De Caterpillar à l’édition web, le parcours sans faute d’un ex-licencié économique

Vincent de Bock, 44 ans, a vu dans son licenciement l’occasion de transformer sa passion pour le référencement digital en métier. Cet autodidacte, qui n’a que tardivement possédé un ordinateur, nous raconte comment travail et obstination lui ont ouvert les portes d’un monde qu’il ne soupçonnait pas.

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Le site Caterpillar de Rantigny, qui a fermé ses portes en 2015, comptait 244 salariés.
Le site Caterpillar de Rantigny, qui a fermé ses portes en 2015, comptait 244 salariés.
Le parcours de Vincent de Bock prouve que le licenciement économique n’est pas une fin.
Le parcours de Vincent de Bock prouve que le licenciement économique n’est pas une fin.

Pour Vincent de Bock comme pour les 243 autres salariés du site Caterpillar de Rantigny, le couperet est tombé le 17 avril 2014 lorsque la firme a annoncé la fermeture définitive du site de Rantigny, dans l’Oise. Le géant américain spécialisé dans la fabrication d’engins de construction avait alors justifié sa décision de fermer plusieurs unités de production par une enquête de compétitivité réalisée sur cinq sites démontrant que le groupe n’était « plus en mesure d’assurer son activité à Rantigny à des coûts compétitifs ». 122e entreprise mondiale selon le classement Forbes Global, Caterpillar avait, il est vrai, enchaîné des pertes importantes depuis la crise financière de 2008. « Les rumeurs de fermeture couraient depuis novembre. Honnêtement, je m’y attendais », lâche Vincent de Bock. Pas une surprise donc, mais le choc de voir soudain la rumeur se muer en certitude et le rideau se baisser sur un parcours professionnel voué pendant des années à une seule et même entreprise. Et vingt ans, ce n’est pas rien dans une existence. Parcours exemplaire s’il en est, Vincent de Bock y avait gravi un à un tous les échelons, se remettant à chaque fois en question, cherchant comment progresser et donner le meilleur de lui-même. Avec pour bagage un CAP et un BEP d’électrotechnique, il y était entré comme simple opérateur, assemblant des engins de chantier sur une ligne de montage, avant de devenir, trois ans plus tard, magasinier dans les ateliers. Dix ans après, il intégrait l’équipe logistique – « je faisais de la relance fournisseur, pour éviter les manques d’approvisionnement sur les lignes de montage » –, avant de se voir confier une partie de la planification des programmes de production à court, moyen et long terme. C’est là que devait s’achever son ascension chez Caterpillar.

Un total autodidacte

Si son licenciement économique n’a pas, comme pour certains, viré à la tragédie, c’est que Vincent de Bock cultivait en parallèle une passion. « Je savais que j’allais m’en sortir », martèle-t-il. Et c’est un simple hobby – l’assemblage et le dépannage d’ordinateurs –, devenu par la suite l’activité d’une auto-entreprise créée en décembre 2009 et pratiquée en marge de son travail chez Caterpillar, qui devait l’y conduire. « Faire du dépannage d’ordinateur sans la moindre publicité, c’est très difficile. C’est comme ça que je me suis intéressé à la création de sites Internet et à leur référencement… Je n’y connaissais rien, mais c’est devenu une vraie passion ! » Une passion qu’il nourrit au moindre temps libre, prenant sur ses heures de sommeil pour lire tout ce qu’il peut trouver sur son sujet de prédilection. En deux ans, l’autodidacte atteint son plafond de verre : pour progresser encore, il sait qu’il lui faudra autre chose que des lectures, si assidues soient-elles. « Profitant des droits à la formation (DIF) acquis dans mon entreprise, j’ai fait valoir ceux-ci en 2014. J’ai alors suivi la formation SEO* High Level qui dure trois jours ; elle n’a lieu que deux fois par an. » À la fin du mois de mars 2015, Vincent de Bock reçoit sa lettre de licenciement et tout s’emballe. C’est l’heure cruciale des choix, mais il n’a aucune appréhension : « Je savais où je voulais aller pour rebondir. » Dans le cadre de la reconversion professionnelle accompagnant le plan de licenciement, il fait une demande de formation qui est aussitôt acceptée.

