La Picardie en retrait du dynamisme économique en début d’année 2015

Le retour de la croissance au premier trimestre de l’ordre de 0,6% a créé la surprise et laissait imaginer un second trimestre dynamique. Les dernières données de l’Insee font état d’une croissance nulle, bien en dessous des prévisions établies. Ces mauvais chiffres n’augurent rien de rassurant pour la Picardie dont l’économie affiche toujours des difficultés et un chômage atteignant des sommets.

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Évolution de l'emploi salarié marchand.
Évolution de l'emploi salarié marchand.
Évolution de l'emploi salarié marchand.
Évolution de l'emploi salarié marchand.

Alors qu’une certaine stabilisation de l’emploi sur le plan national laisse entrevoir une reprise des embauches dans les prochains mois, la contraction de l’emploi marchand en Picardie se dégrade avec, au premier trimestre 2015, la suppression de 1 600 postes, soit un recul de 0,4% du nombre de salariés.

Sur un an, les pertes d’effectifs s’établissent à 4 600 emplois (-1,3%) ; dans le même temps, au niveau national le repli est de 0,1%. A la fin mars 2015, la Picardie comptait, avec un taux de chômage de 11,6%, près de 174 000 demandeurs d’emplois inscrits dans les catégories A, B et C de Pôle emploi, soit un niveau très au-dessus de la moyenne nationale qui s’établit à 10%. Seul le département de l’Oise égale le taux métropolitain. Quant à l’Aisne et la Somme, leur niveau de chômage est très supérieur à celui de l’Hexagone, avec des taux respectifs de 13,9% et 11,7%.

La dernière note de conjoncture de l’Insee constate une dichotomie dans le prof il des demandeurs d’emploi. En effet, l’étude relève que les jeunes Picards de moins de 25 ans inscrits à Pôle emploi sont moins nombreux fin mars que fin décembre (-0,3%), bien que légèrement en augmentation sur un an. En revanche, les seniors connaissent une hausse de 1,7% sur le premier trimestre et de 8,2% sur l’année. Mais le chiffre le plus inquiétant est le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis plus d’un an qui augmente de 6,3% sur l’année, montrant de fait l’atonie de l’activité économique de la Picardie, incapable de créer des emplois. L’industrie et la construction broient du noir L’industrie et la construction sont les deux secteurs d’activité qui contribuent le plus à la contraction de l’emploi. Pour la seule industrie, 800 postes ont été supprimés au cours du premier trimestre 2015, avec une nette accélération par rapport à fin 2014.

Sur un an, l’industrie régionale recule de 2,4% contre 1,1% sur le plan national. La situation dans la construction est encore plus dramatique : en un an le secteur a perdu près de 2 000 emplois. Sur le seul premier trimestre 2015, les effectifs ont baissé de 1,7% à un rythme deux fois supérieur à celui de la France. La baisse drastique de la commande publique induite par la réduction des dotations de l’État aboutit à une diminution importante des mises en chantier des biens collectifs.

De même, le secteur de l’habitat individuel reste à un niveau faible. Entre avril 2014 et mars 2015, 6 700 logements ont été autorisés à la construction sur l’ensemble du territoire picard, un volume en recul de 5,6% par rapport à la même période l’année précédente. Cette baisse des autorisations est très supérieure au niveau national qui affiche « seulement » un recul de 3%.

Si les autorisations à la construction sont à la traîne avec seulement 1 100 autorisations accordées sur le premier trimestre 2015 – en baisse d’un tiers par rapport à 2014–, les mises en chantier connaissent un redémarrage en ce début d’année, laissant imaginer une possible reprise des embauches, tout du moins intérimaires. Par ailleurs les défaillances d’entreprises sont moins nombreuses (-5,5%) sur le premier trimestre. Entre janvier et mars, 1 700 logements ont démarré leur construction, soit 17% de plus qu’au premier trimestre 2014.

Le secteur touristique sourit Les touristes sont de retour en Picardie. Ainsi, les hôtels ont enregistré 506 000 nuitées sur le premier trimestre 2015, soit une fréquentation en hausse de 3,6%, légèrement supérieure à la moyenne nationale (2,5%). La région ne manque pas d’atouts pour attirer les touristes avec ses paysages somptueux de la baie de Somme ou encore son très riche héritage culturel qui parsème l’ensemble du territoire.

La région mène des travaux de restauration et d’accessibilité pour valoriser son patrimoine et augmenter son attractivité. Ces efforts semblent, aujourd’hui, porter leurs fruits. La clientèle française augmente de près de 4% et la région constate une augmentation appréciable de la fréquentation étrangère de 1,9%, avec un pic de 8,2% pour le mois de janvier. Toutefois, cette embellie ne profite qu’aux seuls départements de l’Oise et de l’Aisne.

Une région d’entrepreneurs Avec 2 841 nouvelles entreprises sur le seul premier trimestre 2015, en augmentation de 15% par rapport au trimestre précédent, la Picardie fait figure d’une des régions les plus dynamiques en termes d’entrepreneuriat, alors qu’en France la création d’entreprise est en recul de 3% sur la même période.

Face à la crise de l’emploi, de nombreux Picards émettent le désir de créer leur propre travail à l’image, par exemple, de Christine Lallement, fondatrice en début d’année de la société de chauffeur de maître Equipage privé, après une longue période de chômage. Un pari audacieux qui prouve l’énergie des Picards et leur refus de la fatalité. Le statut de l’auto-entrepreneur est souvent plébiscité pour sa simplicité. Le nombre d’auto-entrepreneurs a augmenté de 8,4% sur le trimestre, contre 5,9% sur le plan national.

Enfin la dernière note de conjoncture de l’Insee constate une baisse des défaillances d’entreprises pour le 3e trimestre consécutif (-2%), alors qu’elles sont en hausse en France (+2,2%), tendant à rejoindre le niveau national. Sur les premiers mois de l’année en cours, 411 entreprises ont été placées en redressement ou en liquidation judiciaire dans la région, essentiellement dans le secteur du commerce. En revanche, la construction (-5,5%), l’hébergement et la restauration (-3,9%) et l’industrie (-1,4%) sont sur une tendance inverse laissant présager une stabilisation du chômage dans les mois à venir.

Alban LE MEUR