gold. Entrer au cœur d'une entreprise, de son univers technologique et culturel : ce tourisme inhabituel n'en est pas moins une façon innovante de découvrir les savoir-faire qui nous entourent.