L’inquiétante dépendance des associations à l’aide alimentaire européenne

Après d’âpres négociations le Fonds européen d’aide aux plus démunis sera finalement doté de 3,5 milliards d’euros au lieu des 2,5 milliards annoncés pour la période 2014-2020. Un soulagement pour les associations qui restent très dépendantes de cette aide.

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Dans l’entrepôt de la Banque alimentaire de la Somme de nombreux produits viennent de l’Europe.
Dans l’entrepôt de la Banque alimentaire de la Somme de nombreux produits viennent de l’Europe.

 

Dans l’entrepôt de la Banque alimentaire de la Somme de nombreux produits viennent de l’Europe.
Dans l’entrepôt de la Banque alimentaire de la Somme de nombreux produits viennent de l’Europe.

Créé en 1987 pour distribuer aux associations agréées (Banque alimentaire, Croix Rouge, Restos du coeur et Secours populaire en France) les surplus issus de la Politique agricole commune (PAC), le Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) prendra fin en décembre. Il sera remplacé à partir de 2014 par le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD). Lors des négociations pour le budget 2014-2020 la Commission européenne a proposé d’allouer 2,5 milliards à ce nouveau fonds, entraînant une baisse d’un milliard d’euros. Les eurodéputés se sont finalement accordés sur le maintien de 3,5 milliards sur six ans. D’ici à la fin de l’année le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne devront formellement adopter l’ensemble du budget, y compris le FEAD.
En 2012, la France a reçu 72 millions d’euros du PEAD dont 324 428 euros à destination des associations samariennes.

Une aide incontournable
« Le programme européen d’aide alimentaire aux plus démunis a représenté pour nous en 2012 près de 50% de nos sources d’approvisionnements, il est donc incontournable », commente Christian Becuwe, président de la Banque alimentaire de la Somme. La structure dont la plateforme de redistribution alimentaire travaille avec 66 associations dans le département, a permis de distribuer l’an passé 1 551 tonnes de denrées alimentaires à 10 514 personnes, soit 3 715 familles. La possible baisse du fonds européen a entraîné une véritable prise de conscience : « Il faut faire évoluer les autres sources d’approvisionnement que ce soit la ramasse journalière auprès des grandes surfaces, la collecte nationale ou les produits issus de l’industrie agro-alimentaire ou des coopératives agricoles ». Autre source de préoccupation, l’augmentation constante des bénéficiaires, rendant la situation de plus en plus périlleuse. En 2013, la hausse a été de 10%. « Il faut être constamment vigilant, je refuse de faire de la ségrégation en arrêtant les inscriptions. Mais ça veut dire qu’il faudra peut-être envisager un jour de restreindre le nombre de denrées alimentaires ». Aux Restos du Coeur, l’inquiétude est la même : « En 2012 nous avons eu une augmentation de 11% de personnes aidées et une hausse record de 24% cet été. C’est très préoccupant », explique Daniel Cotrel, président des Restos du coeur de la Somme. La structure compte 32 centres de distribution et a distribué l’an dernier 1 484 555 repas. Si l’association cherche aussi à diversifier ses sources d’approvisionnements Daniel Cotrel reste optimiste : « La défiscalisation des dons agricoles est une bonne chose, même si nous ne savons pas à quelle hauteur cela pourra nous aider, et les dons sont constants malgré la crise. Dans la Somme ils sont même supérieurs à la moyenne nationale [139 euros en moyenne contre 127 euros], mais il faut absolument rester mobilisés ». Si l’avenir de l’aide alimentaire se joue au niveau européen, le conseil général de la Somme, en prise directe avec la réalité locale apporte également un soutien financier aux associations sur le volet alimentaire, en plus des 316,05 millions d’euros, soit 48% de son budget, consacré aux solidarités. « La précarité a de multiples facettes, agir sur l’insertion, l’emploi ou le logement contribuera nécessairement à redonner une certaine indépendance alimentaire à ces publics en difficulté », explique-t-on au cabinet de Christian Manable.