2013, une année en demiteinte pour l’économie picarde

Selon le bilan économique 2013 de l’Insee, l’économie française ne suit pas le rythme de la zone euro. En Picardie aussi la croissance est en panne, mais le déficit commercial régional se réduit et on trouve des bonnes nouvelles sur l’emploi. Analyse et éclairages d’Yvonne Pérot, directrice régionale de l’Insee Picardie.

Yvonne Pérot, directrice régionale de l'Insee Picardie. L'institution a publié son bilan économique 2013 fin mai, contre mi-avril l'année dernière, en raison des échéances électorales.
Yvonne Pérot, directrice régionale de l'Insee Picardie. L'institution a publié son bilan économique 2013 fin mai, contre mi-avril l'année dernière, en raison des échéances électorales.
Yvonne Pérot, directrice régionale de l'Insee Picardie. L'institution a publié son bilan économique 2013 fin mai, contre mi-avril l'année dernière, en raison des échéances électorales.
Yvonne Pérot, directrice régionale de l'Insee Picardie. L'institution a publié son bilan économique 2013 fin mai, contre mi-avril l'année dernière, en raison des échéances électorales.

Le bilan économique 2013 de l’Insee est moins une enquête qu’un travail de regroupement d’informations avec neuf organismes différents (Pôle emploi, Douanes…). « C’est un rendez-vous annuel auquel nous sommes attachés. Je me fais un devoir de toujours mettre en perspective avec la situation nationale », explique Yvonne Pérot. Avec une progression de 0,3% du PIB, comme l’année précédente, l’économie française n’accélère pas en 2013, contrairement à l’ensemble de la zone euro. Dans ce contexte difficile, la Picardie souffre particulièrement.
« Tout comme une grande partie du Nord de la France, la Picardie est entrée dans la crise dans des conditions dégradée », explicite Yvonne Pérot. En effet, après 2008, la Picardie enregistre un net recul de près de 3% de son PIB avant de renouer avec une croissance de 0,5% en 2012. « D’autres régions très touchées ont une reprise plus forte, comme la Bourgogne par exemple », nuance la directrice régionale de l’Insee Picardie. À noter que l’année dernière, les échanges extérieurs de la région sont restés stables et son déficit commercial s’est réduit. « La demande vis-à-vis de la France retrouve de la vigueur, la région en profite en 2013 », explique Yvonne Pérot, qui rappelle que nos partenaires de la zone euro retrouvent le chemin de la croissance. Malgré tout, l’Insee parle d’un bilan en demi-teinte. Certains secteurs sont violemment touchés par la baisse d’activité, comme la construction par exemple.

Des difficultés pour l’industrie et la construction
En effet, ce dernier secteur est confronté à une baisse du nombre de construction de logements en Picardie avec un recul de 6% des autorisations et de 8% des mises en chantier par rapport à 2012. Ce contexte difficile engendre des pertes d’emplois. « En 2013, près de 1 500 emplois ont été détruits dans le bâtiment, soit une perte de 4% des effectifs, précise Yvonne Pérot. Il y a une forte baisse de l’investissement des ménages, soit 80% du secteur de la construction », rajoute-t-elle. L’industrie souffre également puisque, à l’exception des transports, ses entreprises ont vu leur chiffre d’affaires diminuer de 3,4% en 2013. À noter cependant que le taux de création de société en Picardie est de 14,9% tous secteurs confondus, ce qui est supérieur à la moyenne métropolitaine de 14,5%. Une note optimiste renforcée par les bonnes performances du tourisme et de l’agriculture.

L’agriculture et le tourisme tirent leur épingle du jeu
Malgré les conditions climatiques difficiles, le blé a atteint un niveau de production très élevé avec une progression de 8,6% par rapport à 2012. Côté tourisme, « l’année 2013 a été assez bonne, le secteur est un marqueur important dans la région. On voit se développer un peu le tourisme d’affaires et les visiteurs étrangers sont plus nombreux », souligne Yvonne Pérot. En Picardie, la fréquentation touristique est en hausse de 1,2% en 2013, dépassant la moyenne dans l’Hexagone (+0,8%). L’augmentation de la clientèle venue de l’étranger explique cette situation (+4,7%).
« La Picardie est une des régions les plus touchées par la perte d’emplois mais cette perte est nettement moins importante en 2013 : 4 000 emplois, contre 5 200 en 2012 »,
rapporte la directrice régionale de l’Insee Picardie. Autre signal positif, le redressement marqué de l’intérim, qui augmente de 8,1% en 2013. « C’est une des spécificités de la région : les jeunes utilisent l’intérim pour s’insérer dans le marché de l’emploi, ce chiffre est donc doublement positif », s’enthousiasme Yvonne Pérot. On observe en effet une baisse de la demande d’emploi des jeunes en 2013 en Picardie, un chiffre également dû à l’augmentation des emplois aidés. « On a assisté à une augmentation des emplois aidés. En Picardie, ils sont 13 570 cette année », précise Yvonne Pérot. Malgré tout, on a assisté à une hausse de 12% du nombre des demandeurs d’emplois de plus 50 ans (catégorie ABC*), « un chiffre marqueur d’alerte », pour reprendre les termes de la directrice de l’Insee Picardie. Plus globalement, en 2013, dans notre région, le taux de chômage a connu un léger recul et il s’élève à 11,7% de la population active. Un taux qui reste malgré tout important par rapport à la moyenne nationale de 9,8%. L’Aisne est le département le plus touché, malgré un recul de 0,3 point sur l’année, il compte 13,9% de chômeurs parmi la population active. Un bilan économique 2013 pour le moins contrasté, avec des notes positives, mais n’annonçant pas encore de véritable retournement de tendance.

*- Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi. – Catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois). – Catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. plus de 78 heures au cours du mois).