Pierre Gattaz : « Mon obsession c’est la création d’emplois »

Alors que François Hollande a dévoilé son plan pour l’emploi le  18 janvier, le président du Medef insiste sur la nécessité d’envoyer des signaux forts aux entreprises pour relancer les embauches. Réseau Hebdo Éco : Demandes d’un plan d’urgence et d’un électrochoc pour l’emploi, le Medef est très combatif ? Pierre Gattaz : La situation […]

Pierre Gattaz est le président du Medef depuis 2013.
Pierre Gattaz est le président du Medef depuis 2013.

Alors que François Hollande a dévoilé son plan pour l’emploi le  18 janvier, le président du Medef insiste sur la nécessité d’envoyer des signaux forts aux entreprises pour relancer les embauches.

Réseau Hebdo Éco : Demandes d’un plan d’urgence et d’un électrochoc pour l’emploi, le Medef est très combatif ? Pierre Gattaz : La situation l’exige. Nous avons atteint un seuil intolérable avec un taux de chômage de 10,5%, de 25% chez les jeunes et de 50% dans les banlieues. Ce fléau provoque des drames humains et sociaux, de l’exclusion, du désespoir. Alors, en effet, c’est un électrochoc qu’il nous faut. Pas des petites mesures de traitement social du chômage mais une vraie politique économique pour l’emploi avec une multimédication. Et un plan d’urgence avec trois ou quatre mesures fortes.

R.H.É. : Lesquelles ? P.G. : Il n’y a pas d’économie forte sans la combinaison de trois facteurs : compétitivité, agilité et confiance, et ce, quelle que soit la couleur politique des gouvernements. Les entreprises ont besoin de ces trois piliers. Ce n’est pas un discours « medefien », c’est celui de tous les pays à économie de marché qui réussissent comme Hongkong, Singapour, la Suède, l’Allemagne ou encore la Suisse.

R.H.É. : Justement, le gouvernement a lancé le pacte de compétitivité dans ce sens… P.G. : Oui, et nous avons applaudi cette initiative. Mais ce pacte ne fait que compenser la hausse de taxes de 39 milliards d’euros subie entre 2012 et 2014. Au mieux, avec ces mesures nous retrouverons nos taux de marge de 2010. Et 40 milliards, cela ne représente qu’un tiers de notre écart de compétitivité avec l’Allemagne. Il faut donc aller plus loin. Nous proposons quatre mesures : le plafonnement des indemnités prudhommales, la création d’un CDI agile, l’exonération totale temporaire des charges sociales sur les nouvelles embauches et un élargissement du contrat de professionnalisation.

R.H.É. : Pour les indemnités prudhommales, le gouvernement y serait favorable ? P.G. : L’idée fait son chemin. C’est un sujet très important, car ces indemnités sont les seules amendes qui ne soient pas plafonnées à un seuil raisonnable et supportable pour une entreprise, notamment toute petite. Beaucoup de patrons aujourd’hui n’embauchent pas par peur de cette loterie des prudhommes alors que leur niveau d’activité justifierait des recrutements. Cette peur de ne pas pouvoir se défaire des salariés en cas de problème ultérieur est un frein majeur à l’embauche.

R.H.É. : Le contrat « agile » s’inscrit dans la même logique ? P.G. : Aucun patron n’a envie de licencier. Mais les circonstances peuvent l’y
contraindre. L’idée de ce contrat est de lister au départ un certain nombre de causes sérieuses pouvant justifier, le cas échéant, le licenciement du salarié. Par exemple, une baisse continue du chiffre d’affaires pendant six mois ou la non-réalisation de projets précis. Nous voulons avec ces propositions créer des conditions de flexisécurité. Pas pour porter le taux de chômage à 20%, mais pour créer des conditions favorables aux embauches.

