2019, année de tous les dangers ?

Brexit, guerre commerciale, élections européennes, montée des nationalismes, mouvements de contestation… Face aux nombreuses incertitudes, l’économie mondiale devrait probablement ralentir, en 2019. L’année 2018 devait être celle de la reprise économique, dix ans après le déclenchement de la grande crise de 2008. Il était question de négociations constructives entre les États-Unis et la Chine, de […]

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© Franck Thomasse

Brexit, guerre commerciale, élections européennes, montée des nationalismes, mouvements de contestation… Face aux nombreuses incertitudes, l’économie mondiale devrait probablement ralentir, en 2019.

L’année 2018 devait être celle de la reprise économique, dix ans après le déclenchement de la grande crise de 2008. Il était question de négociations constructives entre les États-Unis et la Chine, de redémarrage des moteurs de la croissance au sein de la zone euro et de confiance retrouvée en France après l’élection d’Emmanuel Macron. Hélas, les espoirs se sont évanouis dès le deuxième trimestre 2018 et de nombreuses incertitudes laissent désormais à penser que l’année 2019 sera celle de tous les dangers…

LE COMMERCE MONDIAL À LA PEINE

La crise de 2008 aura marqué une rupture dans la progression du commerce mondial, puisque celui-ci augmente désormais moins vite que le PIB. Mais, alors que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) espérait une progression importante des échanges de marchandises à la faveur d’une croissance soutenue de l’activité dans toutes les régions du globe, des vents contraires ont commencé à souffler à la fin de l’année 2018. Tout d’abord, de nombreux pays émergents ont connu des difficultés sociales et politiques, à l’instar de la Turquie. De plus, Donald Trump revendique, désormais ouvertement, une politique protectionniste consistant à taxer les importations de ses partenaires commerciaux, Chine, Union européenne et Canada en tête. Cette déclaration de guerre commerciale a été néanmoins tempérée par une trêve à la suite d’un sommet entre Donald Trump et son homologue Xi Jinping, tant il est vrai que si les États-Unis tournent à plein régime, la Chine subit un tassement de sa croissance et ne peut donc se permettre une crise supplémentaire. En tout état de cause, lors d’une réunion de l’OMC, le 6 décembre 2018, tous les membres semblaient s’accorder sur une indispensable réforme de l’institution dès cette année, d’autant que Donald Trump continue à en bloquer le fonctionnement, considérant que son pays n’est pas traité équitablement.

L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE S’ESSOUFFLE DANS LA ZONE EURO

La zone euro semblait avoir renoué avec la croissance en 2018, ne serait-ce qu’en raison d’une conjonction de facteurs favorables à la demande : un euro relativement faible, un niveau très bas des taux d’intérêt et des prix du pétrole raisonnables au début de l’année. Cependant, le prix du baril n’a cessé de grimper sur les trois premiers trimestres, ce qui a pesé sur l’activité économique et cristallisé le mécontentement en France particulièrement. À cela se sont conjuguées les difficultés financières de l’Italie, qui ont depuis pris une tournure politique avec le bras de fer engagé par le gouvernement italien avec la Commission européenne, et le net freinage de l’expansion allemande. Dans ces conditions, la Banque centrale européenne (BCE) anticipe une croissance dans la zone euro à seulement 1,7% en 2019 et une inflation à 1,6%, loin de l’objectif de 2%. Quant au Royaume-Uni, le psychodrame d’une sortie de l’Union européenne le 29 mars prochain sans accord reste d’actualité et soulève une multitude de questions sans réponses, même si Theresa May ne ménage pas ses efforts pour éviter la panique du naufrage. Mais la vraie échéance que la Commission européenne redoute est celle du mois de mai, avec un scrutin proportionnel qui fait craindre une poussée nationaliste aux élections.

DES TENSIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES EN FRANCE

Dans ce contexte de ralentissement européen, la situation économique de la France risque fort d’être morose en 2019. Selon les prévisions de l’Insee et de la Banque de France, 2019 serait une année de croissance trop faible (1,5%), pour permettre une décrue rapide du taux de chômage, qui resterait tangent à 9%. Ce, d’autant plus que la crise sociale, fruit de près de 40 ans de maux accumulés, pèsera sur l’activité économique (déjà 0,2 point de PIB en 2018, selon la Banque de France), tant qu’aucune réponse institutionnelle ne sera donnée. Il est d’ailleurs à craindre que la tenue de cahiers de doléances dans les mairies et l’organisation de débats à partir de ce mois de janvier ne servent, en fin de compte, que d’exutoires temporaires… En ce qui concerne le pouvoir d’achat, entre les mesures d’application complexe, annoncées par le gouvernement pour soutenir les salariés au niveau du Smic, certaines hausses de prix (timbre) ou d’impôts (cotisations sociales pour les retraites complémentaires) et la mise en œuvre du prélèvement à la source, il sera difficile pour les ménages d’y voir clair. Mais le gouvernement a déjà compris que son budget n’était plus dans les clous européens, en termes de déficit public… Enfin, eu égard aux nombreuses fragilités économiques et sociales, aucun pays n’est à l’abri d’un cygne noir, qui pourrait prendre, entre autres, la forme d’un brusque retournement des anticipations sur les marchés financiers…