BPCE Observatoire

Les communes vont-elles continuer à financer le sport ?

Premiers contributeurs publics à l'économie du sport, communes et ECPI doivent faire face aux enjeux de la rénovation énergétique d'un parc d'infrastructures partiellement vieilli, montre une étude de l'Observatoire du groupe bancaire BPCE.

« Même durant la crise, il n'y a pas eu de désengagement », souligne Alain Tourdjman, directeur des Études et prospective au groupe bancaire BPCE.
« Même durant la crise, il n'y a pas eu de désengagement », souligne Alain Tourdjman, directeur des Études et prospective au groupe bancaire BPCE.

Mises en difficulté par la hausse des prix de l'énergie, les villes vont-elles pouvoir maintenir leur engagement dans le sport ? Le 30 mars, BPCE Observatoire rendait public son rapport sur "Les collectivités locales, premier financeur public du sport", lors d'une conférence de presse, à Paris. 

Aujourd'hui, d'après l'étude, les dépenses publiques en matière de sport s'élèvent à 20 milliards d'euros. « Environ 60% du budget est porté par les collectivités locales », souligne Alain Tourdjman, directeur des Études et prospective au groupe bancaire BPCE. 

De ces 12,5 milliards – envisagés comme une hypothèse basse – l' essentiel est pris en charge par les communes (8 milliards), et les EPCI (3,1 milliards). Ces sommes sont consacrées à la construction d'infrastructures, leur gestion, la mise à disposition d'équipements, l'organisation d'activités scolaires, les subventions d'associations et de clubs... 

« Il existe une complémentarité entre l'apport des communes et de l'intercommunalité (…). Les EPCI constituent un moyen de monter en gamme en matière d'équipements, d'accéder à des infrastructures plus onéreuses que ne pourrait pas financer la commune », analyse Alain Tourdjman. 

C'est, par exemple, le cas de piscines, aires pour sports de glace, stades importants... De fait, sur le territoire, les plus faibles dépenses au niveau communal sont le plus souvent compensées par celles de l'EPCI, aboutissant à une « relative homogénéité des dépenses sportives au sein du bloc communal », précise Alain Tourdjman. Parmi les autres financeurs publics, les départements et les régions cumulent 1,4 milliard d'euros de dépenses.

L'importance accordée par les différents types de collectivités au sport se lit aussi dans la part que ces dépenses prennent dans leurs budgets. L'étude montre que le sport constitue le 18e poste pour les régions, le quatrième, pour les EPCI et le deuxième, pour les communes. 

Pour ces dernières, il représente 10% du budget et 15% des investissements. Signe supplémentaire de l'importance accordée au sujet par les élus locaux, la baisse des dépenses de fonctionnement pour le sport durant l'année 2020 s'est pour l'essentiel limitée à celles touchant l'organisation de manifestations sportives - interdites. « Même durant la crise, il n'y a pas eu de désengagement », souligne Alain Tourdjman.

Un aménagement en plusieurs étapes

Au total, la France compte 318 000 équipements sportifs, fruit d'une histoire où les priorités des politiques publiques ont évolué, avec, aussi, des spécificités territoriales marquées. À partir de 1945 et jusqu'au milieu des années 60, « nous avons développé de grands équipements dans une logique d'universalité, de sport pour tous », relate Alain Tourdjman. 

Des stades ont été édifiés, des sites naturels aménagés pour les activités nautiques... Deuxième étape, à partir du milieu des années 60 et jusqu'en 1995, ce sont « les Trente glorieuses de l'équipement sportif », poursuit l’expert. Le rythme de construction s’accélère : la moitié des équipements existants aujourd'hui datent de cette période. Le type de projets se diversifie. 

La France compte 318 000 équipements sportifs. (c)AdobeStock

Succède ensuite, à partir de 2005, une nouvelle phase plutôt tournée vers la réhabilitation et la réorientation des infrastructures existantes vers des sports nouveaux. Le nombre de mises en service diminue. Par ailleurs, le secteur privé prend une place grandissante. Aujourd'hui, en effet, 83% des infrastructures sportives appartiennent aux collectivités locales. Elles en gèrent les trois quarts, contre 13% pour les associations, et 9% pour le privé. Mais ce dernier détient 19% des infrastructures développées après 2005, quand la part des collectivités pour ce parc est descendue à 74%.

Autre constat de l'étude, celui des disparités territoriales en matière d’infrastructures sportives. À l'échelle géographique du département, les dépenses sportives par habitant sont très diverses. « Il y a une vision du développement territorial derrière la dépense sportive. Pour certaines zones cela correspond à une logique de développement économique lié au tourisme sportif », analyse Alain Tourdjman. 

C'est notamment le cas du Grand Ouest et des Alpes, qui ont beaucoup investi dans les activités nautiques ou le ski, soignant leur attractivité par le sport. D'autres territoires présentent des combinaisons très différentes d'équipement et de modalités de pratique du sport. Par exemple, dans les territoires ruraux, domine une pratique associative, avec des équipements modestes. À l'inverse, à Paris ou dans les Alpes-Maritimes, la part du privé est supérieure et les infrastructures diversifiées. Autre cas encore, celui du Nord : la pratique sportive est plus limitée, les équipements moins nombreux.

Financer le chauffage des piscines

Aujourd'hui, d'après l'étude BPCE, les élus locaux n'entendent pas déroger aux principes qui guident leur politique en matière de sport. Et ils ont été confortés par l'annonce du Gouvernement, en octobre dernier, du plan de financement (200 millions d'euros) pour la construction de 5 000 équipements sportifs de proximité ( city stades, skate-parks...).

Toutefois, les élus perçoivent des changements nécessaires. Parmi leurs priorités, figurent ainsi la poursuite des efforts financiers, mais aussi la recherche d'économies. Celle-ci peut passer par le fait de rendre des infrastructures plus polyvalentes, ou moins énergivores. Dans ce domaine, depuis 25 ans, « un effort important a été réalisé, mais il reste beaucoup reste à faire », souligne Alain Tourdjman. 

De fait, le parc des infrastructures, hétéroclite, n'est pas toujours en bon état. Par exemple, 32% des établissements construits avant 1985 n'ont pas été rénovés (plus de 80 000 équipements). Aujourd'hui, dans les équipements qui sont chauffés (le quart du parc), plus de la moitié l'est au gaz. 5% seulement utilisent l'énergie solaire.

Reste à savoir comment financer ces projets. « On sait combien les contraintes financières des collectivités locales restent prégnantes (…). Un surcroît d'investissement très significatif dans le sport ne pourrait passer que par d'autres acteurs. On peut imaginer que cela vienne, en particulier, du plan de relance et des mesures en faveur de la transition énergétique (…). Une autre voie possible réside dans une interaction avec des acteurs privés, en restant dans la préservation du modèle des collectivités », analyse Alain Tourdjman. 

En plus de la question du financement, les élus font face à un autre enjeu crucial : transformer leur offre pour répondre aux changements sociétaux en matière de sport. De plus en plus, les Français le pratiquent "en autonomie", dans une optique de bien-être, et non plus en association, conjugué à une recherche de performance...