R.H.É. : La proportion de procès aux prudhommes par rapport aux licenciements est importante ? P.G. : En tout cas elle est en nette augmentation. Une des raisons essentielles qui bloquent le marché du travail, c’est son manque de souplesse. Plus vous mettez de contraintes, plus les entreprises hésitent à embaucher. Et le risque actuellement, c’est que même si l’activité économique redémarre, ce soit sans créer d’emploi durable ni d’investissement conséquent. C’est pour cela qu’il faut adresser des signaux forts aux entreprises.

R.H.É. : Comme l’allègement total des charges sur les nouvelles embauches ? P.G. : Ou comme le contrat de professionnalisation sur mesure qui pourrait aussi permettre de remettre sur les rails de l’emploi des gens qui en sont éloignés depuis longtemps. Le coût serait partagé par l’entreprise et l’État (une moitié de Smic coûtera moins cher qu’une indemnisation chômage). Nous sommes confrontés à un problème endémique. Nous devons être capables de nous adapter. Mon obsession, c’est la création d’emplois. Il faut sortir de la politique politicienne, de cette stupide dichotomie droite/gauche. Les Français attendent des mesures fortes. Et à l’étranger, on nous observe et on est sévère sur notre rigidité sociale. Il faut avoir le courage « churchillien » de rénover le système.

R.H.É. : Et derrière ces mesures d’urgence ? P.G. : Continuer à réduire nos dépenses publiques. Nous sommes à 57% du PIB quand la moyenne européenne est à 49%. Visons les 50% à l’horizon 2020 ou 2022. Mais pour cela il faut raisonner dans la sphère publique comme en entreprise, en passant à la toise les coûts, les processus, en formant, en motivant, en optimisant. Nous avons aussi besoin d’une vraie réforme fiscale. Il faut réhabiliter l’idée que le capital est essentiel au fonctionnement d’une entreprise. Et que financer le développement de l’économie est risqué et mérite à ce titre rétribution. Il faut diminuer la taxation des plus-values et des dividendes (60% pour ces derniers quand la moyenne européenne est à 25%). Et, bien sûr, supprimer l’ISF qui est un impôt complètement destructeur d’emplois.

R.H.É. : Sans oublier la simplification du Code du travail ? P.G. : Naturellement. Et sur ce sujet des efforts sont faits. Le rapport Combrexelle, la commission Badinter ou le projet de loi de Myriam El Khomri vont dans le bon sens. Si ce gouvernement parvient à lever ce tabou, alors je dirais bravo. Nous sommes le pays des lois et des normes. Il faut simplifier, alléger, faciliter, libérer. Réduire le Code du travail de 3 500 pages à 500 pages serait positif, en laissant le soin aux entreprises de s’organiser elles-mêmes en négociant avec leurs salariés, les représentants de ces derniers ou les branches pour les plus petites d’entre elles.

R.H.É. : Toutes les organisations patronales n’ont pas signé votre lettre ouverte à François Hollande dans le Journal du Dimanche ?(*) P.G. : Il manquait effectivement la CGPME et l’UPA qui n’ont pas souhaité se joindre à nous alors qu’elles sont d’accord avec nos propositions. C’est dommage, mais nous étions quand même sept structures à cosigner ce texte.

R.H.É. : Il faudrait peut-être aussi une simplification du monde patronal ? P.G. : C’est vrai que les compétitions fratricides entre nous polluent notre vie patronale et que nous pourrions essayer de simplifier notre paysage.

R.H.É. : Et rendre aussi l’image du Medef un peu plus « sexy » ? P.G. : Depuis deux ans et demi que j’en suis président, je veille à être le plus souvent possible, sur le terrain pour rencontrer des chefs d’entreprises. Et je vais aussi à l’étranger pour vanter notre attractivité et emmener de jeunes entrepreneurs. Nous avons ouvert l’université du numérique, nous développons l’entrepreneuriat dans les quartiers avec des jeunes de la diversité, nous avons participé au Tour de France avec deux voitures pour promouvoir l’apprentissage. Alors, franchement, nous sommes dans le coup, même s’il faut parfois faire le « sale boulot » et apparaître beaucoup plus sur la défensive que nous ne le voudrions.