Les travailleurs handicapés toujours en retrait

Un accord-cadre pour l’insertion des travailleurs handicapés en Picardie a été signé début septembre par les différents acteurs de l’emploi et la préfète de région. Celui-ci vient renforcer les actions déjà mises en place.

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Le taux de chômage des personnes handicapées représente au niveau national près du double de celui des personnes valides. Fin 2014, les demandeurs d’emploi handicapés représentaient 8,1% de la demande d’emploi totale (catégories A, B et C) et leur nombre progressait de 9,5% en un an. Les caractéristiques des demandeurs d’emploi handicapés se distinguent de l’ensemble de la population au chômage par un écart important en matière d’âge (46% de plus de 50 ans contre 22% pour le tout public), de niveau de formation (36% de niveau infra V contre 22%), de qualification (48% faible qualification contre 38%) et de durée de chômage (61% et 40% longue et très longue durée contre 47% et 28%). Un constant « préoccupant », estime Yasmina Taieb. La directrice régionale de la Direccte se réjouit de la signature de l’accord-cadre visant à favoriser l’insertion de ces travailleurs sur le monde du travail : « Il existe un Plan régional d’insertion des travailleurs handicapés (PRITH) depuis 2011, mais celui-ci n’avait pas encore été formalisé par écrit. »

Développer l’apprentissage

Ce plan s’articule en quatre axes : faciliter la mise en oeuvre des parcours d’insertion professionnelle des personnes handicapées, faire de la formation un levier d’insertion, renforcer la sensibilisation des employeurs et prévenir les risques de désinsertion professionnelle. Avec une attention particulière pour l’apprentissage, « une modalité d’insertion à l’emploi très intéressante pour tout le monde, mais surtout pour les travailleurs handicapés », selon Yasmina Taieb. « En plus de leur apporter une qualification, l’apprentissage s’adresse à tous et peut aider à faire tomber les préjugés. »

Pascal Goujon peut en témoigner. Ce jardinier de l’association Le Jardin des vertueux, à Amiens, n’a pas hésité à faire confiance à un travailleur handicapé. Il s’est même battu pour que Guillaume Duprez puisse intégrer l’équipe malgré des budgets verrouillés. Ce jeune homme de 17 ans, « très compétent et très motivé » selon son employeur, vient de décrocher son CAP de jardinier en alternance. « J’ai une préférence pour le travail sur le terrain, car ça me permet d’apprendre beaucoup de choses », sourit-il. « L’apprentissage nous permet de nous délester de toute la partie théorique. Il y a un gros travail à mener sur l’orientation pour démystifier ces formations, souvent présentées comme une forme d’échec », souligne pour sa part Pascal Goujon, qui continue de se battre pour que son apprenti puisse rester au Jardin des vertueux : « C’est vraiment un excellent élément, je ne veux pas le laisser filer à la concurrence. »