« Les entreprises sont vectrices de la souveraineté économique »

La CCI est mobilisée sur le suivi du plan de relance auprès des entreprises régionales. Entretien avec Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France.

Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France : "Nous travaillons pour qu'il n'y ait pas d'avalanche".
Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France : "Nous travaillons pour qu'il n'y ait pas d'avalanche".

Picardie La Gazette : Comment la CCI s’implique-t-elle dans le suivi du plan de relance ? L’industrie doit-elle être en première ligne ?

Philippe Hourdain : Nous sommes en train d’appeler 3 000 industries des Hauts-de-France, employant entre cinq et 250 personnes. Nous sommes très impliqués sur ce volet : nous travaillons sur une méthode proactive avec elles. Nous les appelons systématiquement pour leur proposer une expertise sur tous les dispositifs à leur disposition par le plan de relance régionale, sur la possibilité de rencontrer des experts pour l’aspect concernant la transition écologique par exemple. Ce que nous préconisons, c’est une union des acteurs du domaine. Il faut que tout le monde, acteurs privés comme publics, se mette à la disposition des industriels. Il y a plusieurs dispositifs, et 35 milliards iront à l’industrie dans le cadre de la transition écologique : il s’agit du métier où l’on doit le plus innover et transformer son entreprise.

Comment réagissent les dirigeants d’entreprise face à ce plan de relance ? Sont-ils satisfaits ou en attendaient-ils davantage ?

Ils réagissent très positivement. Tout d’abord, ils sont contents d’être appelés. Les chefs d’entreprise ont le nez dans le guidon, surtout en ce moment. Ainsi, ils n’ont pas le temps de se poser des questions simples : qui appeler ? Que faire ? Suis-je concerné ? Ce ne sont pas forcément des professionnels de l’aide publique. Dans ce cadre, nous sommes très bien accueillis et il n’y a pas de notion de mécontentement par rapport aux sommes en jeu. Il leur faut de la proximité, de la simplicité, des explications. Je suis moi-même un industriel : si je n’étais pas représentant, je n’aurais aucune idée de la façon dont il faut procéder. Nous nous sommes mis à leur place, tout simplement.

La solution passera par l’investissement des particuliers, des banques et des entreprises”

Il est souvent entendu que ce type de dossier est très complexe à remplir… N’est-ce pas un frein au regard de l’urgence de la situation ?

Ce sont des dossiers qui ne sont pas aussi complexes que d’habitude. La démarche des dirigeants, c’est : “je vais investir pour isoler un bâtiment, pour avoir une démarche de transition numérique…” Cela correspond à la stratégie des décideurs : aider l’entreprise à se digitaliser, encourager la transition énergétique. La transition est un facteur majeur, ne serait-ce que pour le changement climatique. Il faut donc répondre à ces différents critères. Un autre sujet concerne la souveraineté économique du pays. Nous nous sommes collectivement rendus compte que nous n’avions que peu de médicaments made in France. Les entreprises sont vectrices de la souveraineté économique.

Ce sont des critères qui favorisent l’investissement. Or, dans une période comme celle-ci, on aurait tendance à être attentiste plutôt que de décider d’investir. Par exemple, les particuliers épargnent massivement en ce moment…

Le pire n’est jamais certain, nous travaillons pour qu’il n’y ait pas d’avalanche. La situation sanitaire ne s’améliore malheureusement pas, mais attendons un peu. Les entreprises se sont montrées très résilientes. Nous sommes dans le flou, il faut trouver des solutions. C’est pour cette raison que nous travaillons beaucoup pour avoir directement l’ensemble des entreprises, leur trouver des solutions. Chacun sait qu’il faudra voir ce qu’il se passe après la perfusion. Pour s’en sortir, on va devoir passer par l’innovation dans les investissements. Regardons rev3 : la CCI et le Conseil régional viennent de trouver 250 millions d’euros pour investir. De son côté, le plan d’épargne rev3 en était à 17 millions d’euros avant la Covid-19. Aujourd’hui il en est à 45 millions d’euros. Il y a une volonté d’épargner et d’investir. Cela passera par une nouvelle vision de l’investissement. Évidemment, investir, c’est compliqué. En ce moment, il est difficile de trouver des chefs d’entreprise qui investissent de façon colossale. La solution passera par l’investissement des particuliers, des banques et des entreprises. N’oublions pas qu’au total, 110 milliards d’euros ont été épargnés en plus par rapport à 2019. On sent une maturité économique supplémentaire de la part des particuliers. La culture économique est en train d’évoluer et il y a un mouvement pro-économie.

Il y a un autre dossier important : l’export. Une entreprise qui n’exporte pas devrait essayer de le faire aujourd’hui, à un moment aussi difficile ?

Dans l’industrie, on peut constater que les entreprises qui ont investi dans l’innovation, changé leur façon de faire, digitalisé leurs process vont bien. Celles qui n’ont pas investi ont des soucis aujourd’hui qui ne datent pas de mars 2020… D’autre part, en France, on n’exporte pas assez. Il y a une vraie volonté des pouvoirs publics de pousser les entreprises à exporter. La team France export [ndlr, composée de la Région, des CCI et de Business France] aide, finance les entreprises qui veulent exporter. Il faut aller vite pour rebondir.

Sait-on si beaucoup d’entreprises sont concernées par ce plan de relance ?

Aujourd’hui, sur 2 400 entreprises contactées, 2 200 ont demandé des éléments complémentaires. Nous n’en savons pas plus à l’heure qu’il est, c’est encore un peu complexe. Mais tous les services de l’État travaillent dessus. C’est un vrai mouvement qui s’est créé.