Conjoncture

La folie des prix sur la côte

La côte picarde – surtout Saint-Valery-sur-Somme et Le Crotoy – est très recherchée par les acheteurs Français et Belges. Une demande qui rend les biens quasi impossible à acquérir financièrement pour les locaux.

Ault devient prisée par les investisseurs. (C)AdobeStock

À vendre « Maison traditionnelle sur un terrain d’environ 1 000 m². Habitable de plain pied . Un séjour double avec cuisine et une cheminée, deux chambres, salle d’eau, WC. À l’étage : trois chambres, salle d’eau. Surface 115 m² au Crotoy. Prix : 240 600 euros », « Maison de pêcheur au cœur d’un quartier typique de Saint-Valery-sur-Somme. Très rare ! Grande cour. Séjour, cuisine, buanderie. Au 1er étage: palier, trois chambres… Prix : 339 000 euros ». À elles deux, ces annonces de l’agence Lamy Immobilier du Crotoy ont un peu de quoi donner le tournis surtout aux locaux, à qui elles sont quasi inaccessibles.

Des prix élevés
« Il ne faut pas être affolés, résume Céline Boutté, de l’agence Lamy Immobilier au Crotoy. Les prix sont relativement hauts pour ces villes du bord de mer. Certains peuvent dépasser le million d’euros. En général, les acheteurs sont âgés d’une cinquantaine d’années. Ils viennent du Nord de la France, de région parisienne ou de Belgique. Ils recherchent une résidence principale ou secondaire en baie de Somme car elle a toujours un côté sauvage, nature. Ils sont prêts à faire des sacrifices. C’est cher à l’achat mais à la revente c’est aussi une valeur sûre. Il y a ceux aussi qui se lancent dans l’investissement locatif saisonnier, plus rentable que la location mensuelle classique. »
Pour Céline Boutté, il reste toujours de bonnes affaires à faire à moins de 150 000 euros mais pour cela il faut trouver « le bon agent immobilier ». Car même avec des travaux à réaliser, les biens ne posent pas. Les futurs acquéreurs aux bourses moins garnies commencent à se tourner vers Cayeux-sur-Mer. Il faut compter entre 120 et 130 000 euros pour une maison de pêcheurs ou plus de 200 000 euros pour un appartement sur le front de mer.

Pénurie de biens à Cayeux
« Depuis le déconfinement, c’est la folie à tel point que je n’ai quasi plus de biens à proposer à la vente, confie Bruno Messio, le gérant de l’Agence du littoral. Il suffit de consulter mon site Internet pour le constater. Il va vite falloir que j’en rentre. Les clients viennent du Nord de la France, de Belgique, de région parisienne, de l’Oise… Principalement, ils recherchent une résidence secondaire. Ils apprécient la baie de Somme et le côté nature de Cayeux-sur-Mer. C’est plat, pas construit à tout-va et les prix restent corrects, afin pour le moment… » Pour lui, la pierre et l’or restent des valeurs refuges. Il enregistre aussi des demandes de quelques investisseurs qui apprécient la rentabilité du modèle Airbnb : « Ça marche très bien », assure-t-il.
« Il y a beaucoup de ventes, surtout pour des résidences secondaires, confirme Sophie Cornet, clerc de notaire à l’étude notariale de Pascale Billard-Fréville à Saint-Valery-sur-Somme. On ne s’attendait pas à tel flux tendu, les prix s’envolent sur Saint-Valery, nous n’avons plus rien à vendre et recherchons des biens. Même l’arrière pays est très prisé, une maison à Lanchères a été vendue comme résidence principale en 48 heures et nous avons reçu des dizaines d’appels pour cette annonce. À Cayeux-sur-Mer, les tarifs commencent à augmenter et à Ault, les ventes sont en croissance aussi malgré des impôts fonciers qui peuvent dépasser les 3 000 euros. »

« Beaucoup de biens sont souvent sous-évalués par les propriétaires »

Ault, ville prisée
À Ault en effet, Loïc Fournier d’Amarym Immobilier se frotte les mains. Depuis plusieurs mois, la commune atypique regagne la curiosité des investisseurs malgré une falaise qui la fragilise et affole la taxe foncière des propriétaires. Un grand projet sur les hauteurs pour le quartier du Moulinet, des reportages télévisés sur les belles villas et un clip imageant la chanson Comment est ta peine ? de Benjamin Biolay tourné sur la plage… au fil des mois, l’image d’Ault change comme il en atteste : « Nous avons beaucoup de travail. Il y a eu les reports des achats dus à la Covid et des projets qui ont mûris durant le confinement. Même pour notre service de location de vacances, tout va bien. En juillet, nous avons fait plus que avril/ mai/ juillet 2019 réunis. Une clientèle nouvelle recherche la sécurité. Des Parisiens sont lassés du métro-boulot-dodo, la mobilité est aussi favorisée avec l’essor du télétravail. Si j’avais plus de biens, je vendrais plus… Il y a les investisseurs qui veulent aussi ne venir que le week-end, les locaux qui misent sur la création de gîtes en bord de mer… Selon le bien, son état, la vue… les prix vont de 1 500 à 4 000 euros le m². Beaucoup de biens sont souvent sous-évalués par les propriétaires. »
Reste que la commune devra, si elle veut connaitre un nouveau souffle, attirer plus d’acheteurs désirant vivre sur place. Plus bas sur la côte, Frédéric Testard, de Littoral Immobilier à Mers-les-Bains, n’a pas du tout le même ressenti : « Ce n’est pas très dynamique, je n’arrive pas vraiment à expliquer pourquoi. Il faut demander aux acquéreurs. Vu la conjoncture actuelle, les résidences secondaires passent en second plan. C’est logique. Ce n’est pas à cause des prix. Certains biens sont affichés à 50 000 euros… »
Tout en haut de la côte picarde, à Fort-Mahon, le marché immobilier est aussi dynamique : « Cela ne va pas trop mal, commente Alain Pirot, co-gérant de l’Agence des Pins. Le marché est boosté par les Parisiens mais à cause du confinement, il y a eu beaucoup de reports. Là, le marché repart. Nous vendons autant de maisons que d’appartements. Il faut compter 250 000 euros pour une maison entre 80 et 100 m² et environ 400 000 euros pour un appartement afin d’être au plus près du front de mer. »

 

La baie de Somme, une valeur sûre pour les investisseurs.