Le site Caterpillar de Rantigny, qui a fermé ses portes en 2015, comptait 244 salariés.
Le site Caterpillar de Rantigny, qui a fermé ses portes en 2015, comptait 244 salariés.

Trois sites inclus dans Google Actualités

L’apprenti référenceur reçoit alors chez lui l’un des musts dans ce domaine : Paul Sanches, élu second meilleur référenceur au classement 2013 du Journal du Net. « Il bosse sur des sites du CAC 40. Cette formation a boosté mes compétences en matière de référencement. Après cette formation, donner de la visibilité à des sites Internet est devenu une sorte de jeu pour moi. » Définitivement encouragé dans cette voie, l’ex-Caterpillar continue à engranger des transferts de compétences en contactant les meilleurs prestataires du Net les six mois suivants. Dans sa tête, tout est clair : il va créer son entreprise et devenir le seul maître de son avenir professionnel. Mais avant cela, une étape s’impose : la formation proposée par la CCIO à tout candidat à l’entrepreneuriat, « Cinq jours pour entreprendre ». « C’est une formation que je recommande. Nous avons abordé tous les points essentiels, avec des intervenants très qualifiés, sur la création et la gestion d’une entreprise, comme les aides, la comptabilité, le légal, l’étude de marché… » Mi-février 2016, Vincent de Bock se lance enfin en créant l’EURL Refseooise. « Je suis éditeur d’un peu plus d’une vingtaine de sites Internet, dont trois sites inclus dans Google Actualités. J’ai formé trois rédacteurs à la publication optimisée pour Google News. Je suis également consultant SEO ou en référencement naturel, webmaster et créateur de sites Internet que j’optimise pour augmenter la visibilité de mes clients sur la Toile. Je propose également des transferts de compétences pour Google News en formant et en supportant les éditeurs et rédacteurs des sites d’actualité, de e-commerce ou les sites vitrines de TPE ou PME. »

Une participation au Trophée Créa 60

Avec magestionvehicule.fr, Vincent de Bock propose un logiciel dédié à la gestion des coûts et de l’entretien de son véhicule. « Une version serveur multipostes est en cours de test et de validation », précise-t-il. Également sous la bannière d’Oise référencement, il a mis au point un site traitant exclusivement des événements et de l’actualité de l’Oise qui devrait être intégré à Google Actualités avant la fin 2016. Cet infatigable travailleur planche également sur un projet qui, assure-t-il, « sera bouclé d’ici la fin de l’été » : le référencement de tous les départements et villes de France (www.ville-departement.com/) permettant aux entreprises d’insérer leur propre espace publicitaire moyennant la somme de 70 euros HT par an. « Ça devrait aboutir à une application smartphone. » Il compte d’ailleurs défendre ses chances avec ce projet au concours Trophée Créa 60 organisé par la CCIO en septembre prochain. Enfin, son agence web (http://www.refseooise. fr/) vient de voir le jour, déclinant sur la Toile la longue liste de ses prestations : consultant SEO pour le e-commerce, webmaster, créateur de sites Internet, consultant en stratégie de création et d’optimisation pour sites web, audits, refontes… Caterpillar ne semble plus qu’un lointain souvenir, encore que Vincent de Bock se montre prudent. Anticipant sur des débuts difficiles, il a fait le choix de ne pas se verser de salaire pendant plusieurs mois, bénéficiant en retour d’un allègement de charges. Pour lui, il y a bien une vie après le licenciement, une vie encore plus intense parce qu’il en a tissé lui-même la trame.

Marie LEROY-GUERRÉE