Artisans et auto-entrepreneurs : situation tendue

Dans l’Aisne, pour 2011, le solde des entreprises artisanales inscrites au répertoire des métiers ou qui en ont été radiées est négatif (-79). En revanche, le solde des artisans auto-entrepreneurs est très positif (+440). L’Aisne comptait en 2011, hors le compte des auto-entrepreneurs, quelque 5 955 entreprises artisanales contre 6 054 l’année précédente. Le président de la chambre de métiers de l’Aisne réclame l’exclusion du régime de l’autoentrepreneur de certains métiers.

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Le métier de coiffeuse pose le problème du recours au régime des auto-entrepreneurs.
Le métier de coiffeuse pose le problème du recours au régime des auto-entrepreneurs.
Le métier de coiffeuse pose le problème du recours au régime des auto-entrepreneurs.
Le métier de coiffeuse pose le problème du recours au régime des auto-entrepreneurs.

Le moins qu’on puisse écrire est que la situation des artisans axonais traversant la crise économique n’est pas très bonne. « La conjoncture économique est très difficile », a souligné Charles Colvez, président de la chambre de métiers de l’Aisne, au cours de son assemblée générale à Urcel, près de Laon. « La moitié des radiations de nos entreprises est causée par des difficultés économiques, a-t-il affirmé. Un tiers suite à des liquidations judiciaires. C’est le double en 2011, si on se rapporte aux années antérieures. »
Les statistiques de l’artisanat dans l’Aisne de l’année passée font état de 511 immatriculations d’entreprises au répertoire des métiers et de 590 radiations, soit un solde négatif de 79. Au total, 5 955 entreprises artisanales étaient inscrites à la chambre de métiers l’an passé (contre 6 034 en 2010). Les secteurs d’activité du bâtiment (-52), de la production (-26) et de l’alimentation (-14) enregistrent les pertes d’entreprises les plus importantes.
En revanche, l’an passé 780 auto-entrepreneurs « exerçant une activité artisanale à titre principal » étaient inscrits au répertoire des métiers et 1 015, exerçant à titre secondaire (mitemps, retraités, commerçants, etc.), avaient déclaré leur activité au centre de formalités des entreprises.
Il faut rappeler au lecteur que le statut (ou le régime) de l’autoentrepreneur a été créé par l’Etat en 2009. Le chiffre d’affaires d’un auto-entrepreneur ne peut dépasser 32 100 € par an pour une activité de prestation de services et 80 300 € pour une activité commerciale. L’auto-entrepreneur est imposé fiscalement et socialement à 23 % de son chiffre d’affaires annuel pour une activité de prestation de service et à 13 % pour une activité commerciale. Qui plus est, depuis le 1er janvier 2010, les auto-entrepreneurs exerçant à titre principal sont obligés de s’immatriculer au répertoire des métiers de la chambre consulaire.
Cette multiplication des autoentrepreneurs dans l’Aisne pose beaucoup de problèmes aux artisans axonais dûment inscrits au répertoire des métiers. Le nombre de contrats d’apprentissage signés par leurs entreprises sont en chute libre, notamment dans la coiffure et le bâtiment. « Dès qu’elles obtiennent leur CAP de coiffeuse, les filles deviennent auto-entrepreneuses et exercent à domicile ou chez les clients, a expliqué Maryse Delache, présidente du syndicat des artisans coiffeurs de l’Aisne. Les clients viennent de moins en moins dans nos salons se faire coiffer. Et il faut encore dire que beaucoup de coiffeurs qui ont choisi le statut d’auto-entrepreneur sont radiés mais continuent à travailler après la radiation. Il faudrait des contrôles très stricts. »
Les artisans ont dénoncé la même situation dans le bâtiment ainsi que le fait que 50 % des auto-entrepreneurs ne déclarent aucun chiffre d’affaires à l’Etat et ne cotisent pas à la retraite. S’adressant au préfet de l’Aisne et à ses parlementaires, le président de la chambre de métiers de l’Aisne a réclamé « une évolution du régime de l’autoentrepreneur afin de soutenir la création de véritables entreprises ».
La chambre de métiers, représentant 22 551 actifs dans l’Aisne (contre 23 559 en 2010), souhaite « l’exclusion du régime de l’auto-entrepreneur certains métiers (bâtiment et coiffure notamment) et une limite dans le temps de ce régime, compte tenu du déséquilibre entre les cotisations sociales payées et celles auxquelles l’auto-entrepreneur a droit ».