Recyclage

Le papier ne rapporte plus

Federec, la fédération professionnelle des entreprises du recyclage, a donné son bilan pour l’année 2018 dans les Hauts-de-France. L’activité est bonne puisque le tonnage des collectes augmente. Mais le cours des matières, quant à lui, tend à la baisse. La filière papier inquiète tout particulièrement les acteurs de la profession.

Frédéric Dutriez, président Federec Hauts-de-France.
Federec fédère 1 300 établissements adhérents en France. ©Adobe

Collecte, tri, valorisation des déchets puis négoce des matières recyclées… le secteur du recyclage mobilise quelque 3 950 salariés dans la région. Avec ses 261 sites, les Hauts-de-France sont la deuxième région de France la plus active de l’activité, après l’Île-de-France. Si bien que 10 028 Kt de déchets ont été récoltés sur le territoire, contre 105 536 Kt à l’échelle nationale.

Mais si la fédération englobe 12 filières de recyclages – parmi lesquels les déchets du BTP, le bois, les textiles, le plastique, le verre, les ferreux et non-ferreux (…) – le devenir d’une filière inquiète en particulier : celui du papier-carton.

La Chine en cause

Bien que les récoltes en la matière aient légèrement baissé en 2018 dans les Hauts-de-France (682 178 tonnes, soit -4,6% par rapport à 2017), le carton représente une large partie du gisement (32,4% de papiers contre 67,6% de carton). Ce qui s’explique notamment par l’explosion du e-commerce. « On utilise énormément de carton pour emballer les livraisons, et les citoyens trient de plus en plus », remarque Frédéric Dutriez, président Federec Hauts-de-France. Mais une fois recyclé, le papier doit trouver repreneur, « or les usines papetières asiatiques, qui étaient les plus grosses importatrices, ne consomment plus les excédents européens et américains à cause d’un dispositif de contrôles des matières de plus en plus contraignant », continue-t-il. Par conséquent, la France n’a exporté en dehors de l’Union Européenne que 5% du papier-carton recyclé en 2018. Un chiffre en constante baisse, puisqu’il atteignait les 8% l’année précédente.

Une moitié des dirigeants pessimistes

À cela s’ajoute la baisse du prix de la tonne de papier : alors qu’il avoisinait les 100 euros il y a quelques années, il est divisé par dix aujourd’hui. Cette grande perte de chiffre d’affaires force des entreprises à se mettre à l’arrêt. Et la tendance est nationale : « La papeterie de la Chapelle Darblay, en Seine-Maritime, a été mise en vente », cite en exemple Frédéric Dutriez, inquiet.

« Les usines papetières asiatiques ne consomment plus les excédents européens et américains à cause d’un dispositif de contrôles des matières de plus en plus contraignant »

Cette baisse des cours touche globalement une majorité des matières, même les ferreux, sur lesquels la région, historiquement industrielle, mise beaucoup. La situation est telle que les entreprises du secteur, toutes filières confondues, se montrent peu optimistes quant à un revirement de la conjoncture au moment de leur bilan pour l’année 2019. Au total, 50% d’entre elles envisagent une année mauvaise voire médiocre. Et 30% des dirigeants planifient une régression de leur chiffre d’affaires, quand seuls 15% prévoient d’augmenter leur chiffre d’affaires.

Pour inverser la tendance, la fédération ne voit qu’une solution : se faire entendre. « C’est aux pouvoirs publics d’imposer aux industriels d’utiliser des matières issues du recyclage », martèle le président de Federec Hauts-de-France.