Union des maires de l'Aisne

« L’impact économique, financier, budgétaire pour les communes, on le mesurera au prochain budget »

Les maires ont eux aussi été au cœur de la gestion de cette crise sanitaires. Quelles ont été les priorités des communes de l’Aisne durant ces deux mois de confinement ? Comment ont-elles agi au quotidien ? À quelles difficultés économiques doivent-elles s’attendre ? Entretien avec Pierre-Jean Verzelen, président de l’Union des maires de l’Aisne.

Pierre-Jean Verzelen, président de l'Union des maires de l'Aisne.

Picardie La Gazette : Au cœur de la crise, quel a été le quotidien des communes ?

Pierre-Jean Verzelen : Les communes, quelque soit leur taille, ont dû remplir plusieurs missions. La première, la plus importante, c’était de rompre l’isolement de certains de leurs administrés, qui n’ont pas de famille ou de voisins qui les connaissent… Il a fallu mettre en place un système pour prendre de leurs nouvelles, et aller faire les courses pour eux. Sur ce type de problématique, on s’est rendu compte que la ruralité constituait un atout assez formidable, en général, tout le monde se connaît et il n’y a pas besoin de mettre de plan formel en place, les choses se sont faites assez naturellement. La question des masques a elle semé le trouble, sur ce dossier, il y a eu une évolution dans le discours et un manque de transparence et d’explications de la part du Gouvernement. Souvenons-nous qu’au début de la crise en mars, on nous expliquait que les masques étaient réservés pour les suspicions de Covid-19, les maisons de retraite et les services de soins. Quand la population a dû être dotée de masques, les Régions, Départements et collectivités se sont organisés pour en fournir. C’est devenu un sujet très irrationnel, et la distribution n’a pas été la même selon les territoires.

« les collectivités ont une capacité d’adaptation et de flexibilité importante pour répondre aux problèmes du quotidien »

Face à cette situation de crise inédite, le rôle d’interface de l’Union des maires de l’Aisne a été renforcé, comment avez-vous accompagné les communes du département ?

Il y avait d’abord un besoin important d’informations de la part des communes, entre ce qu’on entendait à la télé, des propos très généraux, et la teneur des décrets, les maires avaient besoin de réponses claires sur des questions concrètes : peut-on se rendre au cimetière, comment organiser un enterrement, un mariage, etc. Nous avons travaillé avec les services de l’État dans les départements, tout ça montre bien que les collectivités ont une capacité d’adaptation et de flexibilité importante pour répondre aux problèmes du quotidien, de façon bien supérieure à un État, qui du fait de la structure étatique, a été sur certains sujets un peu ankylosé. C’est le cas par exemple pour la réouverture des écoles, entre le moment où on l’annonce et le moment où on a le protocole sanitaire, il s’est passé 15 jours. Il faut d’ailleurs saluer l’esprit de responsabilité des maires de l’Aisne à ce sujet, qui ont mis les moyens matériels et humains en œuvre pour ouvrir leurs écoles.

On a beaucoup parlé de l’impact économique de cette crise sur les entreprises, mais les collectivités aussi vont être fortement touchées et affaiblies.

L’impact économique, financier, budgétaire pour les communes, on le mesurera au prochain budget, c’est là que l’on verra les baisses de recettes fiscales, c’est à ce moment là que ça risque d’être compliqué. On a quelques mois pour que le Gouvernement nous accompagne, les collectivités représentent 80% de l’investissement public, si les recettes de fonctionnement sont plus faibles, vous investissez moins. Je pense que la baisse de capacité d’autofinancement va être conséquente. L’Association des maires de France demande à l’État de trouver des mécanismes financiers qui permettent aux collectivités de maintenir un niveau d’investissement pour faire tourner le pays. Sur tous les impôts liés à l’économie, la crise va se faire sentir : au niveau du Département aussi, avec la baisse cette année de 30% des recettes pour le droit de mutation, la hausse du RSA, du chômage… l’effet ciseaux va être très très pénible à supporter. Il est évident qu’il faut un plan national pour maintenir l’investissement des collectivités. La Région s’est mobilisée pour soutenir l’économie, c’est sa vocation, le Département a aussi aidé à la reprise économique même si ce n’est plus dans ses compétences. À l’échelle intercommunale ou communale, tous les territoires de l’Aisne ont proposé des dispositifs de soutien aux entreprises. Personne ne veut voir les commerces ou les entreprises mettre la clé sous la porte. Quand on parle d’économie, il faut être extrêmement humble, le problème, ce n’est pas le redémarrage de l’activité, les difficultés arrivent quand il faut payer ses charges, quand l’activité croît de nouveau, les conséquences réelles, on les mesurera après l’été.