Concilier agriculture et biodiversité en Hauts-de-France

Publié dans le numéro 3695 par

 

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Le lycée agricole du Paraclet (Somme) accueillait fin septembre un colloque réunissant agriculteurs, observateurs et scientifiques autour de la nécessaire conciliation entre agriculture et biodiversité. Ou comment allier rentabilité économique, enjeux sociétaux et environnementaux…

Christophe Buisset a introduit ce colloque organisé au lycée agricole du Paraclet

Depuis 2012, le réseau national d’épidémiosurveillance suit 500 parcelles en agriculture conventionnelle mais aussi biologique, pour évaluer les effets non intentionnels (ENI) de l’agriculture sur la présence d’espèces animales, végétales, mais aussi de ravageurs au sein des espaces ruraux. En Hauts-de-France, ce sont 45 parcelles (30 en ex-Picardie et 15 en ex-Nord – Pas-de-Calais) qui sont observées par la Chambre régionale d’agriculture, l’Inra, la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) Picardie et Nord – Pas-de-Calais, le laboratoire LGCGE Lille 1, le groupe ornithologique et naturaliste du Nord – Pas-de-Calais et la société Bayer. « Il y a aujourd’hui de vraies questions sociétales liées à la production agricole. Nos pratiques évoluent, mais il faut continuer à avancer en répondant aux attentes de la société tout en en maintenant une agriculture viable économiquement. Nous avons besoin d’expérimentations pour mieux concilier agriculture et biodiversité », lance Christophe Buisset, président de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Actuellement, 9 000 observateurs participent à la surveillance des parcelles tests du territoire.

Observations

Pour mesurer les effets non intentionnels de la production agricole sur la biodiversité environnante, il a été décidé d’observer attentivement quatre groupes symboles : les plantes de bord de champ, les vers de terre, les coléoptères et les oiseaux. « Ce plan a été mis en place au moment du Grenelle de l’environnement. C’est vraiment un réseau inédit, qui nous permet de surveiller les pratiques agricoles à différents niveaux », souligne Camilla Leandradre, du muséum national d’Histoire naturelle qui traite les données enregistrées sur le terrain. Pour chaque groupe, une bande d’observation a été délimitée le long des parcelles. L’objectif est de recenser les espèces présentes, leur nombre, leur activité et leurs effets sur la terre cultivée. « Les lombriciens [ndlr : vers de terre] vont enrichir le sol, favoriser son aération mais aussi l’infiltration de l’eau grâce à un mouvement perpétuel. Chaque espèce ne produit pas les mêmes services, c’est pourquoi la diversité de celles-ci est importante pour un sol de qualité. Le lombricien est un véritable ingénieur de l’écosystème », explique Juliette Leaute, de la Fredon Picardie. Idem pour les plantes, coléoptères et oiseaux qui jouent chacun un rôle prépondérant dans la qualité des sols et des cultures. « Le fait de concilier biodiversité et agriculture est un véritable enjeu économique, puisque des sols de qualité ont forcément un impact sur la production », acquiesce un participant.

Recommandations

Si tous semblent convaincus par la nécessité de poursuivre l’expérience, il existe encore peu de prescriptions globales. Cependant, l’Inra devrait prochainement émettre des recommandations plus précises aux agriculteurs. « Les échantillons sont limités, mais il y a un vrai intérêt et l’on peut déjà faire quelques préconisations. Pour les vivaces, si on laisse faire les choses, on peut observer une biodiversité de bord de champ intéressante », note par exemple Samuel Bueche, de la chambre d’agriculture du Nord – Pas-deCalais. Véritables abris et sources nourricières pour les coléoptères et les oiseaux, les bandes de bord de champ se révèlent, au gré des observations, des atouts majeurs pour la bonne santé des parcelles cultivées. « Il est important d’en prendre soin, de préférer le fauchage au broyage et de laisser une hauteur suffisante pour ne pas altérer le rôle protecteur de ces bandes », observe Régis Wartelle, de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France, qui met en garde contre certaines pratiques intensives qui provoquent l’appauvrissement des sols mais aussi des effets non intentionnels dévastateurs, comme la diminution de pollinisateurs et le renforcement des ravageurs. « Nos actions ont un impact, nous travaillons avec du vivant », ajoute-t-il en guise de conclusion.