Crise agricole : « L’heure est grave »

Il y a quelques jours, la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de la Somme et les Jeunes agriculteurs ont organisé une conférence de presse dans une exploitation de Domart-en-Ponthieu. Ils demandent notamment une hausse des prix du litre de lait et un gel des mises aux normes.

363
De nouvelles actions pourraient être envisagées.
De nouvelles actions pourraient être envisagées.
De nouvelles actions pourraient être envisagées.
De nouvelles actions pourraient être envisagées.

L’heure est grave. Les éleveurs sont à bout de souffle, » confie Francoise Crété, présidente de la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de la Somme. Pour le syndicat, la situation économique des éleveurs s’est fortement dégradée. Et les prévisions des cours mondiaux des produits agricoles sont pessimistes pour les mois à venir. La Chine importe moins et la Russie a fermé ses frontières.

5% d’exploitations en moins

La FDSEA et les JA appellent les consommateurs à privilégier le « manger francais ». L’affichage de l’origine doit être rendu obligatoire sur tous les produits alimentaires. Ils annoncent que des contrôles seront réalisés dans les grandes surfaces : « Les pouvoirs publics doivent prendre des mesures drastiques face à la grande distribution qui livre une guerre des prix sans merci et tue à petit feu les producteurs français. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et arrêter d’ensevelir les agriculteurs avec des nouvelles normes, des nouvelles réglementations, des nouveaux dossiers à remplir : de l’énergie et du temps passé pour une fois de plus affaiblir les exploitations françaises », poursuit-elle. Le département de la Somme compte 4 000 exploitations dont 900 élevages laitiers. Le nombre d’élevage laitiers baissait chaque année de 2 %. L’an dernier, ce taux est passé à 5 % car ils sont contraints de se mettre toujours plus aux normes avec des prix de vente de litre de lait qui ne couvrent pas les frais. Par ailleurs, les aides promises l’été dernier déjà jugées insuffisantes – 500 euros en moyenne – auraient été versées au quart des exploitations.

Lettre ouverte

Pour mieux se faire comprendre, la FDSEA a adressé une lettre ouverte aux Picards dans laquelle elle les informe des ventes à perte : « Imaginez : le litre de lait entier sort de nos fermes entre 25 et 28 centimes, c’est le prix de l’eau minérale. Le kilo de viande bovine sort de nos fermes entre 2 et 3 euros, c’est le prix d’un café en brasserie et le kilo de cochon flirte avec la barre de 1 euro, c’est le prix d’un jeu à gratter… Ces prix, vous le savez, sont sans commune mesure avec ceux auxquels vous achetez nos produits frais ou transformés. » Francoise Crété réclame une hausse de 50 centimes par kilo de viande ou 10 centimes par litre de lait entier : « Nous serions en partie sauvés par nos gouvernements si nos politiques cessaient enfin de nous inventer de nouvelles réglementations couteuses et inutiles. Nous serions en partie sauvés si la distribution cessait d’utiliser la menace du prix mondial le plus bas pour nous faire mourir sur l’autel du pouvoir d’achat. Nous serions en partie sauvés si vous nous mainteniez votre confiance dans vos actes d’achat, en marquant votre préférence pour nos produits, dont nous revendiquons la qualité sanitaire, la traçabilité et le gout. »
La FDSEA estime que si cela continue, d’ici à cinq ans il n’y aura quasiment plus de fermes d’élevage et c’est tout un territoire qui va en patir tant au niveau de l’emploi que des cultures. La FDSEA affirme que le secteur va subir une hécatombe semblable à celle qu’ont connu les secteurs de la sidérurgie et du textile. Nicolas Patte a rejoint la ferme familiale de Domart-en-Ponthieu en 2011. Il est en GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun) avec son père et son oncle. Ils sont sur 230 hectares et comptent 300 bovins dont 60 vaches laitières et 30 allaitantes : « Le prix de vente du lait ne couvre pas le prix de production, explique t-il. Chaque année, l’impact est de 30 000 euros. Il ne faut pas que ça continue comme cela. Le gouvernement n’est pas assez proche de ses agriculteurs. Le consommateur regarde le prix tout en se rendant compte de la situation. Si on nous demandait de nous mettre une nouvelle fois aux normes, ce serait encore 100 000 voire 200 000 euros de travaux. Ce serait impossible… »
Malgré tout chacun, passionné, garde une petite lueur d’espoir : « Notre métier en vaut la peine », conclut Francoise Crété. L’interlocuteur clé de vos APPELS D’OFFRES et MARCHÉS PUBLICS HEBDO ÉCO LEADER NORD DE FRANCE