Joyaux du 7e art

Au programme : une splendeur d’un cinéaste majeur du cinéma asiatique contemporain et un réalisateur français méconnu de la fin des années 1960.

Les Fleurs de Shanghai

Cinéaste majeur du cinéma asiatique contemporain, Hou Hsiao-hsien signe en 1998 une sublime fresque se déroulant en huis clos qui nous plonge à la fin du XIXe siècle, dans la concession britannique de Shanghai. Plusieurs «Maisons des fleurs», réservées à l’élite masculine, forment un monde en vase clos où l’on vient autant pour dîner, fumer de l’opium, jouer au mah-jong et se distraire que pour rencontrer des courtisanes, appelées «les fleurs de Shanghai». Wang, un haut fonctionnaire, est le client officiel de la sublime et dépensière Rubis. Dans une autre maison, il fréquente aussi Jasmin…

Filmé en une succession de plans-séquences majestueux, marque de fabrique du réalisateur taïwanais, Les Fleurs de Shanghai se déploie en une suite de tableaux nocturnes à la beauté hypnotique. Le cinéaste y dépeint une société ultra-codifiée où, derrière les apparences, se joue le théâtre de la tragédie humaine. Une œuvre sidérante à découvrir pour la première fois dans une impressionnante restauration 4K. A noter en bonus, un documentaire signé Olivier Assayas dans lequel Hou Hsiao-hsien nous emmène sur les lieux de son enfance.

Carlotta Films.

 

Guy Gilles

Réalisateur et scénariste français méconnu, parfois apparenté à la Nouvelle Vague, Guy Gilles est aujourd’hui considéré comme l’un des cinéastes les plus doués de sa génération. Faisant preuve d’un profond sentimentalisme, ses trois premiers films saisissent avec finesse la poésie du quotidien, peignant le destin de personnages en partance (marins ou inconnus), dessinant le portrait d’amours à distance et explorant la question de la mémoire grâce à une liberté de montage qui alterne couleur et noir & blanc. Les cadrages laissent notamment la part belle aux objets et aux détails, les plans fixes se succédant tels des souvenirs ou des cartes postales. Imaginant des rythmes, des images et une poésie qui n’appartiennent qu’à lui, Guy Gilles eut la particularité d’inviter certains des plus grands comédiens de l’époque à apparaître dans ses œuvres, à l’image d’Alain Delon, Jean-Pierre Léaud, Jean-Claude Brialy, Juliette Gréco, Annie Girardot, Micheline Presle ou Macha Méril. Il se permit même de faire tourner Romy Schneider, qu’il décida de couper au montage !
Après la récente redécouverte de sa filmographie par la Cinémathèque Française, ce magnifique coffret propose donc ses trois plus grands films, d’inspiration autobiographique, parfaitement restaurés par Lobster Films, où l’on retrouve l’acteur Patrick Jouané, alter ego du cinéaste à l’exemple de Jean-Pierre Léaud pour François Truffaut. Outre Au pan coupé (1967) et Le Clair de terre (1970), figure le premier opus du cinéaste, L’Amour à la mer (1965) qui s’ouvre sur la rencontre amoureuse de Daniel et Geneviève à Deauville. Il est marin, elle vit à Paris. Ils s’écrivent, mais l’amour suffit-il ? L’émouvant geste inaugural d’un cinéaste épris d’absolu.

Lobster Films.