Les français déménagent … Près de chez eux

Les Français déménagent de moins en moins souvent. Leurs déplacements, qui diffèrent selon leur âge et leur situation sociale, impactent la géographie des territoires. Lesquels deviennent socialement de plus en plus homogènes. Start-up nation, dont chaque citoyen est mobile, ou pays où il fait bon vivre là où l’on a ses racines ? À l’heure […]

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Les rigidités du marché du logement justifient en partie la baisse de la mobilité en France.

Les Français déménagent de moins en moins souvent. Leurs déplacements, qui diffèrent selon leur âge et leur situation sociale, impactent la géographie des territoires. Lesquels deviennent socialement de plus en plus homogènes.

Start-up nation, dont chaque citoyen est mobile, ou pays où il fait bon vivre là où l’on a ses racines ? À l’heure où se confrontent ces modèles de société, l’Observatoire des Territoires, qui émane du ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, publie son rapport 2018 consacré aux « Mobilités résidentielles en France. Tendances et impacts territoriaux ». Le 22 février, à Paris, lors d’une conférence de presse, Louise Haran, l’une des auteures du rapport, en livrait les principales conclusions. Tout d’abord, l’étude permet de « battre en personnes », poursuit Louise Haran. Logiquement, les Français entre 20 et 25 ans sont les plus mobiles, en fréquence et en distance. La tranche d’âge entre 40 et 55 ans se déplace moins loin, notamment en raison de la scolarisation des enfants. Outre l’âge, les différences sociales impliquent des modes de déplacements différents : les moins diplômés, ouvriers et employés, déménagent moins loin que les cadres.

71% des habitants des Hauts-De-France y sont nés !

Bien qu’en baisse, ces mobilités « ont un impact territorial fort », constate Louise Haran. Au niveau des régions, les chercheurs constatent un contraste important entre le Nord-Est et le Sud-Ouest, séparés par une ligne qui va de Saint-Malo à Genève. Le Nord présente un déficit migratoire et le Sud, une forte croissance. Quant à l’Île-deFrance, c’est la région qui perd le plus d’habitants au jeu de la mobilité résidentielle. Il y a 50 ans, elle en gagnait 15 000 par an, actuellement, elle en perd 51 000. La majorité des Franciliens sur le départ prennent la direction du Centre-Val-de-Loire, de l’Ouest et du Sud. Statistiquement, ils sont très peu à s’installer dans le Nord et le Grand-Est. En fait, ces territoires connaissent une faible mobilité : peu nombreux sont ceux qui arrivent, mais également, ceux qui en partent. Ainsi, 71% des habitants des Hauts-de-France y sont nés, pour 65% dans le Grand Est. C’est le cas de 29% de ceux de l’Île-de-France et de 45% des habitants d’Occitanie.

Par ailleurs, depuis les années 70, l’Observatoire constate un « renversement quasi total » du solde migratoire selon les types de territoires. Les communes, auparavant bénéficiaires, ont perdu des habitants au profit de leurs premières couronnes. Et ces dernières ont vu leurs flux de populations nouvelles se tarir au profit des deuxièmes couronnes. Les espaces ruraux sont ceux qui gagnent le plus d’habitants, alors qu’ils en perdaient il y a 40 ans. Et enfin, les grands pôles urbains sont toujours déficitaires, à l’image de Paris. Toutefois, « ces catégories ne sont pas homogènes sur le territoire », nuance Louise Haran. Ainsi, les territoires ruraux sont particulièrement dynamiques dans le Sud -Ouest, mais il connaissent plutôt un déficit migratoire dans le Nord-Est. Par ailleurs, le solde naturel des populations vient limiter les effets des soldes migratoires. Ainsi, les espaces ruraux attractifs sont aussi ceux dont le solde naturel est le plus négatif.

Mobilités et différenciation sociale

Les migrations résidentielles ont des impacts qualitatifs notables sur le territoire et les individus concernés. Tout d’abord, « la mobilité résidentielle tend à accroître la différence sociale entre territoires. (…) Les différents profils ont tendance à aller là où leur groupe social est déjà présent », analyse Louise Haran. Ainsi, les ouvriers et employés se concentrent dans le péri-urbain et les zones rurales. Les cadres se massent en périphérie immédiate des métropoles, lesquelles voient affluer les étudiants. Quant aux retraités, ils se dirigent de moins en moins vers les métropoles et de plus en plus vers les littoraux, peu denses. Autre phénomène, qui se superpose, « les disparités sociales s’accroissent entre les régions », note la chercheuse. La ligne qui traverse la France entre Nord-Est et SudOuest sépare aussi deux réalités. Le Nord, où les ouvriers représentent une forte part de la population locale, en augmentation, en raison de la mobilité résidentielle. Leur mobilité augmente vers les inter-communalités péri-urbaines et rurales de la moitié nord du pays. Au Sud, ce même phénomène se vérifie avec les retraités.

Autre constat de l’Observatoire, qui concerne les individus, « les mobilités résidentielles représentent un facteur de différenciation sociale », explique Louise Haran. Un déménagement n’offre pas les mêmes opportunités d’emploi et d’études, en fonction des profils. Constat préoccupant, l’étude montre que les jeunes socialement plus défavorisés et issus de territoires ruraux sont les moins mobiles. Ce sont ceux qui renoncent le plus souvent aux études.