La compétitivité par le bonheur au travail

L’assemblée plénière du Centre des jeunes dirigeants de Beauvais a accueilli le prospectiviste André-Yves Portnoff : il défend un management par le sens, dans le respect des hommes, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise.

583
André-Yves Portnoff (au centre) a dénoncé la « schizophrénie » des dirigeants français.
André-Yves Portnoff (au centre) a dénoncé la « schizophrénie » des dirigeants français.

 

André-Yves Portnoff (au centre) a dénoncé la « schizophrénie » des dirigeants français.
André-Yves Portnoff (au centre) a dénoncé la « schizophrénie » des dirigeants français.

De l’art de la guerre au combat économique » : c’est en appliquant les préceptes de Sun Tzu, grand stratège militaire chinois du VIe siècle avant J.-C., à la réalité économique d’aujourd’hui que l’on relèvera la France. C’est ce qu’affirmait le pionnier de la « Révolution de l’intelligence » André-Yves Portnoff, invité à la maladrerie Saint-Lazare par le Centre des jeunes dirigeants (CJD) de Beauvais présidé par Guillaume Caron. Devant un parterre d’entrepreneurs et de décideurs locaux, le coauteur avec Hervé Serieyx du livre Aux actes citoyens ! De l’indignation à l’action a développé sa conviction de façon persuasive.
Selon lui, le concept de guerre économique est apparu dès le XVIe siècle. Aujourd’hui, dans un monde de plus en plus complexe, avec des échanges massifs planétaires et une explosion d’interactions, l’immatériel devient décisif : il s’agit de lire et d’influencer l’esprit adverse, de le comprendre et de le séduire au lieu de chercher à le détruire. En bref, de transposer au monde économique les analyses du général Sun Tzu, l’inventeur de la guerre psychologique. « La pire des tares stratégiques étant l’ignorance », il convient avant tout de connaître les qualités de son adversaire pour mieux les utiliser à son avantage. Et de même que le stratège doit se montrer vertueux, digne de confiance, soucieux de la condition de ses soldats, le manager devra s’attacher à renforcer l’harmonie de ses équipes, les impliquer dans le processus décisionnel. S’affranchir de l’obsession du “combien” pour se tourner vers une société du “comment”.
C’est la qualité des interactions qui crée l’intelligence collective et le développement. A la tendance millénaire de la loi du plus fort, où le jugement de Dieu est remplacé par la loi du marché et où l’entreprise est uniquement une valeur financière, André-Yves Portnoff oppose une vision humaniste de l’entreprise qui devient un groupe d’hommes créant de la valeur pour eux-mêmes et la société tout entière. En remplaçant le modèle taylorien par un management respectueux des hommes, en fixant une ambition à long terme et en s’entourant d’un réseau de partenaires alliés et supports, le dirigeant donne à son entreprise les meilleures chances de réussite : André- Yves Portnoff a énuméré de nombreux exemples d’entreprises, souvent familiales, qui en ont fait la démonstration. Parmi elles, le fondeur Favi, dans la Somme, dont le dirigeant Jean-François Zobrist affirme que « 70 % des gains de productivité viennent d’actions librement mises en place par les ouvriers ». C’est la conjugaison de savoirs, de volontés et de liens humains qui est aujourd’hui créatrice de valeur. Communication, confiance et émotion sont pour le prospectiviste André-Yves Portnoff les maîtres mots de l’économie de demain, bien au-delà de l’aspect philosophique : selon une enquête du magazine américain Fortune, les entreprises où il fait bon travailler ont toutes affiché des résultats supérieurs aux prévisions, avec une hausse annuelle en Bourse de 2 à 3 %.