Pompes funèbres, un métier bien loin des idées reçues

Marbrier depuis quatre générations, la famille Bobeuf s’est tournée vers les pompes funèbres avec Luc Bobeuf, actuel héritier de la lignée. Un métier atypique, victime de nombreux clichés que le gérant s’acharne patiemment à déconstruire.

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Luc Bobeuf et Cathy Bodart accueillent les familles endeuillées.
Luc Bobeuf et Cathy Bodart accueillent les familles endeuillées.
Les pompes funèbres Bobeuf sont équipées de trois chambres funéraires.
Les pompes funèbres Bobeuf sont équipées de trois chambres funéraires.

L’humeur est joyeuse en cette matinée ensoleillée. Comme chaque début de jour née, l’équipe des pompes funèbres Bobeuf se retrouve autour d’un café, moment privilégié et un peu hors du temps avant d’affronter les épreuves de la journée. « Nous ne sommes pas indifférents aux malheurs des familles, au contraire », explique d’emblée Luc Bobeuf. « Nous les accompagnons dans un moment difficile. Pendant une semaine, nous intégrons leur intimité, nous rentrons dans leurs vies. Tout ce que nous pouvons faire pour soulager les familles, c’est de faire en sorte que tout se passe bien », ajoute-t-il. Le gérant, homme affable et accueillant, n’a pas toujours exercé cette profession qu’il affectionne pour le contact humain qu’elle engendre nécessairement. Institution locale, l’entreprise Bobeuf a vu son activité muter en quelques générations.

Une histoire familiale

Luc Bobeuf et Cathy Bodart accueillent les familles endeuillées.
Luc Bobeuf et Cathy Bodart accueillent les familles endeuillées.

Tout a commencé avec Obéron Bobeuf, compagnon tailleur de pierre. Son fils, Marcel, s’installe comme marbrier en 1921 à Péronne, rue Jean-Toeuf.  L’après-guerre lui permet de créer des monuments aux morts et de participer à la reconstruction de la ville. Son fils fera évoluer l’entreprise vers la marbrerie funéraire. Luc Bobeuf, cinquième génération de tailleurs de pierre, reprend la maison en 1996. Onze ans plus tard, il décide de se tourner vers les pompes funèbres pour offrir un service complet. L’entrepreneur passe un diplôme de niveau VI pour être habilité à exercer cette profession atypique. Là, il étudie aussi bien la psychologie du deuil que la réglementation très stricte qui encadre le secteur. En 2010, il s’installe en périphérie de Péronne, dans un bâtiment flambant neuf de 500 m2 pour un investissement global de 450 000 euros. « Chaque entreprise est différente et chacune a sa façon de travailler. Ici, nous voulons avant tout privilégier l’humain. C’est ce qui me plaît dans ce métier : le contact avec les gens. Beaucoup de choses se font au feeling », commente Luc Bobeuf. L’entreprise, qui compte neuf salariés (assistante funéraire, marbriers, porteurs), propose un accompagnement global, du contrat obsèques à la cérémonie funéraire, en passant par la marbrerie.

Répondre aux attentes des familles

La boutique permet à chacun de choisir les ornements de la tombe.
La boutique permet à chacun de choisir les ornements de la tombe.

« Nous souhaitons avant tout respecter les désirs des défunts et des familles. Nous sommes là pour les accompagner, les conseiller, il est hors de question de profiter de leur malheur », affirme le gérant. Après avoir reçu et écouté les familles, l’entreprise s’occupe de l’ensemble de l’enterrement, de l’avis de décès à la cérémonie, mais laisse à la famille le soin de choisir seule le cercueil. « Il n’y a pas de mauvais choix, assure Luc Bobeuf. Il faut admettre qu’un enterrement représente un coût financier important, qui peut aller de 2 000 à plus de 7 000 euros avec la construction d’un caveau ou d’un monument. Mais, quel que soit le coût, tout sera fait avec le plus grand respect. » L’entreprise émet d’abord un devis réglementaire, puis une facturation unique qui prend en compte l’ensemble des prestations. Un bon de commande, comprenant l’autorisation pour pouvoir s’occuper du corps et pour pratiquer les soins, est également nécessaire. Arrivée il y a un peu moins d’un an, Cathy Bodard, future assistante funéraire, s’occupe de cette partie administrative. « J’ai eu beaucoup de mal au début. D’ailleurs, à l’extérieur, je ne dis pas forcément que je travaille pour une entreprise de pompes funèbres. On ne s’habitue pas à la détresse des gens. Tout ce que l’on peut faire, c’est les rassurer, expliquer comment tout va se dérouler. » Parfois, les familles endeuillées reviennent après l’enterrement, simplement pour discuter. Les pompes funèbres Bobeuf bénéficient de trois chambres funéraires, accessibles à toute heure et protégées par un digicode. Un thanatopracteur indépendant assure les soins, et Luc Bobeuf, les cérémonies civiles. Le gérant, qui réalise également des monuments aux morts, comme ce mémorial dédié aux soldats morts en Afrique du Nord à Péronne, fourmille encore de projets. « J’aimerais offrir plus de services, améliorer encore la qualité de l’accueil et ouvrir une salle multi-cultes », conclut-il.