Le mécénat culturel relève la tête

Les dépenses en mécénat culturel se sont accrues l’an dernier, après la chute brutale de 2010. L’Admical, qui regroupe les entreprises mécènes, tente de promouvoir des pistes, dont certaines nouvelles, pour encourager cette tendance.

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Donner des idées, inspirer … » C’est l’objectif fixé à la rencontre dédié au mécénat culturel, de l’Admical, l’association des entreprises qui pratiquent le mécénat, le 4 juillet à Paris. « La crise avait poussé les entreprises à aller vers le secteur du social, et vers des actions qui donnent des résultats rapides », a rappelé en introduction Bénédicte Menanteau, déléguée générale d’Admical. D’après les chiffres fournis par l’association, en 2010, le mécénat culturel avait enregistré une baisse spectaculaire, à 380 millions d’euros. En 2011, la tendance s’est améliorée : l’Admical estime à près de 500 millions d’euros les sommes investies dans ce domaine. « Les entreprises se réapproprient le sujet », constate Bénédicte Menanteau.
Autre tendance, les entreprises préfèrent investir dans l’aide au public, finançant par exemple des visites de musées à des habitants d’un quartier défavorisé, plutôt que dans la création, en appuyant le projet d’une compagnie théâtrale d’avant-garde. Par ailleurs, les grandes structures culturelles attirent plus les mécènes. A contrario, si ce sont les grandes entreprises qui ont « montré la voie », explique Bénédicte Menanteau, ce sont aujourd’hui les PME qui sont les plus actives – en nombre – dans le mécénat culturel.

Intérêts territoriaux
Mais la crise est là, qui encourage la recherche de méthodes de fonctionnement astucieuses, à l’heure où tous les budgets se resserrent. Plusieurs intervenants rapportent leurs expériences pour plus d’efficacité. A Amiens, par exemple, Gilbert Fillinger directeur de la Maison de la culture, a créé un club d’entreprises. Ce dernier compte 17 sociétés qui soutiennent les activités de cette maison pluridisciplinaire (arts plastiques, cinéma, spectacle vivant). « Dans une ville de 180 000 habitants, les gens ont besoin d’attirer des cadres, de renforcer les attraits de la culture », explique Gilbert Fillinger. C’est donc la logique de proximité territoriale qui prime et qui fonctionne. De plus, « à la Maison de la culture, les entreprises apportent leurs clients, leur public », ajoute-t-il. Pour que le club d’entreprises fonctionne à plein, « il semblait important que les gens s’impliquent autour de la maison, réceptacle de la création, en leur donnant une autonomie. Le club a un président, qui anime certaines activités qui lui tiennent à coeur », précise Gilbert Fillinger. Autre petit plus : le club joue le rôle de lieu informel de rencontres entre des professionnels qui ne se connaissent pas forcément. « Ils ont découvert qu’il avaient besoin de se connaitre. Ce club est une façon de se rencontrer, avec beaucoup de convivialité », ajoute Gilbert Fillinger.

Un projet commun
L’association Entorse, elle, mise sur la participation des forces vives des entreprises. Née en 2006, la structure « s’est donné comme objectif de faire se rencontrer le monde du sport et de la culture », explique Julien Carrel, son co-directeur. L’association, qui organise des évènements (expositions, spectacles…) recourt au mécénat par projet. « Par exemple, nous avons monté l’exposition Sport factory, dans la gare Saint Sauveur de Lille », illustre Julien Carrel : les visiteurs pouvaient escalader un mur d’escalade, sur lequel était inscrit en relief « le réel, c’est impossible ». Le résultat d’une collaboration entre l’imagination d’une artiste plasticienne et le savoirfaire technique d’une entreprise qui réalise ce type d’équipements. « Cela a été une belle aventure pour eux de travailler avec une artiste, faire un objet grimpable par 3 000 personnes, et se plier aux contraintes spéciales de l’artiste. C’était l’opportunité de développer un axe de recherche et développement qu’ils n’auraient pas amorcé par eux-mêmes », décrypte Julien Carrel.

L’auto-mécénat
Autre forme nouvelle de mécénat culturel : l’auto-mécénat, présenté par Khalila Hassouna, chargée de développement de la toute jeune fondation Ateliers d’Art de France, créée par le syndicat professionnel des métiers art et qui dispose d’une dotation initiale de 200 000 euros. « La fondation est entièrement dédiée aux métiers d’art. C’est particulièrement innovant : les bénéficiaires, les métiers d’arts, sont à l’origine du projet de fondation », explique Khalila Hassouna. A l’en suivre, point de conflit d’intérêt : « Les artisans d’art qui participent à la gouvernance ne peuvent participer ou recommander des candidats », précise t-elle. La fondation recherche des mécènes. « Pour l’entreprise, le point de rencontre se fait autour de la technique, de la matière… Nous construisons aussi des projets avec d’autres fondations culturelles, par exemple celles qui soutiennent les artisans sous l’angle de la commercialisation », précise encore Khalila Hassouna. Bref, une recherche de complémentarité entre mécènes.

Et les particuliers ?
Au-delà des entreprises, les particuliers peuvent-ils représenter une nouvelle voie pour le mécénat ? Elisabeth Hayes, directrice de FACE (French American Cultural Exchange), une fondation américaine qui soutient la création artistique dans différents champs, connaît bien le sujet. Dans ce pays, « 88% de l’argent donné au mécénat, proviennent des particuliers », expose Elisabeth Hayes, qui rappelle que les soutiens publics dans le domaine culturel sont quasi inexistants outre-Atlantique. Pour séduire les donateurs, il faut de la « patience, de la ténacité et des relations personnelles », explique la directrice de Face. Au-delà de la déduction fiscale, « le point de départ, c’est la passion », précise- t-elle. C’est le levier sur lequel compte Khalila Hassouna, qui entend lever des fonds auprès des particuliers. « Nous commençons à constituer un petit groupe de mécènes, qui sont des passionnés, parfois des collectionneurs, avec en contrepartie des visites d’ateliers, car ils sont curieux de rencontres », témoigne-t-elle. Le contexte est favorable : « l’engouement pour le « Made in France », la personnalisation de la relation acquéreur/producteur… les donateurs recherchent un autre mode de consommation, de relation à l’objet. De plus, plus ils s’approchent, plus ils s’aperçoivent que les métiers d’art sont fragiles et ont besoin d’être soutenus », conclut Khalila Hassouna.