Agnès Verdier-Molinié, « l’iFRAP prendra sa part aux réformes de fond »

La directrice de la Fondation iFRAP use de sa liberté de parole pour appeler à un consensus pour réformer notre pays, qui passe par des efforts partagés par tous. Agnès Verdier- Molinié se veut résolument optimiste sur la capacité de réforme de notre pays.

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Agnès Verdier-Molinié à propos de la réforme territoriale : « Fusionner, ce n’est pas supprimer le nom du village, c’est mieux gérer les dépenses, les agents publics et c’est donc une meilleure prise en charge de politiques publiques au niveau local. »
Agnès Verdier-Molinié à propos de la réforme territoriale : « Fusionner, ce n’est pas supprimer le nom du village, c’est mieux gérer les dépenses, les agents publics et c’est donc une meilleure prise en charge de politiques publiques au niveau local. »
Agnès Verdier-Molinié à propos de la réforme territoriale : « Fusionner, ce n’est pas supprimer le nom du village, c’est mieux gérer les dépenses, les agents publics et c’est donc une meilleure prise en charge de politiques publiques au niveau local. »
Agnès Verdier-Molinié à propos de la réforme territoriale : « Fusionner, ce n’est pas supprimer le nom du village, c’est mieux gérer les dépenses, les agents publics et c’est donc une meilleure prise en charge de politiques publiques au niveau local. »

Propos recueillis par Bruno Chevallet, Réso hebdo éco

Vous avez présenté cette année votre plan stratégique pour réformer la France, une démarche ambitieuse ? Agnès Verdier-Molinié :

Nul ne l’avait fait avant nous alors que la demande était forte. Les sollicitations viennent autant des gouvernants que de l’opposition ou des médias. Nos études dépassent les clivages partisans et rassemblent ceux qui veulent réformer. Il y a des alliances possibles dans une social-démocratie, et nos voisins européens l’ont déjà prouvé. Ce quinquennat aurait pu être celui de la social-démocratie mais il n’y a pas eu de débat lors de la présidentielle 2012 sur les vraies réformes à mener. On est plus dans la posture que dans l’action. Notre plan stratégique montre que si on se donne les bons objectifs et que l’on a mandat pour mener les réformes de fond (réduction du nombre de communes, du nombre de strates, suppression de la clause générale de compétences, réorganisation du qui fait quoi…) il y a une énorme marge de manœuvre pour redonner du souffles à nos finances publiques et à nos entreprises.

À l’occasion de la réforme territoriale, vous avez sorti une étude « Régions : les pistes pour une vraie réforme », vous appelez à un certain courage les élus ?

A.V-M. : La réforme territoriale ne doit pas se résumer à des mesures d’affichage. Avant même la fusion, on pourrait dégager d’importantes économies. Or, l’aspect réduction de la dépense publique passe souvent au second rang. Prenons pour exemple, la dépense moyenne par habitant en région Poitou-Charentes qui est de 348 euros contre 390 euros en moyenne dans les régions. Si toutes les régions s’alignaient sur la dépense par habitant du Poitou-Charentes, cela générerait une économie de plus de 2 milliards d’euros par an. Un autre problème connu est celui de la superposition des compétences entre les intercommunalités et les 37 000 communes. Avec en moyenne seulement 1 700 habitants par commune en France, la fusion des communes est une priorité. La Suisse est passée de plus de 3 000 communes à 2 352, au rythme d’une quarantaine de fusion de communes par an sans que cela soit le grand soir. En Suède, on compte seulement 290 communes et 409 « entités locales » en Grande-Bretagne pour une population égale à la nôtre. Fusionner, ce n’est pas supprimer le nom du village, c’est mieux gérer les dépenses, les agents publics et c’est donc une meilleure prise en charge de politiques publiques au niveau local.

Vous prônez les bonnes règles budgétaires, est-ce encore possible ?

A.V-M. : Pour faire baisser notre niveau d’endettement et recréer les conditions de la croissance, il faut un effort collectif et proportionnel de l’État, des collectivités, des partenaires sociaux et de la Sécurité sociale. Je ne crois pas que les Français soient opposés aux réformes à condition qu’elles soient clairement annoncées et partagées, et tel n’a pas été le cas lors de la dernière élection présidentielle. Les campagnes passent trop souvent à côté des vrais débats et de la signification des chiffres. On se félicite d’une croissance de 0,3 % au troisième trimestre, sauf qu’on oublie de dire qu’elle s’explique avant tout par une hausse de 0,8 % des dépenses des administrations publiques. On doit choisir entre une croissance financée par la dette, ou une croissance basée sur l’innovation, la création d’entreprises ou de nouvelles ressources comme le gaz de schiste. Nos chercheurs, nos ingénieurs qui sont reconnus internationalement ont peu de possibilités d’accompagner des aventures entrepreneuriales en France. Le moteur de l’économie, c’est la confiance !

