Quand le numérique entre dans l’entreprise

La Semaine de la qualité de vie au travail, organisée par le CESTP-ARACT Picardie, a permis de s’interroger sur comment mieux travailler à l’ère du numérique. Un débat organisé dans les locaux d’IndustriLab, haut lieu de l’industrie du futur en région.

L’entrée du numérique au sein des entreprises a profondément bouleversé l’organisation du travail. Collaboration entre l’homme et un robot qui « sort de sa cage », rapidité de transmission des informations, réinvention complète d’un process industriel, le numérique est aujourd’hui un élément essentiel non seulement de fonctionnement mais aussi de développement pour les acteurs économiques. Un outil indispensable, mais dont l’introduction doit être minutieusement préparée.

Travail et numérique

Flore Barcelini, ergonome de l’activité et maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), a travaillé sur la prise en compte du travail dans l’ère numérique, avec comme objectif de favoriser la qualité de vie au travail. « Il n’y a pas de normes en la matière, il faut analyser la situation au travail, faire la part des choses entre le travail prescrit et l’activité réelle », explique-t-elle. Selon l’ergonome, si on ne prépare pas minutieusement l’entrée d’une technologie dans une entreprise, notamment en ne prenant pas en compte l’avis et l’expérience des opérateurs, c’est l’échec assuré dans « 40 à 60% des cas ». « La conduite du changement n’est pas uniquement technique, elle doit être globale », insiste Flore Barcelini, pointant même une possible rigidification de travail pour les salariés. « Il y a toujours une surestimation du potentiel de remplacement des opérateurs par des robots ou d’autres outil », met en garde l’ergonome, prenant en exemple la mise en place d’un « co-robot » chez un équipementier automobile. Visant à réduire les troubles musculo-squelettiques chez les salariés, le robot devait interagir avec eux, impliquant une nouvelle répartition des tâches. L’expérience n’a jamais abouti, le robot n’étant, finalement, pas calibré pour réaliser le travail demandé.

Différentes typologies d’entreprises

Le robot continue de faire peur, notamment aux salariés, qui pensent immédiatement « remplacement » et « licenciement ». C’est d’ailleurs à ces craintes que Thierry Favez, repreneur depuis trois ans d’Apegelec, une entreprise spécialisée dans la fabrication d’armoires électriques à Saint Quentin, a été confronté. « Lorsque je suis arrivé, l’usine perdait de l’argent et tout ou presque se faisait à la main. L’arrivée d’un robot a soulevé beaucoup de questions et a engendré beaucoup de défiance », raconte l’entrepreneur, qui souhaitait rendre le site plus performant, mais également préserver la santé des salariés. « C’est un vrai challenge aujourd’hui pour une PME de réussir l’arrivée du numérique, puisqu’il faut aussi assurer la montée en compétences des salariés et les convertir aux nouvelles pratiques qu’induit le numérique », complète-t-il.

Une situation bien différente de celle de l’entreprise noyonnaise « libérée » Agesys. Pour cette structure de 50 collaborateurs, le numérique a permis à chacun d’acquérir une plus grande autonomie, de transmettre un savoir et de construire ensemble un projet commun pour la société. « L’aspect humain est pour nous primordial, et le numérique nous a aidé à bâtir un modèle qui convient à tous et qui, surtout, a été développé de façon conjointe », conclut Christophe Thuillier, dirigeant d’Agesys.