Charles-René Trandé, président de l’ordre des expertscomptables : « Ma première priorité est l’économie »

Publié dans le numéro 3691 par

 

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Après Bruxelles en 2016 sur le thème « Expert-comptable, expert fiscal », le 72e congrès de l’Ordre des experts-comptables se tiendra à Lille sur la thématique « Expert-comptable, expert-conseil ». Entretien avec le président du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, Charles-René Tandé.

Picardie la Gazette : Vous avez été élu le 14 mars pré- sident du Conseil supérieur. Qui êtes-vous et quelles sont les priorités de votre mandature ?

Charles-René Tandé : Je suis expert-comptable et commissaire aux comptes, dirigeant d’un cabinet de 40 collaborateurs et de 4 associés basé à Strasbourg. J’ai toujours été investi dans les instances de ma profession. Comme président de l’Anecs (Association nationale des experts-comptables stagiaires) tout d’abord, puis de l’Unecs (Union européenne des experts-comptables stagiaires), j’ai été, quelques années plus tard, président du Conseil régional de l’ordre des experts-comptables d’Alsace et membre du Conseil supérieur de l’ordre. Je suis adhérent à l’Ifec, Institut français des experts-comptables, depuis mon inscription à l’ordre, en 1989. J’ai eu l’honneur de présider ce syndicat de 2013 à début 2017 après en avoir été vice-président.

Je me suis donné trois grandes priorités pour cette mandature. La première est l’économie. L’économie de nos cabinets, bien évidemment, en mettant en œuvre les dispositifs qui leur permettront de se développer et en travaillant à l’allégement des contraintes qui pèsent sur eux. Mais aussi, bien sûr, l’économie de nos clients en leur apportant les bons conseils, en accompagnant leur stratégie, en les assistant en matière de système d’information. La seconde priorité est de mieux organiser nos relations avec les pouvoirs publics. Nous devons être en proposition pour ne pas être pris au dépourvu. Enfin, la troisième priorité est plus conjoncturelle et plus subie, il s’agit de conduire la réforme territoriale de notre institution, voulue par notre tutelle.

P.L.G. : Où en êtes-vous justement dans la nouvelle organisation territoriale de l’ordre ? Sera-telle prête pour l’échéance de fin 2018 ?

C.-R.T. : Dès l’installation de la nouvelle équipe du Conseil supérieur en mars dernier, j’ai constitué un groupe de travail dont l’objectif était de proposer un projet de réforme qui garantisse à tous nos confrères de toutes les régions la sauvegarde de la présence forte de leurs conseils régionaux dont ils bénéficient actuellement tant pour eux-mêmes, leurs clients et l’environnement économique en général. Il convenait de trouver le point d’équilibre entre d’utiles économies, sans sacrifier notre maillage territorial, tout en tirant les meilleures opportunités de modernisation du fonctionnement de nos institutions.

Après de nombreuses réunions et l’audition des confrères de nos régions impactées, le comité ad hoc a proposé un projet présentant le meilleur consensus pour nos régions que le Conseil supérieur, dans sa session de début juillet, a voté à une large majorité. Nous devions aller vite car le « temps législatif » est long et que nous sommes contraints par les délais incompressibles d’organisation des prochaines élections ordinales.

Nous avons tenu les délais imposés, reste maintenant à faire inscrire cette réforme dans nos textes. Nous n’avons plus la main, mais nous avons travaillé en transparence et en bonne intelligence avec notre tutelle tout au long de ce dossier, j’ai donc bon espoir que l’échéance finale sera respectée.

P.L.G. : Le thème du 72e congrès est « Expert-comptable, expert conseil ». Pourquoi cette thématique ? Faut-il la considérer comme technique, cœur de métier de la profession, ou comme focalisée sur l’évolution des cabinets ?

C.-R.T. : C’est à la fois un sujet cœur de métier et évolution des cabinets car nous sommes d’ores et déjà une profession de conseil, l’expert-comptable étant bien souvent le seul et unique conseil du dirigeant dans la TPE-PME, mais il nous faut aller plus loin. En effet, il existe un décalage entre les besoins du marché en matière de conseil et la perception que les dirigeants d’entreprises ont de nos compétences et donc de notre capacité à répondre à ces besoins. Nous avons encore du travail pour faire comprendre à notre environnement que le conseil est un investissement rentable et que les experts-comptables sont légitimes pour conseiller efficacement les entreprises.

