E. Grille, une histoire française

Dirigée par Françoise Cocuelle, arrière-petite-fille du fondateur Louis Friard, et son associé Diego Fernandez, l’entreprise créée en 1902 est toujours un leader de l’étiquette. À côté de ce marché de niche, la PME cantilienne de onze salariés a développé un secteur imprimerie qui travaille avec les PME locales et les collectivités publiques. E. Grille appartient […]

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Depuis son arrivée en 1991, Françoise Cocuelle (ici avec Carine, sa collaboratrice) mène l’entreprise tambour battant.
Depuis son arrivée en 1991, Françoise Cocuelle (ici avec Carine, sa collaboratrice) mène l’entreprise tambour battant.

Dirigée par Françoise Cocuelle, arrière-petite-fille du fondateur Louis Friard, et son associé Diego Fernandez, l’entreprise créée en 1902 est toujours un leader de l’étiquette. À côté de ce marché de niche, la PME cantilienne de onze salariés a développé un secteur imprimerie qui travaille avec les PME locales et les collectivités publiques.

E. Grille appartient à ce club très fermé des entreprises centenaires, souvent familiales, qui semblent avoir résisté à tout : guerres, crises, révolutions technologiques… Elles forment le noyau dur de ces PME françaises qui ne délocalisent pas, perpé- tuant leur savoir-faire tout en se réinventant à chaque génération (Françoise Cocuelle est la quatrième). Mais elles ne sont pas toujours un cadeau pour celles et ceux à qui elles échoient. Même si aujourd’hui, Françoise Cocuelle ne céderait sa place pour rien au monde, la décision de prendre la relève ne fut pas sans lui causer quelques nuits blanches. Appelée par son père retraité pour auditer les comptes de l’affaire familiale récemment mise en gérance, cette titulaire d’une maîtrise en gestion, qui travaillait alors pour la firme de cosmétiques Avon, prit vite la mesure du désastre. « Nous étions au bord du dépôt de bilan », se souvient-elle.

Après bien des questionnements et alors qu’elle venait de mettre au monde son quatrième enfant, elle s’est décidée à sauter le pas. « J’avais accouché en mars 1991, j’ai repris Grille en septembre. » L’histoire de l’entreprise, Françoise Cocuelle la connaît sur le bout des doigts : elle naît avec l’arrière-grand-père Louis, personnage original et inventeur à ses heures, qui déposera de nombreux brevets au cours de sa vie. Horloger de formation et propriétaire d’une bijouterie à Creil, rue de la République, il a un jour l’idée de fabriquer de petites étiquettes pour afficher le prix de ses bijoux, avant d’en développer le commerce exclusif sous la marque Grille (les étiquettes sont présentées sous forme de grilles). Plus d’un siècle plus tard, ce petit bout de carton devenu intelligent est toujours la figure de proue de l’entreprise avec 100 millions d’unités éditées chaque année sous des centaines de références…

Des étiquettes intelligentes

Louis Friard concevra également les plans de la maison de Chantilly où se trouve toujours l’entreprise, permettant d’accueillir un atelier de production ainsi qu’un abri souterrain anti-bombes… Le fondateur, qui disparaît en 1950, trois ans après le décès de son fils Lucien, ne verra pas le formidable essor impulsé par l’arrivée du nouveau franc et la loi obligeant à afficher les prix. L’entreprise artisanale, qui croule sous les commandes, gagne alors ses galons de PME. « Tous les bijoutiers connaissaient nos étiquettes et se sont tournés vers nous. Ce fut la même chose pour le passage à l’euro », raconte Françoise Cocuelle. Cette situation de quasimonopole fait les beaux jours de Grille, de nouveaux bâtiments sont construits et le gendre de feu Lucien Friard, qui a pris les rênes de l’entreprise en 1950, rachète en 1976 une fabrique de cartonnage permettant la modernisation du parc de machines. L’entreprise dépasse alors les dix salariés. L’arrivée de Françoise Cocuelle en 1991 coïncide avec celle de nouvelles technologies (fax, offset et bientôt numérique) et d’autres méthodes de management. « J’ai dû faire comprendre à mon père qu’il fallait faire des devis, il n’en n’avait jamais fait… » Autre décision de poids : elle ouvre le capital social de l’entreprise et s’associe à Diego Fernandez en 1994, aujourd’hui responsable de production. Ce tandem, qui allie les compétences techniques du nouvel associé aux qualités de gestionnaire de Françoise Cocuelle, est une des clés de la pérennisation de Grille, devenue entre-temps E. Grille, avec un logo plus chic. Tout en optimisant son marché de niche, avec les dépôts de plusieurs brevets – en 1999 pour l’étiquette adhésive à code-barres, en 2008 pour l’étiquette multifonction RFID pour les bijoux (étiquette à puce électronique) –, E. Grille diversifie son activité avec la création d’un département prépresse.

1,2 million d’euros en 2016

En 2003, l’entreprise sera le premier imprimeur de l’Oise à recevoir le label Imprim’vert pour son respect des normes environnementales, validé par son référent départemental, la CCI de l’Oise. « Notre clientèle est essentiellement locale, des collectivités, des PME. » Le marché entre ses deux secteurs reste très équilibré – 52% pour les étiquettes, 48% pour l’impression –, avec un chiffre d’affaires de 1,2 million d’euros en 2016. « Pour les étiquettes, nous ne traitons pas directement avec les bijoutiers mais avec les sièges de la grande distribution comme Casino ou Histoire d’Or. » Françoise Cocuelle n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers : « Je suis en formation permanente », affirme cette femme de tête qui a présidé aux destinées nationales du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) durant quatre ans. « La demande évolue sans cesse, notre mission est aussi d’anticiper les besoins de nos clients. » Avec Carine, son bras droit, elle partage agenda et prospections. « Nous fonctionnons en binôme, j’aime m’entourer de personnes de qualité pour travailler. » Que ce soit pour l’imprimerie ou la fabrication d’étiquettes dont elle peut décliner une incroyable palette de formes et de graphismes, E. Grille se veut à la pointe du progrès tout en gardant cette spécificité artisanale qui a fait sa renommée. « Nous vivons une période de mutation. Les Français achètent moins de bijoux et on trouve de l’impression sur Internet pour peanuts. Mais nous possédons un savoir-faire unique et notre culture est de donner le meilleur de nous-mêmes, peu importe le nombre de maquettes ou d’études nécessaires en amont », martèle l’arrière-petite-fille de Louis Friard. Une profession de foi que son ancêtre n’aurait pas reniée.