Une heure d’évasion à la prison d’Amiens

Claude Longombé, récemment nommé directeur de la maison d’arrêt d’Amiens s’est alors posé la question : que faire pour procurer de la joie aux détenus ? Il a trouvé un début de réponse en partenariat avec l’association les Trophées d’Amiens et son directeur Ludovic Boulafrad, un défilé de couture mixte dans l’enceinte de la prison, le premier du genre en France. Pari réussi, les quelques 25 détenus, hommes et femmes, qui ont participé à ce défilé et tous ceux qui ont eu le privilège d’y assister ont bel et bien ressenti de la joie.

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De l’ombre à la lumière, les détenus ont défilé sous la houlette de l’association de réinsertion par la couture les trophées d’Amiens
De l’ombre à la lumière, les détenus ont défilé sous la houlette de l’association de réinsertion par la couture les trophées d’Amiens

C’est en présence notamment, de Philippe Lemaire, procureur général auprès la cour d’appel d’Amiens et de Barbara Pompili, député EELV (Europe écologie les verts) de la 2ème circonscription de la Somme, que s’est donc déroulé dans le gymnase de la maison d’arrêt d’Amiens, ce qui restera le premier défilé de couture mixte de détenus en France. « Grace à l’article 28 de la loi pénitencière, qui prévoit que sous réserve du bon ordre et de la sécurité des établissements et à titre dérogatoire, des activités peuvent être organisées de façon mixte, j’ai relevé le pari », se félicite Claude Longombé.

De l’ombre à la lumière, les détenus ont défilé sous la houlette de l’association de réinsertion par la couture les trophées d’Amiens
De l’ombre à la lumière, les détenus ont défilé sous la houlette de l’association de réinsertion par la couture les trophées d’Amiens

Des projets plein la tête
Un pari et un projet « aussi fou qu’innovant », se réjouit quant à lui Ludovic Boulafrad, directeur de l’association les trophées d’Amiens qui a côtoyé durant plusieurs jours au rythme des répétitions et des essais, les détenus de la prison d’Amiens. Des détenus volontaires ont passé des auditions devant un jury pluridisciplinaire avant de se voir octroyer le droit de participer à cette manifestation, la première d’une série que le directeur de la maison d’arrêt, espère longue. « J’ai les moyens de faire autre chose que des circulaires », explique celui qui souhaite recevoir en ce début d’année 2013 « l’amour des autres » et qui a déjà plusieurs projets en tête. Des projets qui resteront toutefois secrets en attente de leur validation, même si Claude Longombé dévoile qu’une action sur le bien-être est envisagée. De bien-être, de mieux-être, voire même tout simplement d’ « être », il en a d’ailleurs déjà été question lors du défilé, preuve en est la réaction de ceux qui y ont participé ou qui y ont assisté. Comme « madame chocolat » surnommée ainsi car elle a clôturé le défilé vêtue d’une robe tout en chocolat, confectionnée par des élèves du lycée la Hotoie d’Amiens. « On vit tous les jours en jean-baskets. Là, on s’est maquillée, coiffée : on renaît ! », n’hésite pas à dire celle qui occupe un emploi de lingère pendant sa détention. « Pour nous, c’est le renouveau », insiste-t-elle, reconnaissante. Reconnaissante, Barbara Pompili, l’est également, dans une autre mesure. « Je suis transportée ! C’est une initiative formidable. Que le directeur ait eu le courage de faire ça, je le salue. Je ne pensais pas avoir autant de plaisir à venir en prison », plaisante la députée pour mieux cacher son émotion.

Des effets positifs
Une émotion d’ailleurs palpable lors du buffet qu’ont partagé détenus, visiteurs, invités et gardiens après le défilé. « C’est la vrai puissance de cette réussite, ce mélange lors du buffet », explique Claude Longombé qui porte aujourd’hui, avec le recul, un regard sur l’impact de cette manifestation sur la vie carcérale à la maison d’arrêt d’Amiens. « Ça a créé une osmose, ça a généré dans le quartier femmes la fierté collective et individuelle. Les femmes se sont réapproprié leur image au quotidien, se réjouit le directeur avant de continuer : Ça a eu aussi un effet positif sur le personnel, ça nous a permis de revisiter nos propres logiciels dans la relation à l’autre. Il y a eu une brisure perceptible dans la relation gardantgardé, les détenus ne regardent plus le personnel de la même manière et viceversa. » C’est peut-être cela le premier pas vers la réinsertion.