Collectivités

Soissons et son agglo proactives pour le maintien de l’économie locale

À Soissons, la ville et l’agglomération ont travaillé main dans la main dès le début de la crise sanitaire pour accompagner et soutenir les entreprises et commerces de leur territoire. Très rapidement, de nombreuses actions ont été mises en place : gel des loyers, remboursement de la taxe foncière, aide d’urgence…

Ne pas laisser péricliter le commerce : une priorité pour les élus.

 

Le service Ma Ligne Entreprise a permis d’informer les entreprises pendant le confinement.

Cette crise sanitaire inédite aura révélé la capacité des acteurs économiques et institutionnels à se mobiliser rapidement. Une réactivité confirmée sur le territoire de Soissons : la ville, l’agglo, les communes, la Région, les chambres consulaires, les bailleurs sociaux, les syndicats professionnels… Tous ont uni leurs forces avec un seul objectif : ne pas laisser sombrer les entreprises et commerces.

Identifier les besoins

« Il y a une vraie volonté politique de l’ensemble des élus de la ville et de GrandSoissons Agglomération, tous unanimes pour accompagner nos commerçants et artisans dans cette période très difficile. Je milite pour le développement économique, ce n’était pas pensable pour nous de laisser tomber les entreprises », observe Alain Crémont, maire de Soissons et 1er vice-président de GrandSoissons Agglomération, délégué au Développement économique, tourisme, emploi. La ville et l’agglomération travaillaient déjà ensemble sur le dynamisme économique du territoire, et ont pu rapidement identifier avec leurs partenaires les besoins des entreprises.

Première action mise en place au début du confinement, phase durant laquelle les entreprises étaient noyées sous le flot d’informations concernant les aides auxquelles elles pouvaient prétendre : relayer l’information. « Nous avons dédié le service Ma ligne entreprise [ndlr, service gratuit qui permet en temps normal aux entrepreneurs de trouver des solutions et identifier les bons interlocuteurs] aux questions portant sur les aides. 220 appels ont été reçus depuis le 16 mars », explique Florent Thevenin, directeur du Développement économique de GrandSoissons Agglomération. Dès le 25 mars, la ville, l’agglo, les grands bailleurs publics et privés locaux ont proposé un gel des loyers aux entreprises dont ils gèrent la location. Pour l’agglo, ce sont 20 entreprises de la pépinière qui se trouve dans ses murs qui ont été aidées : « Nous allons aller un peu plus loin dans la logique d’exonération pour une partie des entreprises qui se trouvent chez nous, poursuit Florent Thévenin. Le dispositif a vocation à rayonner sur les autres territoires, pour qu’il y ait un effet d’ensemble au niveau des autres collectivités afin de faciliter la reprise économique. » Le 15 avril, l’agglo décide de mettre en place une aide d’urgence pour les commerces de proximité : 50% de deux mois de charges fixes résiduelles, jusqu’à 2 000 euros par demande déposée et acceptée, une première dans le département. 80% des demandes ont été accordées, pour un montant total de 200 000 euros (en cours de versement).

« c’est indispensable de maintenir le commerce, pour la vie de la ville et de l’agglo »

Des aides pour les commerces

La ville de Soissons a de son côté décidé de rembourser la taxe foncière des commerces de proximité indépendants et artisans : à 100% pour les commerces fermés pendant le confinement et ceux essuyant une perte de chiffre d’affaires de 20% et plus, et à 50% pour les commerces ayant une perte de chiffre d’affaires inférieure à 20%. Une cinquantaine de demandes a été à ce jour reçue (les demandes de remboursement peuvent être déposées jusqu’en août prochain). « On met au total 500 000 euros en plus au budget », précise Alain Crémont. À l’échelle du territoire, le montant des aides allouées aux entreprises avoisine le million d’euros. « Ce sont des sommes conséquentes, mais qui sont  la hauteur de l’enjeu  pour le territoire, c’est indispensable de maintenir le commerce, pour la vie de la ville et de l’agglo », estime Florent Thévenin. La ville et GrandSoissons Agglomération ont aussi joué la carte des circuits courts, pour pallier la fermeture des marchés. Des boutiques éphémères ont ainsi vu le jour, cinq maraîchers et six grandes surfaces ont été mis en relation pour que le premiers puissent y proposer leurs produits, et neuf points de vente directs à la ferme ont éclos. Un nouveau modèle amené à se développer : une boutique de producteurs locaux a ouvert ses portes pendant le confinement.

« La phase de redémarrage est un peu lente, difficile, nous continuons à aider les commerçants pour qui c’est plus compliqué, les consommateurs ont besoin d’être rassurés. Pour les restaurateurs par exemple, nous les avons exonérés de la taxe d’occupation du domaine public, ou encore permis d’étendre les terrasses », continue Alain Crémont. Pour Florent Thévenin, l’accompagnement passe par une prise de conscience : « Le commerce doit être repensé, et se tourner vers le digital. Aujourd’hui, il faut aller chercher le client en-dehors de la boutique. » Soissons et GrandSoissons Agglomération travaillent aussi avec la Région sur d’autres dispositifs d’aides, pour la trésorerie des TPE et PME. « Nos entreprises ont jusqu’à présent été plutôt prudentes dans le recours aux prêts, elles ont joué avec leur trésorerie existante, ce qui va être plus compliqué d’ici quelques mois », note Florent Thévenins.


Olivier Gojo, président des Vitrines de Clovis – l’association des commerçants de Soissons – est satisfait des actions initiées par la ville et l’agglo et salue leur réactivité : « C’est l’accumulation des mesures qui en fait l’efficacité, chacun a ajouté sa pierre à l’édifice », estime le dirigeant d’Optique Gojo-Derasse. Lui aussi s’est fait le relais des commerçants, pour les aiguiller au mieux, avant de s’atteler à une autre tâche de taille également : commander le matériel nécessaire à la réouverture. « Nous avions privilégié les entreprises régionales, qui étaient tellement sollicitées que le temps de recenser les besoins, elles ne pouvaient plus nous fournir, et nous devions en trouver d’autres. C’est là qu’on se rend compte de la force des réseaux, consulaires et patronaux, qui nous ont aidés », raconte-t-il. Dans l’ensemble, Olivier Gojo juge la reprise positive, même si la visibilité est réduite : « Nous étions partis sur des prévisions de reprise plus pessimistes, nous sommes pour le moment vraiment contents. Certains comme les restaurateurs souffrent évidemment plus, la mairie a piétonnisé des rues les vendredis soir et les samedis pour élargir les terrasses, il y a pour tous une surcharge de travail liée aux règles sanitaires. Dans mon cas par exemple, nous devons désinfecter toutes nos montures, nous travaillons surtout sur rendez-vous, pour éviter une trop forte affluence dans le magasin, mais avec cette régulation sur la semaine, nous n’avons pas de perte de clients, c’est aussi plus pratique pour eux. Mais c’est sûr que pour ceux qui étaient déjà faibles avant le confinement, cette crise va être pour certains d’entre eux fatale. »