LE DIGITAL NÉCESSAIRE À LA REDYNAMISATION DES CENTRES-VILLES

La CCI Hauts-de-France a organisé le mois dernier Les rencontres du commerce en Grand Hainaut, à la Serre Numérique de Valenciennes. Ce débat autour de la redynamisation des centres-villes a eu lieu pour la troisième année consécutive. Le constat est alarmant. La CCI Hauts-de-France estime à 25% le taux de vacances dans quelques centres-villes « […]

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1,5 milliard d’euros serait dépensé dans le e-commerce dans les Hauts-de-France.

La CCI Hauts-de-France a organisé le mois dernier Les rencontres du commerce en Grand Hainaut, à la Serre Numérique de Valenciennes. Ce débat autour de la redynamisation des centres-villes a eu lieu pour la troisième année consécutive.

Le constat est alarmant. La CCI Hauts-de-France estime à 25% le taux de vacances dans quelques centres-villes « sinistrés » de la région. Et le phénomène n’est pas nouveau, puisque c’est déjà la troisième année que Les rencontres du commerce en Grand Hainaut sont organisées, entre commerçants et élus du Valenciennois, pour trouver un moyen de revitaliser les centres-villes. Si les commerces de proximité désertent les centres-villes, « c’est à cause d’un cocktail ravageur : grande surface + e-commerce », dénonce Bruno Fontaine, président de la CCI Grand Hainaut. Les fonciers en centre-ville restent chers, alors que le nombre de clients diminue. La CCI Hauts-de-France indique que sur les 50 milliards d’euros consommés annuellement dans la région, 1,5 milliard d’euros seraient dépensés dans le e-commerce. Un chiffre qui augmente de 15% chaque année, et qui commence à inquiéter les élus.

LES MUNICIPALITÉS ONT UN RÔLE

Martial Bourquin, ancien maire d’Aundincourt, dans le Doubs, est resté formel : « Une ville sans commerçants, c’est une ville qui meurt. Sans centre-ville, on rajoute de la crise à la crise. Mais arrêtons de prendre cette désertification pour une fatalité. » En tant qu’actuel sénateur du Doubs, il a présenté aux acteurs économiques présents un Pacte national, encore à l’étude au Parlement. Ce texte lutterait contre la culture de la périphérie, seconde cause de la paupérisation des centres-villes. Y sont discutés la baisse du foncier en centre, contre une augmentation du coût d’installation en périphérie, ainsi qu’un droit de veto lorsqu’un service veut quitter le cœur d’une ville. « Ça coûtera cher, on le sait », prévient le sénateur. Mais une taxe sur la livraison pour les Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple) et une taxe sur l’étalement urbain seraient prévues pour équilibrer la balance. Appuyé par Nathalie Motte, adjointe au maire à la ville de Mulhouse, Martial Bourquin a aussi rappelé qu’il est du ressort des municipalités de travailler sur l’attractivité et l’accessibilité des centres. Car le tourisme ramène forcément de la clientèle. Mais Emmanuel Thillet, président de la Fédération des unions du commerce en Saône-et-Loire, tient à rendre aux commerçants leur part de responsabilité : « Les commerçants ne peuvent pas tout attendre des politiques, ils doivent prendre en main leur destin. » Ce destin tiendrait dans l’importance du « phygital ». « Il ne faut pas considérer le digital comme un concurrent, mais l’utiliser comme un outil pour ramener les clients dans les boutiques physiques. »

LA DIGITALISATION COMME CLÉ

Au cours du débat, trois acteurs de la troupe Les Pieds sur Scène ont incarné le commerçant idéal. La recette est simple et applicable dès maintenant : être présent, actif et réactif sur les réseaux sociaux, y poster des photos soignées à chaque nouvel arrivage, et donner la possibilité de réserver des produits pour les retirer plus tard en magasin. Quand le client, arrive, il est même conseillé de lui proposer un café et de discuter avec lui. Le détaillant se montre ainsi plus compétitif qu’Amazon. « D’ailleurs se déplacer dans une boutique pour retirer sa commande est toujours plus rapide qu’attendre une livraison pendant 48 heures », fait-on remarquer. La question de la formation des commerçants a alors été abordée : les Gafa ne donnent pas de conseil avant un achat. Les vendeurs doivent miser sur cette faille pour créer une valeur ajoutée. Ce qui motive le client à se déplacer est la recherche d’une expérience, avec la présence de produits locaux, dans un lieu agréable à vivre. Internet entre encore ici en jeu. Car chaque visite en centre-ville est relatée sur les réseaux sociaux et les plates-formes spécialisées. « Un restaurateur doit passer autant de temps en cuisine que sur son ordinateur à répondre aux commentaires sur TripAdvisor », ironise à peine Bertrand Gavez, du cabinet CHD Grand Hainaut. À la fin de cette réunion, les commerçants ont pu échanger individuellement avec les startupers de la Serre numérique, afin de créer de nouveaux partenariats dans l’accompagnement vers le phygital.