Les experts-comptables font leur cérémonie

Depuis quatre ans, l’Ordre des experts-comptables Picardie- Ardennes a remis au goût du jour la cérémonie de prestation de serment. Ils ont été 24 experts-comptables à s’y soumettre le 13 octobre à Château-Thierry.

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La cérémonie s'est terminée par la traditionnelle photo de groupe, où certains manquaient à l'appel.
La cérémonie s'est terminée par la traditionnelle photo de groupe, où certains manquaient à l'appel.

Je jure d’exercer ma profession avec conscience et probité, de faire respecter les lois dans mes travaux. » 24 experts-comptables ont répété cette phrase le 13 octobre au soir. Par petits groupes de trois, les costumes cravates et les tailleurs se sont succédés sur la scène de l’amphithéâtre des Champagnes Pannier à Château-Thierry.

Derrière le pupitre, Frédéric Tilly, président de l’Ordre des experts-comptables Picardie- Ardennes officie en tant que maître de cérémonie. Micro en main, il a présenté chacun des nommés, rapportant les petites anecdotes sur ces anciens étudiants devenus experts-comptables. Ce fut le cas de David Bouvier, fils de maçon devenu expert-comptable à Mers-les-Bains, ou encore d’Aurélie Mauviel Trupkovic, devenue expert-comptable comme son père à Fereen-Tardenois (Aisne).

« Rentrer dans l’Ordre, c’est un peu comme rentrer dans les ordres », s’est amusé Philippe Arraou, président du conseil supérieur de l’Ordre. Il est revenu sur l’essence même de sa profession. L’expert-comptable n’est pas seulement un professionnel de la comptabilité, celui qui contrôle, surveille, redresse la comptabilité des entreprises, établit les bilans et comptes de résultats. Il est garant de la bonne application des lois par une ordonnance de 1945 et un décret de 2012. Il est aussi un conseiller proche des dirigeants en matière de gestion, de fiscalité ou encore d’organisation. « L’expert-comptable tend à devenir le DRH des entreprises », a prolongé Frédéric Tilly.

Le grand soir

Remis au goût du jour il y a quatre ans au Musée de Picardie, l’évènement semble tout avoir de la formalité administrative. Pourtant, « cela marque le début d’une carrière », explique Frédéric Tilly « Ceux qui vont jusqu’au bout sont les champions, les cracks, car cela demande beaucoup d’efforts et de sacrifices. Il faut avoir travaillé longtemps ses vignes avant de pouvoir vendanger. Ce sont huit années après le bac. Ce soir, c’est une récompense », a poursuivi en ce sens Philippe Arraou.

Quatre femmes et vingt hommes ont défilé avant de se faire photographier en compagnie du parrain de l’édition, le nageur Jérémy Stravius et Philippe Arraou. « Là ce n’est pas bon cette année en terme de parité », a reconnu Frédéric Tilly, devant les sourires amusés de la salle. Ce phénomène s’explique. Bien souvent, les femmes diplômées font le choix d’être salariées au sein d’un cabinet d’expertise-comptable. Cette prestation de serment permet d’être inscrit à l’Ordre et ainsi de pouvoir créer son propre cabinet. La prestation de serment n’est pas obligatoire. Elle permet d’exercer en libéral et de créer son cabinet. Les prestataires sont désormais des entrepreneurs à part entière au service des entreprises.

Passé, présent futur

« On était déjà pacsés, maintenant on est mariés », s’amuse David Bouvier, un des prestataires de serment. Le moment est apprécié, même si l’expert-comptable a déjà signé le serment depuis deux ans. « C’est sympa, car on peut échanger avec les plus anciens. C’est un moment de partage en dehors d’un contexte mercantile », explique t-il avant de se diriger vers le buffet où les crevettes flambées au champagne se fraient un chemin entre les petits-fours et les foies gras poêlés.

Dans la pièce à l’entrée des caves de champagne Pannier, Claude Pierre vogue de convives en convives. Il est retiré du sérail depuis quelques années déjà. Pourtant, il continue à faire les déplacements. L’an dernier dans les Ardennes à Charleville-Mezières, cette année à Château-Thierry. « Les experts-comptables sont une grande famille. Cet événement marque l’adhésion à un groupe. Cela permet de se retrouver avec les anciens mais aussi de voir les petits nouveaux qui arrivent dans la profession », lâche t-il avant de filer avec un ancien confrère. Pour lui, la cérémonie est passée depuis quelques décennies.

Trois questions à :

Philippe Arraou est le président pour deux ans du conseil supérieur de l’ordre des experts comptables. Son cabinet est situé à Pau.
Picardie la Gazette : Quelles sont vos peurs pour la profession ? Philippe Arraou : J’ai confiance dans la profession à s’adapter aux évolutions et à pouvoir les prendre en charge. Mon soucis est de faire en sorte que tout les cabinets prennent la mesure de ce qui est en train de se passer et engagent une action individuelle pour évoluer dans leur cabinet. Il faut qu’ils intègrent cette dimension du numérique qui aujourd’hui fait partie de notre société contemporaine. Il est important que chacun se prennent en charge. À chaque fois nous avons été là pour accompagner les entreprises donc nous saurons relever ce défi, je n’ai aucun doute.

P.L.G. : Comment faire face à la transition du numérique ?
P.A. : Ça repose sur des outils. Le numérique d’au- jourd’hui, pour notre profession, c’est de la dématérialisation. Ce n’est pas simplement transformer du papier en un fichier PDF. C’est construire une relation que l’on qualifie d’intelligente. C’est avoir une dématérialisation qui repose sur des outils pour l’expert-comptable qu’il va mettre à disposition des entreprises et vont lui permettre, à l’entre- prise, de communiquer avec ses propres clients. C’est avoir l’outil qu’il faut pour être moderne. Il faut savoir s’adapter à son client.

P.L.G  : Comment voyez-vous la profession dans dix ans ?
P.A.  : J’ai un slogan  : de moins en moins comptable et de plus en plus expert. Cela ne veut pas dire que l’on va supprimer la comptabilité. On aura peut-être moins de temps à passer sur la tenue de la comptabilité et c’est souhaitable. C’est une bonne évolution car notre profession a des grandes capacités à assumer d’autres missions. On est déjà connu sur le fiscal ou le social. Mais c’est plus que ça. C’est les conseiller, c’est anticiper, c’est avoir une stratégie fiscale, c’est avoir une politique. Nous sommes, aujourd’hui, dans cette obligation d’avoir des compétences sur des sujets très divers.

Alexandre BARLOT