La France espère attirer les capitaux étrangers

Opération séduction du ministère de l’économie pour inciter les entreprises étrangères à s’implanter sur le territoire français. Un exercice délicat, à l’heure où les signaux de méfiance se multiplient au niveau international.

La télévision chinoise Phoenix a tout filmé de la prestation des ministres français. Ce 9 janvier, ils s’y sont mis à trois pour vanter l’attractivité de l’Hexagone pour les investisseurs étrangers, lors d’une conférence de presse, à Bercy. Cette attractivité constitue le 5ème axe du Pacte de compétitivité mis en place par le gouvernement, rappelle, le ministre de l’économie et des finances, Pierre Moscovici. A l’heure actuelle, 700 décisions d’implantation d’entreprises étrangères ciblent annuellement la France, d’après Bercy. Les objectifs « ambitieux » d’après Pierre Moscovici, consistent à passer la barre du millier, d’ici à 2017. « Sur ces 1 000, 300 proviendront d’entreprises qui ne sont pas encore implantées en France », ajoute-t-il. Pour l’instant « les flux sont d’abord liés à des entreprises qui connaissent la France, et veulent étendre leurs implantations », reconnaît Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif. Quant à savoir quels pays ou quels secteurs seront ciblés « il est trop tôt pour le dire », évacue Arnaud Montebourg, interrogé sur le sujet.
Au-delà de ces objectifs, l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), habituellement chargée de prospecter et d’accompagner les entreprises étrangères qui s’implantent en France, s’est vue confier une mission complémentaire. Il s’agit d’« attirer et d’imaginer des processus de relocalisation », explique Arnaud Montebourg. L’opération prend comme modèle le programme du président américain, Barack Obama, « Let’s bring job back home » : l’administration effectue des calculs de coût de relocalisation d’une activité qui tienne compte de toutes les externalités (frais logistique, impact du crédit impôt recherche…), en collaboration avec des entreprises concernées, pour tenter de les convaincre de rapatrier leurs industries sur le sol national.

Kit séduction
Pour séduire les entreprises étrangères, le gouvernement compte sur plusieurs dispositifs, pour l’essentiel déjà existants. Mais auparavant, « un travail de conviction » , notamment sur la bonne stabilité de la zone euro constitue un préambule indispensable, pour Pierre Moscovici. D’autres mesures sont déjà mises en place ou en passe de l’être, comme le Pacte de compétitivité ou la Banque publique d’investissement (BPI), qui, promet le ministre, sera opérationnelle « dans les tous prochains jours ».
Quelques dispositions sont particulièrement mises en avant : le crédit impôt recherche, le crédit impôt compétitivité, la stabilité fiscale que le gouvernement s’engage à maintenir, les programmes de financement qui seront gérés par la BPI… Par ailleurs, une mission a également été confiée à un publicitaire, pour qu’il planche sur la dite « marque France ».
Pour l’Hexagone, l’enjeu est de taille. Les entreprises à capitaux étrangers représentent « un emploi sur quatre dans l’industrie », rappelle Pierre Moscovici. Et il y a de la marge. Tout juste revenu de Chine, le ministre de l’économie a rappelé que « les investissements chinois en France sont quatre fois inférieurs à ceux Français en Chine. Je leur ai dit que nous souhaitions les voir investir sur notre territoire ». Autre enjeu pour l’économie française, les quelque 20 000 entreprises étrangères présentes en France réalisent plus d’un tiers des exportations. « Une entreprise étrangère qui s’implante renforce la compétitivité à l’export », explique la ministre du commerce extérieur, Nicole Bricq, citant l’exemple de General Electric, entreprise américaine implanté dans le Nord – Pas-de-Calais, qui réalise une partie importante de son chiffre d’affaires à l’export, et qui a décidé d’ajouter une quarantaine d’emplois aux quelques 900 déjà présents sur le territoire français. Autre exemple, celui du groupe italien Sorin, présent sur deux sites en France, dont Clamart, et spécialisé dans les appareils médicaux : il réalise une partie importante de son chiffre d’affaires à l’export.
Globalement, d’après le baromètre de l’attractivité Ernst and Young de 2012, la France est le premier pays pour l’accueil des investissements étrangers dans le secteur industriel. Mais la concurrence internationale est rude. L’arrivée du gouvernement Hollande découragera- t-il les investisseurs étrangers ? Les propos virulents d’Arnaud Montebourg sur ArcelorMittal, les critiques sévères sur la politique économique de la France lancées par l’hebdomadaire The Economist, journal de référence des milieux d’affaires anglo-saxons, ainsi que le départ de Gérard Depardieu, ne représentent certes pas des signes encourageants. Reste à savoir si c’est réellement à eux que s’attacheront les investisseurs étrangers pour prendre leurs décisions.