Le système productif français à la loupe des statisticiens

Des professions libérales réglementées moins touchées par la crise que d’autres secteurs, des ETI très internationales, le recul des entreprises étrangères présentes en France… L’Insee publie « les entreprises en France », qui explore secteurs et thématiques de l’économie française.

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Les professions libérales réglementées souffrent moins de la crise que d’autres. C’est ce qui ressort de l’ouvrage, « les entreprises en France », édition 2013, réalisé par l’Insee, et présenté, le 17 octobre. L’Institut a donc consacré l’une des études sectorielles et thématiques qui constituent l’ouvrage à ces professions. Au total, en 2010, elles représentent 110 000 entreprises, et 253 000 salariés en équivalent temps plein, entre juristes, experts-comptables, architectes et géomètres. Leur chiffre d’affaires global s’élève à 43,3 milliards d’euros en 2010, soit 6% de celui des services marchands. « Ce sont des professions qui ont globalement des conditions plus favorables que les autres », commente Louis de Gimel, chef du département des synthèses sectorielles de l’Insee . En effet, entre 1995 et 2010, leur chiffre d’affaires connaît moins de variations que celui des services marchands ou des autres activités de conseil. Il a même progressé en volume, en moyenne de 5,2%, par an. Exception notable, toutefois, les professions liées à l’immobilier. Sur cette période, le chiffre d’affaires des architectes et notaires s’est contracté de 9%. Par ailleurs, depuis 15 ans, le nombre de cabinets de juristes a doublé (52 600 dont 4 700 notaires), alors qu’experts-comptables (25 100), architectes et géomètresexperts ont tendance à se regrouper en sociétés. Par ailleurs, par rapport aux services marchands, « il y a moins de renouvellement, moins de création. Ces entreprises durent plus longtemps », note Louis de Gimel. Ainsi, 90% des entreprises de 3 à 5 ans, comportant entre 2 et 5 salariés en 2000, sont toujours actives en 2003, contre 82% dans les autres activités de conseil. Et les taux sont encore plus élevés pour les notaires et les experts-comptables. Autre spécificité de l’activité des professions réglementées : leur présence à l’international reste très limitée. Les experts-comptables, qui sont 7% à travailler avec une clientèle à l’étranger, sont les plus ouverts.

La diversité des ETI
A travers les études des statisticiens de l’Insee, on connait finalement mieux aussi les ETI, entreprises de taille intermédiaire, dont Bercy juge la croissance indispensable. Au total, l’Insee comptabilise 4 600 de ces sociétés dont la principale caractéristique est de compter entre 250 et 5 000 salariés. Ces firmes emploient 3,1 millions de salariés en France et réalisent 22,5 % de la valeur ajoutée. En moyenne, elles comptent 700 salariés chacune. Leur répartition par secteur n’est pas homogène : un tiers de leurs effectifs se situent dans l’industrie manufacturière. Le deuxième secteur préféré des ETI est celui du commerce, des transports, de l’hébergement et de la restauration. En revanche, les ETI comptent très peu d’effectifs dans les activités financières et d’assurance, ainsi que dans la construction. Autre spécificité de ces sociétés, leur internationalisation. Elles jouent un rôle important dans le commerce extérieur, qui constitue 34% de leur chiffre d’affaires. Par ailleurs, on différencie les ETI qui sont sous le contrôle d’une entreprise française des ETI sous le contrôle d’une entreprise étrangère. Les premières oeuvrent souvent dans des secteurs plus traditionnels comme l’agroalimentaire, la métallurgie, le textile et le cuir. Les secondes sont sur-représentées dans certaines activités comme la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, les industries chimiques, le caoutchouc et le plastique ainsi que l’automobile. Elles sont aussi plus riches en nombre de salariés. Au total, 984 000 employés travaillent dans une ETI sous contrôle d’une entreprise étrangère. Et ces structures représentent 28% des 4 500 ETI non financières. Imbrication internationale Plus largement, l’Insee décrit le niveau d’internationalisation de l’économie française, qui se décline sur différents plans. « Il y a des liens avec l’étranger dans les deux sens », commente Frédéric Boccara, expert mondialisation à la direction des statistiques d’entreprises de l’Insee. D’une part, des entreprises sous contrôle français disposent de structures à l’étranger. D’autre part, des filiales de groupes étrangers sont présentes en France. Au total, « un salarié sur deux en France travaille pour une firme multinationale », explique Frédéric Boccara. Soit 6,8 millions de personnes, en 2010, parmi lesquelles 1,8 travaillent dans une multinationale sous contrôle étranger. Les chiffres sont encore plus élevés dans l’industrie : environ deux salariés sur trois en France y travaillent pour une multinationale. Mais le secteur où ce taux est le plus élevé est celui financier, avec des taux de l’ordre de 80%. En termes de structures, en France, la moitié des entreprises sous contrôle étranger sont des ETI. En revanche, celles sous contrôle français sont au trois quarts des grandes entreprises. Géographiquement, le champ d’activité de ces sociétés est d’abord européen. Toutefois, le premier pays d’origine des entreprises étrangères présentes en France sont les Etats-Unis, qui totalisent 22% de l’emploi de ce type d’entreprises. L’emploi dans ces firmes a reculé en France entre 2003 et 2010, et tout particulièrement dans l’industrie (-33%, contre -17% pour l’ensemble du secteur). Quant aux entreprises sous contrôle français présentes à l’étranger, plus de la moitié de leurs effectifs sont situés hors de l’Hexagone, où elles réalisent aussi plus de la moitié de leur chiffre d’affaires. L’Europe est la zone d’implantation privilégiée, et les Etats-Unis, le premier pays.

En termes de taille, « quasiment toutes les grands entreprises sont des firmes multinationales », note Frédéric Boccara. La moitié d’entre elles sont implantées dans plus de 23 pays, et elles concentrent une bonne partie de l’activité économique. Les ETI, elles, sont un tiers à disposer de structures à l’étranger, mais la majorité de leurs salariés demeurent basés en France.
Parmi les thématiques explorées par l’Insee, manque celle de l’ESS, l’économie sociale et solidaire. Mais, suite au vote du projet de loi sur l’ESS, qui contient des définitions qui permettront d’appréhender ces phénomènes, l’Institut de la statistique prévoit d’intégrer ces nouveaux paramètres dans les études à venir.