Sauvegarder l'article
Identifiez vous, pour sauvegarder ce article et le consulter plus tard !

Regards poétiques et joyau baroque

© Charles Delcourt
© Charles Delcourt

Isle of Eigg

Ce livre magnifique est d’abord l’histoire d’un coup de foudre. Celui du photographe Charles Delcourt pour l’île d’Eigg, territoire de 35 kilomètres carrés au sein de l’archipel des Hébrides intérieures, au sud de la mer d’Ecosse. En 1997, les habitants rachètent ensemble leurs terres au Lord qui en est le propriétaire. Le 12 juin est décrété jour de l’Indépendance où vivent environ quarante familles, toutes concernées par la gouvernance et le destin de l’île. Depuis 2007, l’île est en autonomie complète grâce aux ressources durables (hydroélectrique, éolien et solaire). Ce territoire autonome émerge comme un esquif utopique à l’heure des inquiétudes climatiques grandissantes. L’île d’Eigg propose ainsi une alternative locale solide dans un monde en dérive qui cherche simultanément le paradis perdu et la voie future. Lorsqu’il débarque sur Eigg en 2015, Charles Delcourt tombe amoureux de ces paysages austères mais sublimes de cette île écossaise mais admire surtout le mode de vie, rude mais engagé, que développent les habitants. Au rythme de ses séjours, son livre devient le parcours progressif d’acclimatation à la nature de l’île, se passionnant pour la variété des paysages et l’engagement exceptionnel de ses habitants.

Isle of Eigg. Photographies de Charles Delcourt – Texte de Camille Dressler (Editions Light Motiv).

 

Le corps des femmes

Dès la préhistoire, la femme a été l’objet et le sujet de tous les fantasmes, mise en scène à travers un regard essentiellement masculin. Déesse ou putain, vierge ou sorcière, virago ou odalisque, la femme a été peinte, sculptée et surexposée : son corps et son visage se métamorphosant au fil des siècles et des artistes. Intitulée La femme regardée, la première partie de cet ouvrage examine cette domination jusqu’au moment où Courbet et Manet révolutionnent le regard masculin. Puis le second chapitre, Les femmes qui nous regardent, poursuit l’analyse jusqu’aux années 1960. Enfin, le troisième volet, Ces femmes qui se regardent, débute avec les années 1970, quand s’est opérée une révolution majeure pour les femmes artistes qui désormais se représentent elles-mêmes. C’est donc aussi à une histoire de l’évolution du statut de la femme que ce livre convie, comme un voyage au pays de l’émancipation sexuelle et sociétale, de Camille Claudel à Louise Bourgeois, et de Frida Kahlo à Cindy Sherman. Un passionnant ouvrage conjuguant esthétique et politique.

Le corps des femmes. Ce que les artistes ont voulu faire de nous de Laure Adler (Editions Albin Michel).

 

Un palais en Sicile

Cet ouvrage somptueux est d’abord le récit de l’incroyable aventure qu’a représentée la restauration intégrale du Palazzo Di Lorenzo del Castelluccio, joyau du baroque sicilien situé au cœur de Noto, ville du sud de la Sicile, non loin de Syracuse. Dévasté par un tremblement de terre en 1693, ce palais fut reconstruit en 1782 par le Marquis di Lorenzo del Castelluccio à quelques kilomètres de son implantation d’origine, et autour duquel fleurirent églises, couvents et palais, rivalisant de magnificence. Après la mort du dernier Marquis de Castelluccio, l’un des derniers «guépards» de Sicile, sa demeure tombe dans l’oubli et se détériore progressivement. Quand le propriétaire actuel prend possession du palais en 2011, il est inhabité depuis des dizaines d’années, menacé par les ravages du temps. Quelques passionnés entreprennent alors le sauvetage de trésors abandonnés, dont Jean-Louis Remilleux qui se lance dans un long travail de restauration, fidèle à l’esprit d’origine en chinant le mobilier. Aujourd’hui, la demeure a retrouvé son lustre, depuis les salons dignes du film de Visconti, Le Guépard, jusqu’aux terrasses en passant par les cuisines. Soit l’un des plus beaux témoignages de l’architecture et des arts décoratifs siciliens.

Un palais en Sicile de Jean-Louis Remilleux. Photographies de Mattia Aquila (Editions Albin Michel).