Crise du Coronavirus

Le cri d’alarme de la CPME : « Il faut geler immédiatement les taxes »

En déplacement à Beauvais ce matin, François Asselin, le président national de la CPME, accompagné de Stéphane Coffin, président de la CPME Oise, a communiqué le résultat d’une enquête dans l’Oise menée en urgence sur les impacts économiques du Coronavirus et des mesures prises du Gouvernement. Selon le syndicat, ces résultats «laboratoires» s’étendront inexorablement dans toute la région et sur tout le territoire national.

François Asselin, au centre, entouré de Stéphane Coffin (à g.) et Sébastien Pain, vice-président de la CPME Oise (à d.).

Ce n’est pas un message de panique que délivre le syndicat patronal des TPE et PME mais un cri d’alarme pour l’État : en quelques jours, l’activité économique dans le département de l’Oise s’est paralysée et ne cesse de se déliter au fil des mesures prises par le Gouvernement. Mais l’objectif est aujourd’hui de « prendre des mesures concrètes pour les chefs d’entreprise, et tout de suite », selon François Asselin, le président national de la CPME. Depuis 10 jours, dans l’Oise, l’un des départements français les plus touchés par le Coronavirus, des mesures de confinement ont été prises, bloquant le travail de nombreuses entreprises. Depuis 10 jours, les entreprises voient leur chiffre d’affaires baisser, pour prévoir même un chiffre d’affaire du mois de mars « tomber à zéro », déplore Cyril Lecompte, dirigeant des sociétés Affipub et Cyria Services.

Car même si l’impact économique n’est pas encore totalement chiffrable sur le département, le désarroi des entreprises, quant à elle, est réel. « Le département de l’Oise est un département laboratoire économique car c’est ici que les premières mesures ont été prises, explique Stéphane Coffin, président de la CPME Oise. D’une crise sanitaire, nous sommes passés à une crise économique car tout est à l’arrêt et les entreprises du département voient leur activité bloquée dans les départements limitrophes à cause du virus. Après une réunion avec le Préfet le 2 mars dernier, nous avons décidé de lancer une enquête auprès de 141 entreprises du territoire, du 3 au 11 mars, pour faire un premier bilan. » Au total, 72% des entreprises affirment être impactées économiquement par le Coronavirus.

Les résultats de l’enquête

C’est le secteur de l’événementiel qui est le plus touché. D’abord parce que toutes les manifestations rassemblant plus de 1 000 personnes sont annulées engendrant ainsi une activité quasi nulle pour les entreprises spécialisées dans ce secteur d’activité. « En quatre jours, il y a eu des annulations pour un montant total de plus de 100 000 euros me concernant, témoigne une entreprise spécialisée dans l’événementiel située à Belle Église. Il faut également prévoir une pression des fournisseurs qui demandent de plus en plus l’état des choses en fonction de l’en-cours que l’on aura chez eux. » Pour Cyril Lecompte, le constat est sans appel : « pour la partie événementiel, c’est zéro euro de chiffre d’affaires. » Cette restriction engendre des effets collatéraux : les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration subissent également de forts impacts économiques, avec des chiffres glaçants : de -70 à -100% de chiffre d’affaires dans le sud de l’Oise, de -10 à -40% dans le Beauvaisis, ces deux secteurs étant les plus touchés dans le département. « Les gens ne viennent plus du tout, explique Pierre Robert, gérant de l’Hôtel Le Chenal à Beauvais. Nous travaillons avec des entreprises, dès qu’il y a un groupe de plus de douze personnes, elles annulent. On entend « Pourquoi tu vas dans l’Oise ? » Cette mauvaise rumeur fait beaucoup de dégâts. » Du côté de la restauration, la baisse du chiffre d’affaires est tout aussi impressionnante : de -40% à -70%, jusqu’à -100% pour les traiteurs, dans le sud de l’Oise et de -10% à -30% dans le Beauvaisis.

