Historial de Péronne, lieu de mémoire(s)

Lorsqu’il a ouvert ses portes en 1992, l’Historial de la Grande Guerre de Péronne avait une vocation : aborder la Première Guerre mondiale « autrement ». En mettant en regard les visions des trois principales nations belligérantes du front de l’Ouest – France, Allemagne et Grande-Bretagne, dans leur dimension culturelle, sociétale et militaire. Depuis 2014 et à l’occasion du Centenaire de la Grande Guerre, le musée est entré dans une vaste phase de rénovation, qui perdurera encore trois ans.

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L’an passé, l’Historial a accueilli 110 000 visiteurs.
L’an passé, l’Historial a accueilli 110 000 visiteurs.
Les fosses ouvertes permettent de découvrir le quotidien des combattants, avec ici l’équipement des soldats britanniques.
Les fosses ouvertes permettent de découvrir le quotidien des combattants, avec ici l’équipement des soldats britanniques.

Dans la cour d’entrée de l’Historial, une fois passées les impressionnantes tours du château médiéval, le ton est donné. Un char de guerre accueille le visiteur, oui mais… il est en polystyrène. L’illusion est bluffante : « C’est une reproduction faite par des élèves du lycée Le Corbusier de Roubaix », nous apprend Amandine Gourguechon, chargée de communication et médias en poste depuis quelques mois.

Évolution de la muséographie

C’est donc à une plongée dans la Grande Guerre qu’il faut se préparer en franchissant le seuil de l’Historial, qui retrace de façon chronologique les différentes étapes du conflit. À chaque salle sa période : avant 1914, la période 1914- 1916, 1916-1918, l’après-guerre, avec la traversée de la salle Otto Dix et son Tmuvre Der Krieg (La guerre – 1924) à travers laquelle l’artiste allemand fait Tmuvre de mémoire, une « chapelle commémorative » qui témoigne des traumatismes de la guerre. Vitrines et fosses ouvertes où sont exposés uniformes et objets du quotidien permettent d’appréhender de façon globale la Grande Guerre, avec la montée des tensions, la colonisation, la course aux armements qui l’ont précédée, la vie au front, les équipements militaires et médicaux, la difficile reconstruction du pays et des hommes…

Le parcours muséographique a évidemment vocation didactique, et a su s’adapter à l’air du temps, avec l’apparition de tables, tablettes et cartels tactiles, grâce auxquels les visiteurs peuvent approfondir leurs connaissances, en découvrant d’autres facettes du contexte historique. La présentation des objets exposés est ainsi prolongée en mettant l’accent sur les enjeux stratégiques, ou encore les impacts du conflit et les lignes mouvantes, à différentes échelles.

Refonte

L’an passé, l’Historial a accueilli 110 000 visiteurs.
L’an passé, l’Historial a accueilli 110 000 visiteurs.

Si l’esprit demeure le même, l’Historial a saisi l’occasion du Centenaire pour se lancer dans une phase de rénovation unique (1 500 000 euros), étalée de 2014 à 2018. La première phase, et non des moindres, a consisté à retourner le sens de la visite, pour une plus grande cohérence. « Chaque année du Centenaire, une salle d’exposition permanente est renouvelée, le musée restant ouvert au public, explique Amandine Gourguechon. Cela va permettre d’enrichir le propos, c’est le cas des tablettes tactiles avec lesquelles les visiteurs peuvent entendre des archives sonores rares, don d’un collectionneur privé. Nous avons également mis en service en mars dernier une applica- tion plurilingue – Français, Allemand, Anglais et Néerlandais. » De nouvelles thématiques ont parallèlement vu le jour : les guerres coloniales, la guerre russo-japonaise, les guerres balkaniques de 1912-1913 et les alliances et plans de guerre. « De nouveaux espaces d’exposition permanente ont été créés dans les salles de garde attenantes à la cour, complète la chargée de communication. Une salle est consacrée à l’histoire du château, la seconde relate comment Péronne constituait une place forte sur la frontière, la dernière salle s’attarde sur le territoire pris dans le conflit. » Le tout mêlant scénographie « classique » et nouvelles technologies. Bientôt, lorsque les visiteurs graviront les marches menant à l’entrée de l’Historial, ils pourront découvrir dans les niches les surplombant des rétroinnovations, « et comprendre comment les commandants et ingénieurs de la Grande Guerre se sont inspirés des objets du Moyen Âge pour concevoir leurs équipements de protection. C’est l’occasion de faire un lien avec le château en lui-même, érigé au XIIIe siècle », dévoile Amandine Gourguechon. Début 2016, ce sera au tour de la signalétique extérieure d’être modifiée, et de l’entrée du château, qui abritera la billetterie, un espace boutique et un espace audiovisuel qui projettera un film d’introduction à la Grande Guerre (en quatre langues), histoire de mettre le visiteur dans l’ambiance… D’autres réaménagements suivront pour s’achever en 2018 avec le renouvellement de la salle 1916-1918.

