Alimentation animale

LepidUP, élevage d’insectes responsable

L’entreprise amiénoise élève des Bombyx eri, une chenille très prisée des reptiles insectivores pour ses qualités nutritives. Souhaitant avoir le moins d’impact possible sur l’environnement, la structure s’emploie à valoriser tous les produits et déchets de l’élevage.

L’élevage de LepidUP est installé au-dessus de la Repasserie (© Aletheia Press / DLP)

 

Albert Nguyen-Van-Nhien, Boris Mirvaux et Vianney Patrat-Delon. ©Aletheia Press/ DLP

« J’ai toujours été passionné par les reptiles, notamment les caméléons et je me suis naturellement intéressé à leur alimentation », raconte Albert Nguyen-Van-Nhien, professeur à l’Université Picardie Jules-Verne qui a amorcé le projet. En échangeant avec Boris Mirvaux et Vianney Patrat-Delon, tous deux docteurs ingénieurs en chimie, ils imaginent les bases d’une aventure entrepreneuriale : monter un élevage de Bombyx eri à destination de l’alimentation des nouveaux animaux de compagnie tout en valorisant l’ensemble des co-produits et déchets générés par cette activité. Après avoir remporté le Challenge Amiens Campus, LepidUP intègre l’incubateur d’Amiens Cluster. Là, ils rencontrent Sabine Verhaegen, directrice d’Ozange qui les invite à s’installer au-dessus de la Repasserie. « Nous avons toujours voulu limiter au maximum notre impact sur l’environnement. En créant l’élevage ici nous récupérons la chaleur et la vapeur produites par l’activité du rez-de-chaussée, ce sont des conditions parfaites pour les chenilles », explique Boris Mirvaux.

Gagner des marchés

Les associés, qui ne souhaitent pas réaliser de levée de fonds, misent sur une croissance organique de leur entreprise, cherchant à chaque étape de leur croissance des débouchés adaptés. Pour leurs premiers pas, ils misent sur la communauté des éleveurs de reptiles insectivores, des passionnés en quête d’une alimentation de qualité pour leur animal. « Le Bombyx eri présente un équilibre protéine/ lipide parfait. Nous sommes les seuls aujourd’hui en France et même en Europe à proposer cet insecte dont l’élevage est assez difficile », note Vianney Patrat-Delon. Installées dans des bacs d’une capacité de 250 unités, les chenilles ont un cycle de vie de trois mois entre la ponte de l’œuf et leur transformation en papillon.

« Les chenilles se nourrissent de feuilles de troène, un arbre que l’on trouve facilement ici. Nous avons noué des partenariats avec des paysagistes pour récupérer cette matière première. Nous pouvons aussi nous fournir directement auprès de particuliers », détaille Boris Mirvaux. Si LepidUP assure déjà des expéditions en France, en Allemagne, en Belgique ou même en Lituanie, l’entreprise cherche aujourd’hui à gagner en visibilité. Pour cela, les trois associés misent sur les salons, les forums spécialisés et les réseaux sociaux comme Facebook et surtout Instagram. « Nous pensons aussi faire appel à des influenceurs », explique Boris Mirvaux.

« Nous avons toujours voulu limiter au maximum notre impact sur l’environnement »

Une dimension scientifique

À terme l’élevage devrait atteindre 20 000 chenilles, un chiffre conséquent qui demande une vigilance constante. « Cette activité nécessite de la main d’œuvre, cela pourrait servir de support à de la réinsertion », souligne Vianney Patrat-Delon. LepidUP sert également de base à un projet de recherche porté par Albert Nguyen-Van-Nhien. « Le cocon du Bombyx eri est composé en partie de chitine, que l’on retrouve habituellement chez les crevettes ou les crabes », note-t-il. Cette molécule présente notamment des caractéristiques antibactériennes particulièrement intéressantes. « Elle peut avoir des applications dans le secteur médical par exemple », ajoute celui qui travaille sur un procédé d’extraction adapté à l’insecte.