Consommation

Malgré la vague du localisme, les Français achètent au Sud

Durant le confinement, les Français ont consommé plus de produits locaux. Ils ont toutefois continué à acheter des produits du Sud, à l’image du riz, du chocolat et café. Une tendance soulignée par l’ONG Max Havelaar qui redoute l’impact de la pandémie pour ces petits producteurs. 

Trois quarts des Français n'ont pas renoncé au chocolat.©Adobestock

Chocolat, café, bananes… durant la crise, plus de huit Français sur 10  ont continué à consommer ces produits qui viennent de l’autre bout du monde. Tel est le résultat d’un sondage mené par Opinion Way, pour l’ONG Max Havelaar, acteur majeur du commerce équitable. Lequel alerte sur l’impact de la pandémie pour les petits producteurs du Sud.

Concernant les catégories de produits, durant le confinement, les Français ont accru leur consommation de légumes et de chocolat (pour 16% d’entre eux), de café et de lait et de pâtes (12%), de bananes (11%) et de riz (9%). À contrario, celle d’autres aliments a baissé, comme la viande (pour 23% d’entre eux), ou encore, le sucre (12%). 

Mais plus fondamentalement, pour les Français, le confinement a constitué une occasion de repenser certaines habitudes d’achat, d’après le sondage. En effet, dans le cadre de la crise, les deux tiers des personnes interrogées déclarent choisir volontairement des produits considérés comme responsables. Dans le détail, pour 45% d’entre eux, cela revient à privilégier des produits locaux ou de leur région, une proportion qui grimpe à  62% chez les plus de 50 ans. Près d’un tiers d’entre eux optent pour les produits bio, et 15%  pour des produits sans emballages, ou avec des emballages limités. Ils sont 10% à rechercher des produits issus du commerce équitable, cette démarche qui entend garantir aux agriculteurs un revenu décent et inclut aussi des critères environnementaux. À l’origine, elle visait les producteurs du Sud de la planète, mais depuis 2014, elle inclut aussi ceux de l’ESS, économie sociale et solidaire, de France. En 2018, d’après Commerce équitable France, qui fédère les acteurs du secteur, le marché du commerce équitable pèse 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Chez Max Havelaar, on annonce une forte croissance en 2019 et déclare ne pas avoir connu de baisse des ventes durant la pandémie. 

Le chocolat : le produit star

D’après le sondage de Médiamétrie, l’expansion de la petite niche du commerce équitable pourrait s’amplifier dans le futur, boostée par une prise de conscience née de la pandémie : 69% des sondés estiment que la crise impose d’aller vers des achats plus responsables, et 80% déclarent qu’ils vont intégrer ce comportement dans leurs habitudes. En particulier, plus de huit consommateurs sur dix expliquent vouloir privilégier des achats alimentaires qui assurent une juste rémunération et des conditions de travail dignes pour les agriculteurs. Ils sont aussi nombreux à vouloir qu’ils soient respectueux pour l’environnement. 

Mais la tendance actuelle au localisme se fera-t-elle au détriment des petits producteurs du Sud ? D’après l’étude, plus d’un Français sur deux voudrait basculer dans un monde où la consommation alimentaire deviendrait 100% locale. Las… ils sont bien peu nombreux à être prêts à abandonner des produits du quotidien qui viennent de loin : les trois quarts d’entre eux ne pourraient pas se passer de riz et de chocolat, 66% de café, 55% de bananes et 51% de thé. « La contradiction entre le local, paré de toutes les vertus par la moitié des Français pour l’après pandémie, et l’attachement à certaines denrées importées n’est sans doute qu’apparente. La valeur qui domine c’est la volonté de privilégier une agriculture à taille humaine, proche, territorialisée. Les Français veulent soutenir les producteurs dont ils savent bien que la mondialisation débridée les fragilise », estime Blaise Desbordes, Directeur général de Max Havelaar, dans un communiqué. 

« La valeur qui domine c’est la volonté de privilégier une agriculture à taille humaine »

Pour les agriculteurs du Sud de la planète, l’enjeu est vital. Déjà, la pandémie a impacté leur activité avec, notamment, la fermeture des cantines scolaires, des restaurants, et des marchés. Et les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. Notamment, la famine pourrait concerner plus de 250 millions de personnes dans le monde, d’ici la fin de 2020, d’après le Programme alimentaire mondial (PAM).