Recréer du lien

Mais la tâche d’envergure qui attend dans les prochains mois Amandine Gourguechon et les équipes de l’Historial, c’est certainement celle de communiquer sur le centre d’accueil de Thiepval, situé au cœur des champs de bataille. « L’Historial gère ce site depuis sa création en 2004, indique-t-elle. Et renforcer les liens entre ces deux espaces prend tout son sens. Le centre est le pendant de l’Historial, avec notamment une base de données de 11 000 « Missing », des soldats dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Il met en avant la dimension territoriale et mémorielle du conflit, centré autour de l’homme. » Au printemps ouvrira un nouveau centre d’interprétation de 400 m², avec à l’intérieur trois grands espaces dont une fresque grandeur nature de l’auteur de bandedessinée Joe Sacco, tirée de son ouvrage La Grande Guerre, le premier jour de la bataille de la Somme et qui présentera un récit en images des opérations de ce 1er juillet. Plusieurs lectures du conflit seront mises en avant, avec les vitrines archéologiques, les outils multimédias et les parcours de 90 soldats disparus pour asseoir cette fameuse dimension mémorielle. « Le centre ainsi refondu comptera au total sept espaces, avec des zones de transition, et offrira une vraie complémentarité avec l’Historial », assure Amandine Gourguechon. Pour inciter les visiteurs à prendre conscience de cette complémentarité, ils pourront pour un euro de plus bénéficier de l’entrée aux deux sites. Un vaste chantier qui n’aurait au fond qu’une ambition : « Démocratiser le musée, le rendre abordable pour tous, même s’il l’est déjà, donner plus de sens avec une lecture plus approfondie. » D’autant que les stigmates de la Grande Guerre sont encore visibles sur le territoire, il suffit pour s’en convaincre de s’attarder devant la table qui trône dans la salle après-guerre, et où sont posés pêle-mêle restes d’obus, chaussures, couverts, etc. qui sortent régulièrement de terre. Quarante tonnes d’objets sont retrouvés par an dans la Somme, et il faudrait encore 400 ans pour que l’ensemble de ces vestiges de la guerre remontent à la surface…

L’Historial de la Grande Guerre, c’est :

–Une surface totale de 4 236 m².
–Huit salles d’exposition permanente.
–Une salle audiovisuelle de 99 places.
–Une salle de séminaire.
–Deux salles d’exposition temporaires de 180 et 20 m².
–110  000 visiteurs en 2014 (contre 75  240 en 2013).

– Ouvert du 1er octobre au 31 mars de 9 h 30 à 17 heures (fermeture le mercredi hors groupes sur rdv) et du 1er avril au 30 septembre de 9 h 30 à 18
heures.
–Tarifs  : adultes 9 euros, seniors 7 euros, jeunes de 7 à 15 ans (et étudiants) 4,50 euros, gratuit pour les moins de 7 ans.
– Exposition Face à face – regards sur la dé(re)figuration jusqu’au 11 novembre 2015, entrée libre.
–Renseignements : 03.22.83.14.18.