P.L.G. : Les experts-comptables sont-ils des « Monsieur Jourdain » du chiffre qui font du conseil sans le savoir et surtout sans le faire savoir et reconnaître ?

C.-R.T. : Je n’irai pas jusque-là car nous savons quand nous faisons du conseil, mais il est vrai que nous avons souvent du mal à le valoriser tant vis-à-vis de nos clients TPEPME que des ETI chez qui nous intervenons peu et qui recourent bien souvent à des consultants sans envisager de recourir à un expert-comptable.

P.L.G. : Quelles sont les missions d’avenir à forte valeur ajoutée tant pour l’expert-comptable que pour ses clients ? En est-ce fini de la tenue comptable ? La voie de la spécialisation est-elle celle de l’avenir ? Le passage à des missions non réglementées s’impose-t-il et comment le voyez-vous ?

C.-R.T. : La valeur accordée par le marché à nos activités traditionnelles a tendance à baisser et il nous faut trouver des relais de croissance. Cela ne veut pas dire que la tenue comptable est finie. Cela reste un point d’entrée important mais cela ne peut plus être le seul. Il faut aller chercher de nouvelles sources de croissance. Les voies d’avenir sont multiples. Il n’y a pas qu’une stratégie valable. La spécialisation n’est pas une fin en soi, il s’agit d’un élément parmi d’autres pour nous permettre de nous repositionner sur le marché du conseil. Mon objectif est d’offrir aux cabinets d’expertise-comptable un cadre suffisamment large pour qu’ils puissent développer leur propre stratégie : certains iront vers la spécialisation, se positionneront sur des niches, d’autres conserveront un positionnement plus généraliste… Notre profession a des atouts énormes, à commencer par la confiance sans faille témoignée par les chefs d’entreprises TPE-PME. Cette confiance, nous la tenons de notre déontologie, de notre éthique et de la qualité de nos prestations. Nous devons conserver notre réglementation. Cela ne doit pas nous empêcher de chercher des relais de croissance dans des activités non réglementées.

P.L.G. : Lors de votre entrée en fonction, vous avez insisté sur le nécessaire renforcement du poids de la profession dans la sphère publique. Où en êtes-vous et quels sont les projets susceptibles d’une écoute favorable ?

C.-R.T. : L’objectif est de nous positionner dans le processus d’élaboration de la loi où notre pragmatisme et notre connaissance du quotidien de l’entreprise sont des atouts pour adapter les dispositifs à la réalité. La consultation de l’ordre des experts-comptables sur un projet de texte doit devenir un réflexe pour les pouvoirs publics. Cela implique une présence et une participation accrue auprès des administrations, des cabinets ministériels, des groupes de travail mais aussi des autres représentants du monde économique avec lesquels il est important de collaborer.

Les premiers mois de la mandature ont été l’occasion de démarrer un travail de référencement du Conseil supérieur auprès des nouvelles équipes en place au sein de l’exécutif. Avec le démarrage de la nouvelle législature, il s’agissait d’inscrire l’ordre dans la feuille de route gouvernementale en présentant la profession, en rappelant son rôle au sein de l’économie comme conseil du chef d’entreprise.

La constitution et l’entretien de ce réseau relationnel prend beaucoup de temps et d’énergie mais je suis persuadé que nous serons plus écoutés lorsque des questions concernant nos clients ou nos cabinets seront mises sur la table ou lorsque nous voudrons faire évoluer les textes qui régissent notre profession. À ce sujet, nous souhaitons reprendre les dossiers qui n’ont pu encore aboutir lors des précédentes mandatures, mais je pense qu’il faut encore consacrer du temps à expliquer nos projets et nos enjeux à nos interlocuteurs avant de soumettre des projets d’évolution de nos textes au législateur.

P.L.G. : La durée de votre mandat est fixée à deux ans. Ne vous sentez-vous pas un peu frustré ?

C.-R.T. : C’est court effectivement, mais je n’ai pas le temps d’être frustré. Je le serai peut-être à l’issue de mon mandat si les chantiers que j’ai lancés n’ont pas avancé. Pour l’heure, le temps est à l’action ; une action d’autant plus résolue que le temps qui nous est affecté est limité !