Relancer l’apprentissage et l’emploi des jeunes : même combat ?

Le gouvernement a décidé de faire de l’apprentissage l’arme principale dans sa lutte contre le chômage des jeunes. Il a ainsi mobilisé les forces et a annoncé, lors des Assises de l’apprentissage le 19 septembre, des mesures visant à développer ce mode de formation, complétant celles prévues dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle.

Développer les actions de formation en faveur des tuteurs pour favoriser la réussite des apprentis
Développer les actions de formation en faveur des tuteurs pour favoriser la réussite des apprentis
Développer les actions de formation en faveur des tuteurs pour favoriser la réussite des apprentis
Développer les actions de formation en faveur des tuteurs pour favoriser la réussite des apprentis

Relancer l’apprentissage, c’est relancer l’emploi », déclarait le Président de la République, François Hollande lors du discours introductif des Assises de l’apprentissage le 19 septembre. En France, prés de 420 000 jeunes sont en apprentissage. Un chiffre loin d’être satisfaisant lorsqu’on le compare à celui de l’Allemagne où prés d’un jeune sur quatre est en apprentissage, soit un total d’environ 1 500 000 apprentis. Le gouvernement s’est donc fixé pour objectif de relancer l’apprentissage, en perte de vitesse dans notre pays, pour atteindre le chiffre de 500 000 apprentis d’ici à 2017. « Nous sommes ravis de constater l’intérêt que le gouvernement manifeste à l’apprentissage, d’abord en lui consacrant un large volet dans la réforme de la formation professionnelle mais surtout en organisant les Assises qui ont mobilisé tous les acteurs concernés, souligne Hassan Laaraj, directeur du CFA Interfor et président de l’association régionale des directeurs de centre de formation d’apprentis (Ardir) Picardie. Néanmoins, il reste encore des interrogations notamment sur la mise en place des mesures prévues par la réforme et en particulier sur la redistribution des 51% de la taxe désormais dévolus à la région ». En effet, la réforme de la formation professionnelle, dont le volet apprentissage représente une partie conséquente, apporte quelques modifications concernant la taxe et sa répartition.

De nouvelles modalités financières

Avant la réforme, les entreprises percevaient une indemnité forfaitaire versée par la région d’un minimum de 1 000 euros par an et par apprenti.
La loi de finance 2014 a supprimé cette indemnité et l’a remplacée par une prime à l’apprentissage pour les entreprises de moins de onze salariés d’un montant minimum de 1 000 euros, à laquelle peut s’ajouter une prime de 1 000 euros pour les entreprises de moins de 50 salariés qui recrutent leur premier apprenti, à la condition d’être couvert par un accord de branche. Le gouvernement a en outre annoncé lors des Assises de l’apprentissage la création d’une prime à l’embauche d’un apprenti de 1 000 euros pour les entreprises de moins de 250 salariés. Le crédit d’impôt de 1 600 euros dont pouvaient bénéficier certaines entreprises par apprenti, par année de formation et quel que soit le niveau, est réduit dans ses modalités.
Il est maintenu seulement pour la première année de formation et pour les apprentis préparant un diplôme inférieur ou égal de niveau II (bac +2). Cela exclut donc les formations de niveau supérieur, ce que critique un grand nombre d’acteurs car la tendance actuelle des entreprises en matière de recrutement vise plutôt l’élévation des compétences.
Enfin, si le montant global de la taxe ne change pas (0,68% de la masse salariale), c’est sa répartition qui est modifiée. Elle est désormais répartie en trois parts : le quota à hauteur de 26% pour les CFA, le hors-quota à hauteur de 23% pour les autres établissements et une part revenant à la région à hauteur de 51%.
C’est cette dernière fraction qui fait polémique et soulève des inquiétudes chez les directeurs de CFA. « Une grande partie de la taxe va désormais vers la région mais la question de la répartition et de la redistribution se pose, déclare Hassan Laaraj. Ces 51%, ou tout du moins une large partie doivent revenir à l’apprentissage ! Nous espérons également qu’une part sera accordée aux CFA, car si avant la réforme, nous bénéficions du horsquota, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les CFA vont donc perdre de 10 à 16% des revenus provenant de la taxe. » Cette baisse du revenu des CFA est aussi directement à imputer à la baisse des effectifs de l’apprentissage. « Nous cumulons aujourd’hui en Picardie, un taux de retard sur l’apprentissage depuis deux ans. Après avoir enregistré de très fortes baisses du nombre de contrats d’apprentissages signés, nous tournons aujourd’hui autour de – 8%. Certains secteurs comme le BTP sont plus touchés que d’autres ».
Pour Hassan Laaraj, il existe de nombreux freins à l’apprentissage : « Tout d’abord avec la crise économique, les entreprises manquent de visibilité, ce qui pose bien évidemment des problèmes dans le cadre des recrutements. L’apprentissage souffre également d’un problème d’image. C’est encore aujourd’hui considéré comme une voie de garage ou une alternative en cas d’échec scolaire en voie initiale ». Le taux d’insertion est pourtant de 80% et il existe aujourd’hui des dispositifs allant du pré-apprentissage au bac +5 .

Une mobilisation générale

420 000 jeunes en apprentissage en France contre 1,5 million en Allemagne

En Picardie, des réunions de travail réunissant les différentes acteurs ont déjà eu lieu. « L’Ardir Picardie a participé à des groupes de travail réunissant la Région, l’État et les différentes associations. Il s’agit de préparer 2015, année où la plupart des nouvelles mesures entrent en vigueur. En dehors de ces réunions, les différentes partenaires agissent déjà depuis plusieurs années, via la promotion de l’apprentissage directement dans les collèges, dans les lycées ou encore dans les missions locales ».
Au delà de la promotion de l’apprentissage c’est aussi pour Hassan Laaraj, sur l’orientation et la connaissance des métiers qu’il faut travailler : « Il y a véritable problème d’orientation en France. Celle-ci doit se faire très tôt et doit être conçue dans une optique de parcours. Elle doit être réalisée régulièrement au cours de l’évolution scolaire de l’élève. Enfin, il s’agirait de faire connaître les métiers aux éleves dés la 6e ». Cela semble en bonne voie. François Hollande précisait ainsi lors des Assises : « Le nombre de jeunes en apprentissage, dans les établissements publics d’enseignement, sera porté de 40 000 à 60 000. Il y a une ambition collective qui embrasse l’ensemble des formations de la nation. Le ministère de l’Éducation multipliera les actions d’information dans tous les collèges et pour tous les élèves. L’apprentissage sera regardé comme une voie de réussite ».