Les autres secteurs impactés sont le bâtiment, les travaux publics et l’artisanat, dont l’estimation reste encore difficilement estimable à ce jour même si les premiers effets se font déjà ressentir. « J’ai en moyenne 15 à 20 rendez-vous par semaine, la semaine prochaine j’en ai zéro, déplore Isabelle Dupont, gérante de la société de bâtiment ID Clotûre, basé à Bresles, près de Beauvais. Pour le moment, il n’y a pas encore d’impact sur les chantiers en cours mais nous n’avons pas de futurs chantiers et nos fournisseurs ne viennent plus dans l’Oise nous fournir les pièces. »

Du côté du commerce, là aussi les petits commerces voient leur activité baisser de jour en jour : ils enregistrent une baisse du chiffre d’affaires de 15 à 50% dans le Beauvaisis, de 30 à 70% à Crépy-en-Valois (qui est la première ville touchée par le Coronavirus dans l’Oise) et de 20 à 100% à Creil et Saint-Maximin (sud de l’Oise). Enfin, le secteur des prestations de services est aussi durement touché : la CPME Oise enregistre une baisse de chiffre d’affaires entre 30 et 50% sur le mois de mars. « Avec la fermeture des écoles, les parents ne viennent pas travailler, il n’y a donc pas d’activité, affirme Cyril Lecompte qui est touché avec son entreprise Cyria Services. Pour la première fois depuis 20 ans, je vais devoir recourir au chômage partiel. » Peu importe le secteur, ce sont les TPE, surtout celles de 0 à 5 salariés, qui sont et seront touchées les plus durement. « Certaines vont fermer, bientôt, elles ne se relèveront pas », regrette Stéphane Coffin. Avec ses 420 adhérents hors branche dans l’Oise, le syndicat patronal de l’Oise précise que 99% de ses adhérents n’ont pas d’assurance chômage et n’ont pas de rémunération s’il n’y a pas d’activité.

La suite ?

En dix jours, le bilan est lourd. Selon la CPME, le pire reste à venir si des mesures concrètes et immédiates ne sont pas prises par le Gouvernement. « Pour passer cette crise économique, il faut qu’à la fin de cette période, l’activité reprenne vite. L’enjeu est là, explique François Asselin. Il faut geler immédiatement les taxes et opter pour un décalage des paiements : à partir du 15 mars, tous les chefs d’entreprise vont devoir payer des taxes. Pour certains, cela risque d’être sans retour. Et c’est l’administration qui doit venir aux entreprises. Aujourd’hui, tout est numérisé, les administrations ont les moyens de prévoir le manque de liquidité. L’État doit réagir. Je demande aussi à la Fédération Française bancaire de geler temporairement les remboursements d’emprunts en cours et de décaler les échéances des prêts bancaires. Mais il faut aller plus loin. L’Europe doit aussi prendre ses responsabilités en adoptant un fonds européen de garantie. » Ce cri d’alarme vient d’un constat : « Il faut aussi protéger nos salariés et la rémunération doit être assurée. En 2008, c’était une crise qui concernait le crédit, le financement, donc du haut. Aujourd’hui, la crise vient du terrain et si nous gérons mal, elle arrivera aussi en haut. Tout ça va coûter très cher à la France », selon le président national de la CPME.

Les mesures proposées

Les entreprises ont besoin de mesures concrètes pour éviter le pire des scénarios. L’Oise est le département « laboratoire » qui voit les conséquences des mesures sanitaires prises par le Gouvernement dans la crise du Coronavirus. Ces conséquences qui s’étendront sur tout le territoire national si d’autres mesures restrictives sont prises dans les autres départements français. La CPME veut aller plus vite et proposera des « mesures d’urgence », au Préfet et puis à Bercy : un fond de soutien départemental aux TPE/PME de 20 millions d’euros, la suppression des charges patronales sur les salaires pour toutes les entreprises en difficulté, un CICE exceptionnel versé dans 15 jours sur la base de l’effectif 2019, la prise à 100% de l’activité partielle, l’assouplissement et la prise en charge à 100% des arrêts de travail pour les salariés gardant un enfant, la prise en charge à 100% des arrêts de travail pour les salariés mis en quarantaine, un gel temporaire des remboursements d’emprunt en cours et une cohérence dans le seuil pour les rassemblements publics. Et puis, « à crise exceptionnelle, mesure exceptionnelle » : la création d’un crédit d’impôt COVID-19.

Ces mesures d’urgence sont proposées pour stopper l’hémorragie, déjà bien avancée, car les conséquences s’étaleront dans le temps. « De toute façon, l’année 2020 sera très compliquée », prévoit Isabelle Dupont. « Il y a urgence et nous sommes là pour aider les chefs d’entreprise, et c’est ce que nous faisons actuellement », conclut François Asselin.

Les trois chefs d’entreprise venus témoigner : Hervé Robert, Isabelle Dupont, Cyril Lecompte.