CONJONCTURE FAVORABLE POUR LE DÉBUT DU QUINQUENNAT

Bonne nouvelle pour le gouvernement : les prévisions de l’Insee font état d’une croissance de 1,9% pour 2017, une tendance qui se poursuivrait cette année. Mais cette situation s’explique davantage par une conjoncture internationale porteuse que par les premières décisions du nouveau pouvoir. Les chefs d’entreprises sont euphoriques. Le climat des affaires, un indice basé […]

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Les prévisions de l’Insee font état d’une croissance de 1,9% pour 2017.

Bonne nouvelle pour le gouvernement : les prévisions de l’Insee font état d’une croissance de 1,9% pour 2017, une tendance qui se poursuivrait cette année. Mais cette situation s’explique davantage par une conjoncture internationale porteuse que par les premières décisions du nouveau pouvoir.

Les prévisions de l’Insee font état d’une croissance de 1,9% pour 2017.

Les chefs d’entreprises sont euphoriques. Le climat des affaires, un indice basé sur une série de sondages qui mesure l’état d’esprit des entrepreneurs, n’a jamais été aussi haut depuis le début de la présidence de Nicolas Sarkozy. Les secteurs du commerce de détail et de l’industrie connaissent même une félicité qui dépasse les années précédant la crise financière de 2008. La croissance française, elle, gagne un sommet, 1,9% en 2017, qui n’avait pas été atteint depuis 2011. Ces éléments, qui figurent dans la note de conjoncture de l’Insee, publiée le 19 décembre 2017, ont été aussitôt salués avec satisfaction sur les réseaux sociaux par des soutiens du gouvernement. Toutefois, pour les conjoncturistes, qui ont intitulé leur note La France garde la cadence, l’optimisme en cours s’explique moins par les débuts du quinquennat d’Emmanuel Macron que par une conjoncture internationale favorable. « La croissance américaine n’a pas faibli ces derniers mois », observe l’Insee, qui ne connaissait pas, lors de la rédaction de la note de conjoncture, l’ampleur des baisses d’impôt octroyées par Donald Trump aux entreprises et aux foyers américains imposés sur le revenu, en cette fin d’année 2017. Dans le reste du monde, les consommateurs japonais semblent disposés à soutenir l’activité, les économies du Brésil, de l’Inde et de la Russie « se relèvent après deux années de récession », tandis que la croissance chinoise « se maintient à un rythme élevé », écrivent les spécialistes.

Dans la zone euro, l’activité a progressé de 0,6% au troisième trimestre de 2017, après 0,7% au trimestre précédent. L’Italie et l’Allemagne observent une nouvelle accélération, tandis que l’Espagne ralentit un peu, en demeurant robuste. Le climat des affaires européen est également à la hausse, et tous les aléas qui seraient susceptibles d’atteindre le moral des entrepreneurs, la crise catalane, les modalités du Brexit, les difficultés de la formation d’un gouvernement en Allemagne ou les prochaines élections en Italie, ne semblent avoir aucun effet sur cet « indécrottable » optimisme. Seul le Royaume-Uni patine dans l’incertitude, plus d’un an après le référendum qui a scellé le sort du pays. Enfin, cet environnement favorable n’est pour l’instant pas menacé par une hausse du prix du pétrole. Fin novembre, lors d’un sommet à Vienne, un accord sur la réduction de la production, conclu entre les pays de l’Organisation des pays producteurs (Opep) et la Russie, a été prolongé jusqu’à la fin 2018.

LES FRANÇAIS THÉSAURISENT

En France, la croissance s’est « installée depuis fin 2016 sur un rythme solide, d’environ 0,5% par trimestre », récapitule Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l’Insee. L’activité est donc « tirée par la demande globale », ajoute le conjoncturiste, ce qui s’avère également bénéfique pour les exportations. Le commerce extérieur ne pèse plus sur la croissance. Il est au contraire dopé par les ventes aéronautiques, les exportations du secteur chimique, les exploits de l’industrie agroalimentaire et le retour confirmé des touristes. Les dépenses de ces derniers, qui avaient chuté de 5% en 2015 et 7% en 2016, après les attentats de Paris ou Nice, sont de nouveau en hausse de 5% en 2017. Malgré tout ceci, les Français continuent de thésauriser. Le taux d’épargne des ménages français, le plus élevé des pays de l’OCDE devant la Suisse, la Suède et l’Espagne, s’établit à 14,4%, au troisième trimestre de 2017. Les consommateurs conservent, en effet, quelques raisons de se méfier. Le chômage demeure ainsi à un niveau élevé, 9,7%, légèrement inférieur à son niveau de la fin 2016. L’Insee ne pré- voit pas de baisse massive du nombre de demandeurs d’emploi et table sur un taux de chômage à 9,4% au milieu de l’année 2018. L’emploi salarié marchand « a ralenti » au troisième trimestre 2017, observent les conjoncturistes, qui y voient un effet de la cessation de la prime à l’embauche, le 30 juin dernier. La croissance soutenue pourrait en partie compenser ce ralentissement. Quelque 100 000 emplois devraient ainsi être créés au premier semestre de 2018. Mais la suppression des emplois aidés affecterait, en revanche, le secteur non marchand, qui perdrait au total 65 000 salariés en 2017. Comme toujours, l’Insee assortit sa note d’aléas. Les incertitudes politiques, en Espagne, au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux États-Unis, sont toujours présentes. En France, les aléas relèvent de la consommation intérieure. L’Insee constate que les mesures fiscales, l’augmentation du prix du tabac ou des produits pétroliers, pourraient avoir un effet sur le pouvoir d’achat des ménages. Ces mesures, qui ne concernent certes que certaines catégories de la population, se conjuguent avec l’augmentation de la CSG, au 1er janvier. Pour le premier trimestre de 2018, les conjoncturistes prévoient une baisse du pouvoir d’achat de 0,3 point, qui serait compensée par une hausse au deuxième trimestre. Fin 2018, les salariés devraient, par ailleurs, bénéficier de la baisse des cotisations salariales, tandis que la taxe d’habitation sera supprimée pour certains contribuables.

DES DIFFICULTÉS DE RECRUTEMENT

Mais le principal aléa semble être le risque de surchauffe. Ce phénomène intervient lorsque l’activité économique progresse de manière incontrôlée, et que les entreprises peinent à suivre. L’Insee n’emploie pas le mot de « surchauffe », mais admet que « des tensions sur l’offre apparaissent dans les appareils productifs européens, particulièrement en Allemagne ». En France, dans l’industrie, 34% des chefs d’entreprise admettaient, en octobre dernier, qu’ils étaient contraints de limiter leur activité, et ne parvenaient pas à répondre à la demande. Ils n’étaient que 18%, un an plus tôt. Cette tendance touche particulièrement les matériels de transport. Enfin, un nombre important d’entreprises font état de difficultés de recrutement. Elles sont 40% dans ce cas, tous secteurs confondus. Un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 2008.