Bastien Labruyère et son épouse, nouveaux patrons du bar-tabac-PMU

Pour Bastien Labruyère, le licenciement aura été l’élément déclencheur. Avec son épouse Natacha, il a décidé de renoncer au statut de salariés pour « reprendre une affaire ». Ils sont les nouveaux propriétaires du bar-tabac-PMU Le Cap vert à Saint-Erme-outre-et-Ramecourt et accueillent ensemble les clients depuis octobre 2015. Lorsque l’entreprise internationale qui l’employait décide de fermer le site de […]

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Pour Bastien Labruyère, le licenciement aura été l’élément déclencheur. Avec son épouse Natacha, il a décidé de renoncer au statut de salariés pour « reprendre une affaire ». Ils sont les nouveaux propriétaires du bar-tabac-PMU Le Cap vert à Saint-Erme-outre-et-Ramecourt et accueillent ensemble les clients depuis octobre 2015.

Lorsque l’entreprise internationale qui l’employait décide de fermer le site de Montcornet, Bastien Labruyère a la possibilité de partir travailler dans une autre unité du groupe. Angleterre, Irlande, Emirats arabes unis… l’ancien salarié avait le choix mais c’est finalement au Cap Vert, à Saint- Erme dans le Laonnois, qu’il décide, avec Natacha sa femme, de poser les valises. « J’ai été licencié après une relocalisation de mon entreprise en Irlande », entame Bastien Labruyère avant de se remémorer ce moment de questionnement en famille. « À la quarantaine, avec mon épouse nous étions à une période charnière. Nous nous sommes interrogés. Notre fils avait grandi, à 11 ans il commençait à être plus indépendant. Qu’estce qu’on fait ? C’est compliqué de suivre une entreprise internationale, c’est volatile. Vous remettez votre vie en cause et deux ou trois ans plus tard, c’est reparti. J’ai la responsabilité d’une famille ». Le  quadragénaire est titillé par l’envie d’être son propre patron. « Je voulais travailler pour moi », confie l’actuel propriétaire du bar-tabac-PMU de la commune de Saint-Erme. Son épouse travaillait dans le milieu de l’Éducation nationale en qualité d’auxiliaire de vie scolaire. Natacha Labruyère ne fera pas la rentrée de septembre 2015, décidant « de se lancer » avec son mari dans une nouvelle vie professionnelle.

Trouver des financements Les époux Labruyère avaient pour projet d’ouvrir des chambres d’hôtes sur le côte picarde. « Nous étions partis sur plusieurs choses mais nous avons vite rencontré des problèmes de financement. C’est notre première expérience. Nous avons dû recibler notre recherche sur une affaire qui tienne la route. Ici dans la région, nous avons nos racines et notre réseau familial », décortique Bastien
Labruyère, qui n’en dira pas plus sur le « concept novateur » que les époux souhaitaient mettre en place… ce n’est peut-être là que partie remise !
Bastien Labruyère s’est intéressé à une première affaire sur le secteur, un centre de contrôle technique. Les démarches sont entamées mais le postulant à la reprise est stoppé net dans son projet, son BTS en industrie agro-alimentaire ne lui ouvre pas les portes du secteur automobile.
Le couple poursuit ses recherches. Bastien Labruyère reprend contact avec l’ancien propriétaire du Cap Vert.

« À l’époque j’étais disponible. Je suis venu à plusieurs reprises voir comment l’établissement tournait et j’ai commencé à sympathiser avec les clients », se remémore celui qui, aujourd’hui, est passé du statut de client à celui de patron. Les discussions aboutissent et un accord de
vente est signé. Les époux Labruyère démarchent une nouvelle fois les organismes bancaires pour trouver le financement nécessaire à l’acquisition du fonds de commerce et des murs. Non sans difficultés. S’adapter au langage des clients « Nous avons dû suivre des formations.
Moi j’ai passé le permis d’exploitation pour la partie bar, et tous les deux, tous les trois même, car ma mère est associée avec nous dans l’affaire, nous avons suivi la formation liée à la vente de tabac… », détaille Bastien Labruyère.

« Pour la partie PMU, nous avons dû apprendre à utiliser les machines mais aussi le langage des turfistes. Et la difficulté, c’est que les clients n’adoptent pas tous le même langage », ajoute Natacha Labruyère qui sert les clients au guichet des jeux. Avant d’être seuls aux commandes, les époux ont travaillé « en doublette » avec les anciens propriétaires pendant deux semaines. Une expérience qui leur a donné confiance en eux. « Être en formation, c’est une chose. Quand on se retrouve tout seul, cela est autre chose », poursuit Natacha Labruyère. Une fois les clients partis et le bar fermé, pour les patrons, la journée est loin d’être terminée.

En repos mais au travail « L’ambiance est bon enfant. Les jeunes de 20 ans et les anciens se chambrent mutuellement… tout le monde discute », constatent avec satisfaction les époux Labruyère. Récemment durant l’Euro, ils ont joué les prolongations les jours de match en ouvrant le café plus tard en soirée. Le couple ne compte pas les heures passées derrière et dans le bar, y compris les jours de repos. Ce mercredi matin, jour de fermeture hebdomadaire de l’établissement, portes et volets sont fermés mais à l’intérieur, les patrons s’activent. La commande de tabac a été
livrée. Il faut ouvrir les cartons, déballer, compter, pointer, ranger… « Le jour de livraison du tabac nous est imposé. Alors même si c’est notre jour de repos… nous sommes là », explique Bastien Labruyère qui raconte avoir passé la commande avec son épouse Natacha un dimanche
après-midi, après la fermeture du bar. « Il faut être courageux », lance le couple après dix mois d’activité car « les journées sont longues ». Et même une fois rentrés à la maison, l’un comme l’autre ne décrochent pas. « Il faut toujours anticiper, penser à tout… », analyse Natacha Labruyère, citant pour exemple les courses à faire : « Nous avons testé un service de restauration, une vingtaine de couverts sur réservation, uniquement le lundi midi parce qu’aux alentours tout est fermé ». En juin, de lundi en lundi, les clients sont vite devenus des habitués.
Mais malgré ce succès, les patrons n’envisagent pas de développer le service restauration à la rentrée. « À deux, cela n’est pas possible. Il nous faudrait embaucher une personne », répond Bastien Labruyère.