Éducation prioritaire : la réforme bien accueillie

Six établissements préfigurateurs testent depuis la rentrée dernière en Picardie le nouveau dispositif d’éducation prioritaire. Ils seront rejoints par 37 autres à la rentrée prochaine. Avec pour le moment des retours positifs.

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Alexandre BArlot

« 70% des enseignants jugent cela très intéressant ou sont passablement favorables à cette concertation » gilles Bayard, principal du collège gérard-Philippe à soissons

Depuis la rentrée 2014, le collège César Franck d'Amiens teste le nouveau dispositif.
Depuis la rentrée 2014, le collège César Franck d'Amiens teste le nouveau dispositif.

Corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec est le plus élevé. » Ces mots issus de la circulaire de juillet 1981 instaurant des zones prioritaires en France sont toujours valables 34 ans plus tard. Depuis la loi du 8 juillet 2013, les différentes nouveautés apportées par le gouvernement semblent désormais contenter la grande majorité des acteurs éducatifs en Picardie. Six établissements de la région testent depuis la rentrée 2014 ce nouveau dispositif avec une certaine satisfaction. Cette réforme s’engage à des investissements supplémentaires en matière de coûts. Cela représente 83 emplois de plus à temps plein pour le département de la Somme. Cette création permet de dégager des périodes de concertation, de suivi des élèves entre les différents acteurs du monde éducatif et de formation pour les enseignants. Cela représente neuf journées sur une année scolaire dans le primaire et 1h30 hebdomadaire au sein des collèges. La formation sera même renforcée dans les réseaux les plus difficiles dénommés REP+ avec trois journées garanties et le tutorat des nouveaux enseignants. Les effectifs par classe y sont aussi limités et le taux d’encadrement y est renforcé. « On a fait un sondage sur le réseau et il y avait 70% des enseignants qui jugeaient cela très intéressant ou étaient passablement favorables à cette concertation », rapport Gilles Bayard. Le principal du collège Gérard-Philippe à Soissons, où le dispositif est en test, fait état d’un ressenti « plutôt bon jusqu’à maintenant. » Xavier Leneveu, secrétaire académique au syndicat enseignant SE- Unsa, abonde dans ce sens : « Ce temps de concertation dégagé est vraiment important. C’est un nouvelle outil qu’il faut appréhender et auquel il faut donner du sens, mais cette réforme va dans le bon sens. »

Des réticences mineures

« La politique d’éducation prioritaire par le passé, elle s’est fait au petit bonheur la chance. À chaque fois que l’on inventait un nouveau zonage, on intégrait dans la carte des établissements demandeurs. Bien souvent grâce à des élus locaux qui avaient fait du lobbying sans que forcement cela corresponde à une réalité. On faisait une injustice à tous les établissements qui eux avaient véritablement mal sans que personne ne les défende », déclarait Najat Vallaud-Belkacem, le 10 février sur France Inter. La ministre de l’Éducation nationale répondait à des interrogations sur la sortie de certains établissements du dispositif depuis l’annonce de la nouvelle carte des établissements prioritaires fait le 17 décembre dernier. En Picardie, ils sont au nombre de trois (voir carte). Des journées de grève et « collège mort » sans élèves ont même agité le début du mois de décembre dans l’Oise. « On n’est pas satisfaits que ces trois établissements sortent du dispositif. Le fait de ne plus faire partie du réseau peut les pénaliser à court ou moyen terme », explique Angélique Carré du syndicat enseignant Snipp-Sup. Anne-Isabelle Ghetemme, délégué académique à l’Égalité des chances et à l’éducation prioritaire répond simplement à ce problème : « Certes, ces trois établissements n’auront plus le label Éducation prioritaire, mais on est dans l’obligation de les accompagner durant les trois années qui suivent. Ils gardent également les avantages qu’ils avaient pendant cette période comme les primes aux enseignants et les effectifs restreints. » Le débat semble donc clos pour les trois prochaines années. Pour ce qui est du reste : « On va toujours trouver quelques enseignants qui pensent que cela ne sert à rien et ne se sentent pas concernés par les temps de travail commun, mais cela reste une très petite minorité », relate Gilles Bayard. « Après il faut que la mayonnaise prenne », conclut Xavier Leneveu.

« La volonté d’innovation est parfois victime de réticence »

Trois questions à Anne-Isabelle Ghetemme, déléguée académique à l’Égalité des chances et à l’éducation prioritaire. Quelles sont les différences entre les Zones d’Éducation prioritaires et les Réseaux d’éducations prioritaires ? L’introduction de la notion de réseau est importante, car elle permet de rendre plus efficace l’acte pédagogique. C’est une réunion et un partage des outils entre le 1er et le 2nd degrés avec à la tête du réseau un collège. L’objectif des REP et REP+ est la question du suivi des élèves. On a désormais un projet de réseau défini entre l’inspecteur de l’Éducation nationale du secteur, le principal du collège et les équipes pédagogiques.

Sept nouveaux établissements font leur entrée dans ce nouveau dispositif, la plupart dans des zones rurales comme dans le nord de l’Aisne, cela traduit-il un appauvrissement ? La pauvreté en milieu rural est un des enjeux que l’on a pris en considération. Lorsqu’il a été demandé au rectorat de désigner des établissements pour ce niveau dispositif, nous avons pris en compte les divers types de pauvreté.

Cette dernière n’est ni l’apanage des « banlieues » ni des zones rurales. Il ne faut absolument pas les mettre en concurrence. Chacune a ses problématiques propres et c’est à nous d’agir en conséquence pour les deux.

Six établissements testent actuellement cette réforme dans la région, quels sont les retours ? Jusqu’à maintenant les retours sont assez bon sur le terrain. Cette réforme demande un effort supplémentaire pour les enseignants qui sont par ailleurs rémunérés par une prime annuelle. Maintenant dans de très rare cas, la volonté d’innovation est parfois victime de réticences.