Les défaillances des grosses PME en hausse

Les défaillances des grosses PME ont bondi au deuxième trimestre, d’après la dernière étude Altarès. Soit 72 500 emplois concernés. Les secteurs et les régions sont inégalement touchés.

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L’annonce le 12 juillet de la suppression de 8 000 postes chez PSA Peugeot-Citroën, a fait grand bruit. Mais, si les plans de sauvegarde de l’emploi des grands groupes sont très visibles, les défaillances des PME font également des ravages. Au deuxième trimestre 2011, elles ont concerné quelque 72 500 emplois, chiffre le plus haut jamais atteint depuis cinq ans, d’après l’analyse de la société Altarès, spécialisée dans l’information sur les entreprises. Pourtant, à première vue, les résultats de cette étude pourraient sembler positifs. En effet, au deuxième trimestre, le nombre de procédures de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire prononcées par les tribunaux a diminué de presque 5 % par rapport à la même période de 2011 (soit près de 14 000 comptabilisées). En fait, ce sont les micro-entreprises, qui ne comptent aucun salarié, qui ont le moins souffert. Les autres, en revanche, ont enregistré une hausse des défaillances de 7 %.
« Dès qu’il y a des salaires donc des charges fixes à verser, nécessitant une trésorerie régulière, le risque est sensible voire fort », note le rapport. Ainsi, les grosses PME ont davantage été touchées : plus de 150 entreprises de plus de 50 salariés ont fait l’objet d’une défaillance sur cette période. C’est presque 50 % de plus qu’à la même période de l’an dernier.
Par ailleurs, d’après l’étude, un tiers des sociétés normalement tenues publier leur bilan n’ont pas rempli cette obligation en 2010 : un indice assez sûr d’une situation financière qui se dégrade…Et, sur les seules PME ayant publié leurs comptes, Altarès note « une dangereuse érosion des fonds propres depuis 2007 », avec, à l’inverse, un accroissement du poids des dettes à moyen et long terme, et une rentabilité d’exploitation qui devient même déficitaire. « Les carnets de commande, qui par ailleurs se regarnissent lentement, sont insuffisamment financés, les besoins de trésorerie non couverts. La raréfaction du crédit bancaire accélère la difficulté des entreprises mais le crédit interentreprises participe aussi activement aux tensions de trésorerie. Les comptes des PME défaillantes montrent notamment que le délai de paiement des clients, en dépit de la LME (loi de modernisation de l’économie), s’est allongé régulièrement en cinq ans, passant de 67 jours, en 2006, à 77 jours en 2010 », analyse Altarès, qui rappelle qu’« une défaillance d’entreprise sur quatre est due à des retards de paiement. » Cette analyse expliquerait le fait que les tribunaux privilégient l’ouverture d’un redressement judiciaire plutôt que la liquidation immédiate pour 72 % des PME, alors que ce taux n’est que de 32 % pour les TPE.

Crise des agences immobilières
Tous les secteurs n’ont pas été frappés de la même façon : la promotion et les agences immobilières (respectivement, +55,8 % et +20,9 %) et le conseil en systèmes informatiques (+20,9%) notamment, ainsi que le transport routier de marchandises, et tout particulièrement le fret de proximité, ont vu leurs défaillances s’accroître de manière significative. Toutefois, si certains métiers spécifiques souffrent, globalement, les secteurs du bâtiment et le commerce, qui représentent ensemble la moitié des défaillances d’entreprises, enregistrent une diminution du nombre d’ouverture de procédures, respectivement de 6 % et 5 %. L’industrie connaît une diminution du nombre de défaillances dans l’agroalimentaire (4,1 %) et dans la manufacture (- 5,8 %). Le secteur des services à destination des particuliers connait une tendance du même ordre, tout comme les hôtels-restaurantsdébits de boisson (-5,4 %) ou les services aux entreprises (-3,8 %).

La géographie des défaillances
Géographiquement aussi, la situation est hétérogène. « Les tensions sont très marquées sur un couloir est allant de l’Auvergne à la Lorraine en passant par la Bourgogne et la Champagne-Ardenne, régions qui avaient enregistré un bon deuxième trimestre 2011 », note l’étude. Un tiers des régions connaissent des améliorations sensibles, avec une diminution du nombre de procédures à deux chiffres, comme, par exemple, le Poitou-Charentes et la Franche-Comté. Un autre tiers de régions, au nombre desquelles l’Aquitaine ou les Pays de la Loire, voient une diminution moins sensible. Les autres, en revanche, connaissent une augmentation des défaillances d’entreprises, particulièrement violente en Auvergne, en Bourgogne et en Champagne-Ardenne. Dans la région Nord – Pas-de-Calais, les défaillances ont progressé de 3,5 % ce second trimestre.