Quel avis portez-vous sur cette phrase du président : « Cela ne coûte rien, c’est l’État qui paye » ?

A.V-M. : Le président évoquait alors les contrats d’avenir et il est malheureux de mettre des milliards d’euros sur des emplois, que ce soit financé par l’État ou les collectivités, au fond c’est toujours le contribuable qui paie. Penser que l’on va lutter efficacement contre le chômage en créant des emplois aidés est dépassé. D’autant plus dans le secteur non-marchand. Ce qu’il nous faut maintenant c’est relancer le moteur à créer des emplois marchands.

Le Code du travail est–il simplifiable ou a-t-il vocation à devenir obèse ?

A.V-M. : La réforme du Code du travail est un débat difficile car les syndicats défendent plus leur organisation que l’intérêt des salariés et des chômeurs. Ils sont plus enclins à défendre leurs positions que de se battre pour l’emploi. D’autant notre syndicalisme salarial est assez radical alors même que les taux de représentation au sein des salariés ne cessent de chuter. C’est dommage car nous avons besoin de syndicats qui accompagnent les entreprises dans un monde qui bougent et d’un Code du travail qui incite à embaucher et non l’inverse.

N’y a-t-il pas un problème de culture économique d’un grand nombre de citoyens?

A.V-M. : J’ai fait partie du Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice) nommée en 2008 par la ministre des Finances, Christine Lagarde. Oui, l’Éducation nationale voit plutôt d’un mauvais œil l’entreprise et ne cherche pas à l’inviter dans la classe. Au contraire, l’Allemagne ne voit pas d’inconvénient à ce que des entreprises financent des options de programme et soient impliquées dans la rédaction des programmes. Avant d’arriver à cela, en France, il y a beaucoup à faire pour démontrer que l’entrepreneuriat est plus que nécessaire. Je me rappelle qu’après le mouvement des pigeons, aux Assises de l’entrepreneuriat, le président de la République avait proposé des études de cas d’entreprise dès la 6e . La réaction des professeurs de sciences économiques avaient été alors de rappeler que ce n’est pas le rôle de l’école…

Comment expliquer l’équilibre économique d’un Think Tank libre ?

A.V-M. : La Fondation iFRAP ne dispose d’aucune subvention publique, et notre équilibre économique tient à un financement exclusivement privé, 10 % provenant de dons d’entreprises et 90 % de dons de personnes physiques. Plus de 15 000 donateurs au total qui versent de 5 à 20 000 euros permettent à la Fondation un budget annuel d’environ 1 million d’euros. La Fondation a un conseil scientifique très actif. Sur chaque étude, nous bénéficions d’un réseau d’une centaine d’experts très pointus. Et, plus le temps passe, plus des agents de l’État ou des collectivités nous apportent leur analyse de l’intérieur, ce qui est très précieux.

Repères

Agnès Verdier-Molinié, 36 ans, diplômée d’Histoire économique contemporaine, a rejoint l’iFRAP en 2002 en tant que chercheur, puis en tant que responsable des relations institutionnelles après un parcours dans les médias notamment au Figaro, L’Express et France Info. Elle a été membre du comité exécutif du Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice) nommé en 2008 par la ministre des Finances Christine Lagarde (le Codice a été dissous en 2010). Agnès Verdier-Molinié est aussi auteur, aux éditions Jean-Claude Lattès, de La mondialisation va-t-elle…nous tuer ?, en 2008, des Fonctionnaires contre l’État. Le grand sabotage, aux éditions Albin Michel en 2011, et 60 milliards d’économies  ! oui…mais tous les ans, aux éditions Albin Michel en 2013. Elle a été élue “personnalité Think-tank de l’année 2010”dans le cadre des Trophées des Think-tanks organisés par l’Observatoire français des Think-tanks.

« Nous sommes convaincus que la France va bouger et changer dans les dix prochaines années, et pour le meilleur. Nous ne pouvons dire avec qui et comment, mais notre système va vers des réformes de fond. L’équipe de la Fondation iFRAP participera à ce changement » Agnès Verdier-Molinié