L’entreprise a-t-elle un prix ?

Qu’il s’agisse de vendre, d’ouvrir son capital, ou d’améliorer son organisation, l’évaluation d’une entreprise est un processus complexe, humainement et techniquement. C’est aussi et surtout un véritable acte stratégique. Quand on parle valeur de l’entreprise, on pense immédiatement cession. Dans ce cas, on se heurte souvent à une dimension affective. Surtout quand il s’agit de […]

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Crédit Photo : yurolaitsalbert L’évaluation d’une entreprise est un acte stratégique.

Qu’il s’agisse de vendre, d’ouvrir son capital, ou d’améliorer son organisation, l’évaluation d’une entreprise est un processus complexe, humainement et techniquement. C’est aussi et surtout un véritable acte stratégique.

Quand on parle valeur de l’entreprise, on pense immédiatement cession. Dans ce cas, on se heurte souvent à une dimension affective. Surtout quand il s’agit de patrons souhaitant vendre au seuil de leur retraite. Très souvent deux obstacles majeurs se dressent : le vendeur survalorise son entreprise, œuvre de toute une vie ou de plusieurs générations, et il n’anticipe pas assez l’opération. Il lui a consacré des années de travail, d’efforts et d’énergie, a passé des moments difficiles, a dû parfois sacrifier sa vie privée, accepter des cautions personnelles menaçant son patrimoine, a porté à bout de bras la société avec des hauts mais aussi beaucoup de bas. Dans ces conditions, l’entreprise vaut pour lui tout l’or du monde. Et donc un prix totalement irréaliste. En outre, le vendeur souhaite vivre confortablement grâce au prix de cession, ce qui peut le pousser également à surévaluer son bien. Pour une transmission familiale aussi, la définition de la valeur sera primordiale. Notamment pour pouvoir mesurer précisément les impacts fiscaux de la transmission et les coûts à prévoir lorsqu’il y a présence d’autres héritiers ne souhaitant pas reprendre l’entreprise.

Beaucoup d’irrationnel

Lorsque le vendeur n’est pas un chef d’entreprise en fin de carrière mais quelqu’un de plus jeune qui souhaite par exemple revendre une start-up, l’aspect émotionnel sera probablement moins prégnant. En revanche, évaluer techniquement une entreprise qui souvent, malgré son potentiel et ses innovations, n’a pas encore dégagé de profit et dont on vend non pas le passé, mais uniquement l’avenir, risque d’être compliqué. Et finalement tout aussi irrationnel : rappelons-nous les survalorisations délirantes des start-up au début des années 2000. En outre, même si l’on s’entoure de professionnels pour évaluer de façon pertinente l’entreprise, le montant estimé ne correspondra probablement pas au prix qui sera payé après négociation par l’acheteur. La vraie valeur de l’entreprise c’est en fait ce que paiera in fine son acheteur. Le prix dépendra aussi de facteurs extérieurs à l’entreprise comme la conjoncture économique ou la mise en vente de sociétés concurrentes dans le même périmètre géographique. Autant dire qu’il faut comprendre que les choses ne se feront pas du jour au lendemain. Et que le processus n’aura rien d’un long fleuve tranquille. Connaître la valeur de son entreprise n’est pas utile uniquement en cas de cession. Bien d’autres situations peuvent nécessiter une telle estimation. Ainsi pour des levées de fonds et l’entrée de nouveaux investisseurs au tour de table.

Un acte stratégique

Même chose lors de la préparation d’une introduction en Bourse qui va nécessiter de valoriser exactement la société pour en fixer le cours de l’action. Enfin, pour préparer des opérations de diversification ou de développement ou tout simplement mieux piloter le bateau, l’évaluation permet de passer l’entreprise au crible. Quelle que soit la situation, il faut considérer l’évaluation non pas comme une opération simplement technique et comptable, mais comme une véritable action stratégique.