Beauvais : des soucis pour le livre

Gibert-Joseph, la seule librairie généraliste de la ville vient de fermer.

La librairie Gibert-Joseph a baissé le rideau.
La librairie Gibert-Joseph a baissé le rideau.

 

La librairie Gibert-Joseph a baissé le rideau.
La librairie Gibert-Joseph a baissé le rideau.

Le 10 novembre 2012, la librairie Gibert-Joseph de Beauvais a définitivement baissé le rideau. Un choc pour la ville-préfecture de l’Oise, comme en ont témoigné la présence des élus et la fermeture symbolique pendant une demiheure des commerces du centre-ville en signe de solidarité.
Désormais, pour s’approvisionner en livres, les 80 000 habitants de l’agglomération ne disposent plus que du rayon livre de deux maisons de la presse du centre-ville, d’une petite librairie catholique spécialisée et des grandes surfaces en périphérie.
Les difficultés financières de l’enseigne du boulevard Saint-Michel à Paris, qui compte 18 implantations en France, étaient connues. A Beauvais, l’enseigne Univers du livre, rachetée en 2001 par Gibert, avait déménagé dans l’ancien magasin des Galeries Lafayette en 2006.
« Le magasin, en gestion indépendante jusqu’à il y a deux ans, n’était pas bien calibré », explique-t-on chez Gibert. Ses 1 300 m² de surface en étage, animés par 18 salariés, étaient surdimensionnés par rapport à l’état du marché du livre, du CD et du DVD actuellement en grande difficulté. « Le loyer était exorbitant », ajoute-t-on. L’enseigne parisienne aurait donc essayé sans succès de renégocier le loyer, la surface, voire de s’installer dans le futur centre commercial du Jeu-de-Paume.
Un déménagement contraire à la politique de la mairie qui ne souhaite pas voir des enseignes de l’hyper-centre fermer boutique pour s’installer au Jeu-de-Paume. « Mais nous n’avons jamais été contactés pour parler du sujet », affirme Charles Locquet, adjoint chargé du commerce à la mairie de Beauvais. Les élus ont été pris de court par la demande de mise en liquidation judiciaire faite par le groupe, « sans passer par le redressement judiciaire qui nous aurait permis de chercher d’autres solutions ». Symboliquement cette fermeture est délicate. La vie commerciale beauvaisienne entame deux années complexes avec la construction du centre commercial du Jeu-de-Paume et ses 76 boutiques qui peuvent faire peur à de futurs prétendants à la reprise de cellules commerciales en centre-ville.
Le Furet du Nord, grand spécialiste nordiste de la librairie, est annoncé dans le centre commercial. Quel sera son périmètre, on ne le sait pas encore car « l’enseigne se décidera plus tard, en fonction de l’état du marché local », dixit Charles Locquet.
Les Beauvaisiens devront-ils donc patienter deux ans avant de pouvoir fréquenter à nouveau une librairie généraliste ? C’est la crainte des élus qui affirment que des contacts sont déjà pris avec des libraires de plus petite taille prêts à s’installer en centre-ville. « Il y a un marché, affirme Charles Locquet, notamment du côté du livre scolaire. »
Interrogé sur la question, Guillaume Husson, délégué général du syndicat de la librairie française (SLF), essaie d’être confiant : « Actuellement, nous comptabilisons 200 à 300 fermetures de librairies, toutes tailles confondues, par an. Et autant d’ouvertures. » Le marché résiste donc. Mais, « avec une rentabilité moyenne de 0,3 %, le moindre accident peut être fatal, constate-t-il. La concurrence vient évidemment d’Internet mais elle fait plus souffrir les rayons des grandes surfaces que ceux des librairies généralistes de centre-ville ».
Sur Beauvais, la nature ayant horreur du vide, il devrait y avoir une ouverture d’ici deux ou trois ans conclut-il. Moins optimiste sur le délai qu’auparavant, compte tenu de l’état du marché.
Les Beauvaisiens et la mairie espèrent, eux, que le délai sera plus court.